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23 mai 2016

Festival de connes 4

Comme chaque année à la même période, Martina Chyba, journaliste et productrice à la RTS, nous livre ses impressions sur le Festival de Cannes...Voici sa chronique.

La chronique de Martina Chyba, journaliste et productrice à la RTS.

Ça y est, le festival de Cannes est terminé et nos amies les actrices étaient fidèles au poste comme toujours. Pour cette fois, je propose de ne pas dire de mal sur les jeunettes. Oui, il y a une génération qui s’annonce prometteuse. Jennifer Lawrence par exemple, j’ai un peu décidé qu’elle allait épouser mon fils. Je ne sais pas s’il est d’accord mais il fera ce que sa mère dit non? Après tout, il y a des tas de pays où c’est comme ça…

Bon il a 15 ans et elle 25, mais dix ans de différence dans ce sens, par les temps qui courent, c’est la routine franchement. Elle a dit récemment qu’elle ne voulait pas de boy-friend dans l’immédiat, c’est normal, elle attend que mon garçon soit majeur. Nan sérieux, elle est belle mais pas banale, elle est (très) riche, très féministe (hurler à l’inégalité salariale entre hommes et femmes quand on gagne 20 millions de dollars par film c’est couillu vous en conviendrez) et elle peut être très vulgaire, j’adore. Tout comme Kirsten Stewart ou Lena Dunham par exemple, qui assument l’une d’être un peu bi, l’autre d’être un peu grosse, elles font des choix pointus et envoient aux fraises les conventions du milieu hollywoodien, ça change.

Tout ça pour dire qu’on va plutôt se concentrer sur les vieilles de mon âge. Là on n’est jamais déçu. Le discours du moment est: avoir 50 ans, c’est merveilleux. Et que je ne me suis jamais sentie aussi libre, aussi belle, aussi bien dans ma peau. Et que je joue au concours de la quinqua la mieux conservée. Et que je jure sur mes grands dieux que je n’ai jamais fait de chirurgie esthétique parce que j’ai peur des piqûres. Et que je répète qu’il suffit de se nourrir de smoothies, de mettre une bonne crème (celle de ma pub by the way) et de faire du yoga pour être aussi en forme. Et des nazeries comme ça à longueur de magazines féminins.

Vous remarquerez dans lesdits magazines féminins que les journalistes jouent le jeu en commençant systématiquement leur papier par «Elle est arrivée fraîche comme une rose et sans une once de maquillage…» Et jamais par «elle est arrivée en nage parce qu’elle arrivait de la maison de retraite où elle allait voir son père mourant» ou «elle est arrivée en nage parce qu’elle venait d’être convoquée par le directeur de l’école de sa fille en pleine crise d’adolescence» ou «elle est arrivée en nage parce qu’elle avait des bouffées de chaleur». Eh oh… ça va.

Si vous continuez comme ça les mamies, on va arrêter d’acheter ces magazines, et vos crèmes anti-rides par la même occasion, et on va se rabattre sur les merderies de journaux people. C’est moins cher, on vous y voit parfois sans retouches et du coup c’est marrant, on se sent moins seule. Et on se dit que finalement oui, avoir 50 ans, c’est merveilleux.

Texte © Migros Magazine – Martina Chyba

Auteur: Martina Chyba