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9 juin 2014

Les Suisses sont-ils chauvins?

Cette Coupe du monde de foot, durant laquelle la Suisse et la France en découdront, sera une nouvelle occasion pour les Helvètes de railler l’esprit cocardier des Gaulois. Mais sommes-nous finalement moins fiers de notre pays que nos voisins?

La Suisse sera-t-elle championne du monde de football?
La Suisse sera-t-elle championne du monde de football?

Pour celles et ceux qui l’ignoreraient encore, le coup d’envoi de la Coupe du monde de football sera sifflé ce jeudi 12 juin 2014 à 17 heures à São Paulo (22 heures sous nos latitudes). Premier match: Brésil-Croatie. La Suisse, elle, n’entrera en jeu que dimanche, jour du Seigneur et des parieurs.

C’est à ce moment-là que l’on pourra commencer à prendre la température du chauvinisme sportif helvétique, cette ferveur patriotique qui se caractérise notamment par des agitations de drapeaux, des secousses de cloches et grelots, des grimages faciaux et des cris gutturaux.

Le jour de vérité? Le vendredi 20 juin

Mais cette fièvre n’atteindra vraiment son pic dans notre pays que le 20 juin, date annoncée de la confrontation entre les Bleus et la Nati. Eh oui, la température ne monte jamais aussi haut que lorsque nous affrontons notre grand pays voisin mais néanmoins rival. Rival à un point tel d’ailleurs qu’il se vend aujourd’hui des t-shirts sur lesquels on peut lire: «Je supporte deux équipes: la Suisse et n’importe quelle autre qui battra la France»…

A coup de tacles meurtriers et de chants guerriers

Un match attendu et redouté à la fois qui se déroulera donc sur le terrain de l’Arena Fonte Nova de Salvador, mais aussi dans les gradins de celui-ci, à l’intérieur des cabines des commentateurs sportifs et évidemment derrière les postes de radio et de télévision. A coup de tacles meurtriers, de chants guerriers, de subjectivité revendiquée et de mauvaise foi caractérisée.

On verra alors qui des Suisses ou des Français s’avèrent en définitive les plus chauvins…

«La France estime être une grande nation et le football doit être à la hauteur de sa grandeur»

Georges Pop, journaliste à la RTS et auteur de «Les Français ne sont pas Suisses» (Ed. Cabédita)
Georges Pop, journaliste à la RTS et auteur de «Les Français ne sont pas Suisses» (Ed. Cabédita)

Georges Pop, journaliste à la RTS et auteur de «Les Français ne sont pas Suisses» (Ed. Cabédita)

Le Suisse est-il chauvin?

Le Suisse est un chauvin à géométrie variable. En football, lorsqu’il y a confrontation avec des voisins immédiats comme l’Italie ou l’Allemagne, nous sommes un peu plus chauvins. Mais là où notre chauvinisme atteint des sommets, c’est contre la France! Parce que là ça réveille une rivalité qui remonte à l’époque où les Gaulois ont appelé César à la rescousse pour chasser les Helvètes. C’est un raccourci, mais il n’en demeure pas moins que le chauvinisme suisse s’exacerbe lorsque l’on joue contre la France.

En matière de chauvinisme, l’Helvète parvient-il à faire jeu égal avec le Gaulois?

Non, parce que le chauvinisme français, lui, est constant. La France a toujours une très grande idée d’elle-même, elle estime être une grande nation et le football doit donc être à la hauteur de sa grandeur. Ce qui fait que lorsque les Bleus offrent un spectacle pitoyable, c’est tout le pays qui est en quelque sorte humilié. Nos hommes politiques n’ont jamais prétendu que nous étions un grand pays, contrairement aux élites politiques françaises qui continuent à nourrir l’idée que la France en est toujours à l’époque de Louis XIV.

En cette période d’avant Mondial, ces mêmes élites politiques utilisent d’ailleurs le foot pour tenter de redorer leur blason.

C’était assez amusant de voir François Hollande aller s’exhiber à Clairefontaine à côté de l’équipe de France. J’espère juste que notre bon Ueli Maurer n’aura pas l’idée de faire pareil avec l’équipe de Suisse parce que, par les temps qui courent, il a plutôt tendance à porter la poisse. Ahahah!

Revenons à nos Helvètes. Ils sont quand même pas mal chauvins, non?

C’est un chauvinisme qui a plus de recul, qui est plus diffus que celui des Français ou des Italiens. C’est une forme de patriotisme assez bonhomme, assez gentille et donc assez supportable aussi.

N’avez-vous pas le sentiment que les Suisses osent davantage exprimer leur chauvinisme aujourd’hui qu’hier?

Oui, parce que l’on nous pousse un petit peu plus à le montrer. Il y a beaucoup d’étrangers qui vivent en Suisse et ces communautés exhibent facilement leurs drapeaux. Du coup, en réaction, nous sortons le nôtre pour montrer que nous aussi on est là et qu’on existe.

© Migros Magazine - Alain Portner
Photos: Keystone et Laurent de Senarclens

Auteur: Alain Portner