Archives
4 mai 2017

Les Follatères: un coin de Méditerranée en Valais

Ilot de nature sauvage perché entre Dorénaz et Branson, le site protégé des Follatères fait souffler un vent du Sud sur la vallée du Rhône. Pour un peu, on se croirait dans le maquis.

Cette balade sur les hauts de Fully offre de sublimes paysages et une végétation tout à fait particulière.
Cette balade sur les hauts de Fully offre de sublimes paysages et une végétation tout à fait particulière.

On dirait le Sud, un de ces endroits qui ressemblent à la Corse ou à l’Italie, où les grillons chantent au milieu des pierres et des cactus sous un soleil de plomb. Un coin de maquis de 5 kilomètres carrés qui aurait atterri dans le coude du Rhône un peu par hasard, au beau milieu des pâturages à deux pas de Martigny (VS). L’heureux accident se nomme réserve des Follatères et ravit les amateurs de faune et de flore de toute l’Europe. On se presse pour y admirer une nature sauvage et protégée où vivent près de 200 espèces végétales d’origine méridionale et orientale.

Dans les hauteurs

Situé entre Champex-d’Allesse et Branson, sur la commune de Fully, le sentier s’étire à flanc de coteau sur un éperon rocheux au-dessus de la vallée du Rhône, offrant un coup d’œil imprenable sur les Dents-du-Midi et la plaine. On y accède après une montée en téléphérique jusqu’à Champex (1124 mètres d’altitude) avec vue plongeante sur le village de Dorénaz, point de départ en contre-bas, et la vallée du Trient qui fait face.

A la sortie du village, un panneau indique sur la droite Branson et Les Follatères, emmenant le randonneur sur un sentier qui chemine entre ferme et pâturage, dernières traces d’une nature domestiquée. Un petit portail de bois franchi et nous voici partis pour deux heures trente de marche entre cailloux et forêts, entre ombre et lumière sur les montagnes et le Rhône.

Le téléphérique basé à Dorénaz circule plusieurs fois par jour.
Le téléphérique basé à Dorénaz circule plusieurs fois par jour.

Premiers témoins de notre arrivée en terre sauvage, deux orchis sureaux jaune et pourpre surgissent au beau milieu de l’herbe verte d’une prairie maigre où quelques vaches paissent au soleil. Attendue au mois de mai leur fleuraison est un brin en avance... Mais après tout, n’est-ce pas le Sud, même à plus de 1000 mètres d’altitude? Quelques pas plus bas, un tourniquet signe la fin de l’oisiveté.

A mesure que nous cheminons, le sentier se fait plus étroit, et c’est à flanc de coteau que nous progressons accompagnés du chant de l’autoroute sur notre droite. Pas de risque de chute, mais mieux vaut ne pas avoir le vertige tant la vue sur la plaine rappelle la pente qui nous sépare.

Une clairière habitée de vieux arbres et de pierres recouvertes de mousse entame notre périple à travers le maquis valaisan.

Ici, pas de forêts de conifères à l’exploitation intense; la nature prend son temps, laissant troncs, cailloux, insectes et végétaux se frayer un chemin dans ce climat aride comme la garrigue. Le lynx y a été vu il y a quelque temps, nous a-t-on dit.

On y trouve des érables, des frênes, des sorbiers, des tilleuls, des prunelliers, des chênes et des cytises colonisés par le chant du pinson, du merle ou du pouillot de Bonelli. Le couvert forestier rythme cette première partie de balade, alternant avec des échappées à ciel ouvert tacheté de nuages.

Rivière de cailloux et forêt de houx

Mais voici que la pente se précipite, colonisée par les éboulis. Des cailloux à perte de vue, résultante des blocs de roche arrachés sur les hauteurs par temps de pluie et qui forment ces rivières de granit barrant toute vie à la végétation.

Çà et là, du vert pointe timidement le bout d’une tige, à l’image de l’oseille en écusson qui a su trouver sa voie dans cet environnement inhospitalier et instable devenu paradis des orvets et des vipères aspics.

Nous grimpons, descendons, grimpons et redescendons encore dans une succession de collines, la vallée du Trient désormais derrière nous. C’est Martigny et le Catogne saupoudré de neige printanière qui nous font face lorsque nous surgissons de l’ombre au détour d’une montée avant de nous laisser tomber sur une pierre pour nous rafraîchir dans la chaleur de midi. Un regard aux sommets et à un lézard qui file se terrer à notre approche et nous voici repartis.

Un environnement qui sent bon le maquis et la cigale

Changement de décor. L’entrelacs des branches se fait plus dense et nous nous enfonçons maintenant dans l’ombre ensorcelante d’une improbable forêt de houx. La scène est unique en Suisse et témoigne du climat méditerranéen qui règne aux Follatères, les houssaies les plus proches n’étant visibles que dans le sud de la France ou en Haute-Corse. Voilà qui fleure bon le maquis et la cigale.

Le sentier reprend sa courbe vers une ultime ascension qui débouche sur un panorama offrant les silhouettes médiévales de Valère et Tourbillon et la forêt de Finges au loin.

Un sentier de mandalas

Virage à gauche. La courbe rime avec tournant climatique puisque c’est ici que les climats océanique et continental qui séparent le Bas-Valais du Valais central se rencontrent. Peu à peu, le paysage se transforme, les hêtres cédant la place aux pins sylvestres et aux chênes à mesure que nous nous dirigeons vers les coteaux de Fully.

Au bout de la marche le village pittoresque de Branson nous attend.
Au bout de la marche le village pittoresque de Branson nous attend.

Le sentier s’est mué en chemin muletier et de vieilles souches jalonnent notre route qui croise celle des papillons. Nous tombons sur un géranium sanguin, typique de ces lisières. Après quelques mètres sur le sol tapissé de feuilles de chêne, nous entamons une solide descente d’une demi-heure en direction de Branson. Genoux fragiles s’abstenir!

Encore quelques contours et nous voici à la croisée des routes: le panneau du tourisme pédestre indique Branson, les vignes et les châtaigneraies de Fully en ligne de mire, ainsi que Dorénaz. Nous choisissons la première option, curieux de découvrir ce hameau aux airs de paese italien, connu depuis peu pour son sentier des mandalas. Impossible de résister au charme de ce dédale de ruelles, où voûtes et escaliers achèvent de donner un air de vacances à cette balade. Une ultime halte à la fontaine du village accolée à un banc bienvenu avant de reprendre le chemin du retour, le soleil du Sud plein la tête.

Sentier des mandalas: www.amisbranson.ch/le-village/mandalas

© Textes: Migros Magazine | Viviane Menétrey

Auteur: Viviane Menétrey

Photographe: Isabelle Favre