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22 septembre 2014

Bonheur pour tous

La Fondation Just for Smiles redonne le sourire à des milliers de personnes en situation de polyhandicap en leur offrant des journées à la montagne ou sur l’eau. Son précieux travail est aujourd’hui récompensé par le Prix Adele Duttweiler.

catamaran de la fondation just for smiles
Spécialement adaptés, les catamarans de la fondation permettent chaque année à près de mille jeunes en situation de polyhandicap de profiter des joies de la voile.

En Suisse, on dénombre près de 100 000 personnes en situation de polyhandicap ou à mobilité très réduite. Afin de leur offrir un peu de réconfort, la Fondation Just for Smiles basée à Villeneuve (FR) a développé, depuis une décennie maintenant, des activités en plein air jusque-là inédites pour ces défavorisés de la vie.

Aujourd’hui par exemple, dans le port d’Estavayer-le-Lac (FR), quatre enfants du foyer Petit Prince de la Fondation Perceval de St-Prex (VD) s’apprêtent à monter à bord d’un catamaran spécialement adapté. Cette transformation a exigé une étroite collaboration avec des architectes navals avant d’être homologuée par le Service de navigation. «Par exemple, nous avons équipé le bateau de chaises qui sont solidement fixées au pont et avons conçu des rails dans lesquels nous pouvons arrimer les fauteuils roulants, explique Terence Wilsher, chef de projet à la Fondation Just for Smiles. Et à la proue, d’autres enfants peuvent s’installer dans le filet tendu entre les deux coques. Ils adorent ça.»

Une logique de loisir handicap plutôt que de sport handicap

L’avantage du voilier, par rapport à un bateau de ligne, réside dans le fait qu’il est possible de naviguer beaucoup plus près du rivage et surtout d’être en parfaite harmonie avec la nature. Sentir une légère brise caresser son visage, entendre le clapotis de l’eau, regarder le voilier avaler les vagues: voilà autant de petites choses de la vie que ces enfants et adolescents ne connaissent que peu.

Invitée par Just for Smiles, Emmanuelle, 14 ans, du foyer Petit Prince de la Fondation Perceval à St-Prex (VD), est visiblement heureuse de sa journée.

«Notre but est d’offrir un maximum de sensations tout en répondant à des conditions de sécurité totale», explique Nathan Quenot, le skipper qui barre le catamaran tous les jours entre mai et août depuis trois ans. A bord, deux membres du foyer, dont une infirmière, encadrent les quatre enfants. «Il peut arriver que nous devions écourter les tours en bateau. Avec les autistes, par exemple, le seuil de tolérance peut être plus rapidement atteint», explique Aurore Nicod, l’une des accompagnatrices.

Nathan Quenot poursuit: «Nous ne sommes pas dans une logique de sport handicap, où l’activité peut ressembler à des compétitions de haut niveau, mais bien dans le cadre d’un loisir handicap. Ici, les passagers peuvent participer aux manœuvres ou s’amuser à l’avant du bateau en sautant sur le filet.»

La démarche plaît. Avec des bateaux à Estavayer-le-Lac, Neuchâtel et au Bouveret, Just for Smiles permet, chaque saison, à près de mille jeunes de bénéficier de ces sorties lacustres.

Outre ces activités, la fondation est également active sur la terre ferme. Grâce à une sorte de fauteuil roulant tout terrain baptisé Joëlette, il est possible de partir en randonnée sur des sentiers de moyenne montagne soigneusement sélectionnés.

Et en hiver, quatre stations ont été choisies pour offrir, à tous, des journées à la neige. Là aussi, les sites (accès aux remontées mécaniques, toilettes, restaurants, etc.) ont dû au préalable être adaptés et sécurisés. Par ailleurs, des moniteurs de ski sont spécialement formés pour accompagner les jeunes et dévaler les pistes sur un genre de tandem développé pour la pratique du ski.

«Nous sommes en train de mener une étude biomécanique en collaboration avec l’Unité de neurorééducation pédiatrique du CHUV et la Haute école spécialisée de Suisse occidentale, précise Terence Wilsher. L’hiver dernier, nous avons ainsi placé des capteurs sur les enfants pour voir comment ils réagissaient.» Si les conclusions ne sont pas encore définitives, les auteurs ont toutefois remarqué que, d’une fois à l’autre, les personnes en situation de poly­handicap participaient davantage à l’activité. «Dans quelques cas, certaines d’entre elles ont même pu tenir une poignée, explique Terence Wilsher. Ce serait magnifique si nous pouvions prouver que la répétition d’une pratique comme le ski augmente l’autonomie du corps.»

Si un lien de cause à effet venait à être prouvé, Just for Smiles pourrait alors espérer recevoir de l’argent public, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Un prix pour pérenniser les activités de la fondation

«Toutes nos activités sont gratuites, précise Véronique Bornand-Sickenberg, en charge de la planification des esca­pades. Seule une modique cotisation par an est demandée aux institutions.»

Pour financer ces journées, Just for Smiles ne peut compter que sur la générosité de donateurs. Le Prix Adele Duttweiler, doté de 100 000 francs, que la fondation s’apprête à recevoir, est donc plus que bienvenu, même s’il ne couvrira qu’une partie des coûts engendrés par les sorties et leur préparation. «Cette somme nous permettra de pérenniser et de développer nos activités, se réjouit Terence Wilsher. Depuis dix ans, nous avons déjà accompagné plus de six mille enfants. Et nous avons bien envie de continuer.»

De retour au port après deux heures de navigation, les enfants sont visiblement ravis. La joie d’Emmanuelle, 14 ans, est pour le moins communicative. Et à la vue de son large sourire – le plus beau des cadeaux –, chaque adulte présent se sent confirmé dans sa mission: offrir du bonheur, juste quelques instants de bonheur.

Pour en savoir plus et faire un don: www.justforsmiles.ch .

Auteur: Pierre Wuthrich

Photographe: Laurent de Senarclens