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18 août 2016

Flims: aussi beau que dans un film

Lacs aux eaux cristallines, falaises abruptes, fleuve majestueux et ruisseau fougueux: Flims (GR) n’a pas son pareil pour offrir aux visiteurs un tel concentré de merveilles.

la Ruinaulta, le Grand Canyon suisse
Vue imprenable sur le Rhin qui s’est frayé un chemin dans la roche au fil du temps.

Parfois les catastrophes naturelles ont du bon. Ainsi, quand le glacier du Rhin s’est retiré il y a 10 000 ans, la montagne, devenue instable dans la région de Flims, s’est écroulée massivement. L’éboulement, l’un des plus volumineux du monde – on parle de 12 km3 –, a modelé un nouveau paysage, accidenté et dramatique, que l’eau et le vent, puis la végétation ont par la suite adouci.

Portrait de Curdin Bundi en plein air
Curdin Bundi, passionné de sa région.

Aujourd’hui, le plateau de Flims forme peut-être l’une des régions les plus enchanteresses de Suisse. Ce n’est pas Curdin Bundi qui dira le contraire. A 68 ans, le Grisons a quasiment passé toute sa vie à Flims et ne manque pas de rester impressionné par son coin de pays:

J’ai le privilège de pouvoir vivre où les gens paient pour passer des vacances», résume celui qui nous accompagnera dans notre randonnée.

La promenade, qui se fera entièrement sur l’éboulis géant, débute à Flims Waldhaus. «Historiquement, c’est le quartier chic de la commune. Ici, dès la fin du XIXe siècle, des familles ont construits de grands hôtels comme le Waldhaus ou le Schweizerhof pour accueillir des hôtes prestigieux. A Flims Dorf habitaient plutôt les paysans.»

Papillon Tabac d’Espagne sur une fleur
Le Tabac d’Espagne apporte une touche colorée dans une faune et une flore diversifiées.

En longeant la Promenada, on peut justement voir des reliques de ce passé. A droite, l’ancien Bellavista, qui faisait partie du resort du Waldhaus, est devenu un restaurant chinois. Plus loin à gauche, voici les anciennes écuries. Peu après les avoir dépassées, nous traversons la route et nous enfonçons dans la forêt en empruntant la via Prau Sura.

Après quelques centaines de mètres, voici le premier des quatre lacs que nous longerons: le Lag Prau Pulté, comme on l’appelle dans le district de la Surselva. Entouré de hauts sapins, le plan d’eau tient plus de l’étang, et on en fait le tour en quelques pas. Sa particularité est ailleurs:

Du fait de l’éboulement, le sous-sol n’est pas compact, il y a des failles et des interstices dans lesquels l’eau s’écoule. Ainsi, ce lac se remplit par voie souterraine.

Une grande partie vient de l’eau de pluie qui resurgit ici, mais il a y aussi de l’eau de la fonte des neiges.» Lors de notre passage début août, le niveau était à son maximum. «D’ici deux semaines, il devrait être complètement vide, précise Curdin Bundi en empruntant le petit chemin longeant le ruisseau sortant du lac.

Ici, le système hydrogéologique est particulièrement complexe. Et bien que très étudié, il garde des parts de mystère.»

Mon Dieu, cette couleur!

Une fois franchi la route de contournement de Flims à moitié enfouie, retraversé la Promenada, emprunté la via Pra la Selva et dépassé le parc accrobranches, nous atteignons le Lag Tuleritg, qu’alimente le Lag Pra Pulté et, quelques semaines l’an, un ruisseau discrètement détourné.

Ce qui frappe ici, c’est ce déploiement de verdure. Le vert sombre des arbres et celui plus clair des buissons foisonnants répondent au vert mat des fougères géantes des rives et à celui, brillant, des algues recouvrant une partie du plan d’eau.

«Ici l’eau s’écoule par le sous-sol. Elle réapparaît plus bas, directement au fond du Lag la Cauma, qui du fait de cette arrivée d’eau souterraine ne gèle jamais en hiver.» Sans plus tarder, nous effectuons les quelques centaines de mètres qui séparent les deux sites.

Vue sur le Caumasee depuis le funiculaire.
Un petit plus agréable: il est possible de prendre le funiculaire du Caumasee sans bourse délier.

Une fois sur les rives du Caumasee, son nom allemand, impossible de ne pas succomber à la beauté affolante du site et surtout à la couleur surnaturelle de l’eau. Turquoise, émeraude, cyan? La teinte est difficile à décrire. Changeante selon les profondeurs et jouant avec les reflets du ciel, elle est en tous cas unique et doit aussi sa particularité à sa composition chimique tout à fait inédite et farouchement surveillée par la commune. Il est vrai que pour celle-ci, ce morceau de Caraïbes au cœur des Alpes est une vraie aubaine.

En été, on se presse parfois par millier pour se baigner – l’eau dépasse régulièrement les 20 degrés –, louer un pédalo, pratiquer du yoga au petit matin et du stand- up paddle l’après-midi ou simplement pour profiter de la terrasse-lounge surplombant le lac. «Autrefois, une jetée reliait la rive à l’île où se trouvait un restaurant de l’hôtel Waldhaus. Aujourd’hui, on ne voit plus que des fondations. Seuls quelques amoureux rejoignent parfois l’îlot à la nage…», sourit notre guide, qui nous invite déjà à reprendre notre marche.

Nous le suivons, non sans nous promettre de revenir, mais cette fois avec un maillot de bain. Puis, nous nous dirigeons vers Conn. En chemin, à travers les genévriers et les sorbiers, des panneaux explicatifs nous informent de la présence d’Epipactis pourpres et de Goodyères rampantes, deux orchidées. La région de Flims n’a pas fini de nous surprendre.

Prairie avec en arrière plan  le fameux chevauchement de Glaris.
En arrière plan on perçoit le fameux chevauchement de Glaris.

Au sortir de la forêt, le chemin longe une prairie fleurie qui attire nombre de papillons colorés, dont des Tabacs d’Espagne. Au loin, derrière les imposantes falaises du Flimserstein, on peut apercevoir une partie du fameux chevauchement principal de Glaris, une particularité géologique inscrite au patrimoine de l’Unesco. «Une couche de pierre vieille de 300 millions d’années s’est retrouvée, du fait de la tectonique des plaques, sur une autre beaucoup plus jeune. On voit très bien la ligne séparant les deux strates.»

Et une merveille de plus, une

La plate-forme panoramique Il Spir
La plate-forme panoramique Il Spir, ce qui signifie le martinet en romanche.

Les marcheurs fatigués s’arrêteront au restaurant Conn, fameux pour ses raviolis aux poires séchées de Trin, les autres continueront directement jusqu’au point de vue Il Spir. Construite en équilibre sur les bords d’un précipice, la plateforme surplombe une autre merveille: la Ruinaulta, le Grand Canyon suisse que le Rhin, coulant imperturbablement 400 mètres plus bas, a formé en forçant le passage à travers l’éboulement de Flims.

Repère des chamois et d’une foule d’oiseaux dont le bruant fou, les fortes pentes de calcaire blanc contrastent avec les forêts sombres qui lui font face. Le tout est égayé par le rouge du Glacier Express roulant le long du fleuve et le jaune d’un car postal tournoyant dans les lacets d’une route. Un vrai paysage de carte postale.

En suivant les panneaux «Wald und Wasser» à travers la forêt, nous foulons un sol meuble et nous amusons à chercher les traces laissées par les chevreuils avant d’atteindre un ultime bijou, le Lag la Cresta.

Plus intime que son grand frère le Caumasee, il est d’une troublante beauté avec ses eaux transparentes qui nous permettent d’admirer son fond.

Nous sommes ici sur une propriété privée, mais un hôtel-restaurant non loin d’ici a la permission d’exploiter une petite plage»,

précise Curdin Bundi, alors qu’une nageuse fend avec grâce le miroir d’eau.

A regret, nous quittons déjà le site. Pour rejoindre Flims Waldhaus, deux possibilités.: aller chercher le bus postal à l’arrêt Felsbach-Crestasee, à 5 minutes, ou remonter à pied en longeant le Flem. Les jolis coups d’œil qu’offre ce torrent fougueux dévalant la montagne entre troncs morts et rochers plaident pour cette option. Car de telles merveilles, on n’en a jamais assez.

Texte: © Migros Magazine | Pierre Wuthrich

Auteur: Pierre Wuthrich

Photographe: Kuster Frey Fotografie