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10 février 2014

Formation continue et santé au travail

Chez Micarna SA, l’encouragement aux collaborateurs revêt une grande importance. Une stratégie qui profite autant à l’entreprise qu’à ses employés. De même, en compensation des effets d’un travail aux cadences soutenues, Mifroma SA se préoccupe de la santé de ses collaborateurs et leur offre fitness ou séances de massage.

Laure Mariotti pose dans la halle de production de Micarna SA, en habit de travail.
Laure Mariotti: «Mon travail est devenu beaucoup plus intéressant»

Plutôt bruyante, la halle d’emballage de Micarna SA, à Courtepin (FR)! Les machines du transformateur de produits carnés tournent à plein régime, les caisses en plastique s’entrechoquent. Laure Mariotti, elle, est concentrée sur l’écran de son ordinateur, tandis qu’une collaboratrice se dirige vers elle pour lui annoncer que quelque chose ne fonctionne pas à l’emballage.

La jeune femme de 38 ans hoche la tête et sourit. Il y a quelques années, elle aurait pu être cette collaboratrice qui appelle la responsable d’équipe à la rescousse. A cette époque ouvrière sans formation professionnelle, elle détient désormais un CFC d’opératrice sur machines automatisées et, à ce titre, est en charge de la conduite d’une ligne de production, depuis la livraison de la marchandise jusqu’à son emballage en passant par le portionnement. Cette qualification, elle la doit au soutien de son employeur, Micarna SA.

Un nouveau départ dans des conditions difficiles

Laure Mariotti est entrée chez Micarna SA il y a treize ans, dans le département d’emballage, avec un poste à 20%. «J’ai divorcé il y a cinq ans et, de ce fait, il m’a fallu travailler à plein temps», se souvient cette mère de deux enfants. En même temps, Laure Mariotti voulait avoir plus de responsabilités. Elle a confié son souhait de formation à son chef, qui l’a tout de suite soutenue, de même que le département des ressources humaines. Ce dernier lui a prodigué des conseils spécifiques afin qu’elle trouve la formation professionnelle la plus appropriée à son activité.

Nous avons besoin d’une main-d’œuvre qualifiée et motivée.

Ainsi, Micarna SA s’est fixé des objectifs ambitieux en termes d’encouragement de ses collaborateurs», explique Jérôme Carrard, 43 ans, responsable du secteur Management Service et membre de la direction. Et le succès ne s’est pas fait attendre. Ces cinq dernières années, l’entreprise a pu augmenter le nombre d’apprentis de 45 à 103 dans seize métiers différents: boucher-charcutier, technologue alimentaire, médiamaticien, cuisinier ou encore logisticien. La formation de base et la formation permanente sont soutenues par Micarna SA. Et ce n’est pas tout: les collaborateurs au bénéfice d’une expérience professionnelle d’au moins cinq ans et validée par le Service de la formation professionnelle continuent à percevoir leur salaire mensuel normal durant tout le temps de leur formation.

Cela a été un grand soulagement, parce que si j’avais été payée comme une apprentie, avec deux enfants, je n’aurais jamais pu accomplir cette formation!

relève Laure Mariotti. Pendant trois ans, elle s’est rendue une fois par semaine à l’école professionnelle. Les autres jours, elle a passé d’un secteur à l’autre afin de comprendre les différentes étapes de la production et les relations entre elles. Cette approche globale, Jérôme Carrard l’appelle «la pensée en réseau». Il aime à souligner combien cette capacité est importante dans une entreprise d’une telle taille. Les yeux de Laure Mariotti brillent lorsqu’elle parle de ses nouvelles tâches. Son travail est devenu plus intéressant et a augmenté sa confiance en elle. Inutile de dire qu’elle est reconnaissante à son employeur et envisage de continuer à se former.

Paroles d’expert: «Désormais, les entreprises doivent offrir de réels atouts»

Portrait de Martin Kleinmann sur fond neutre.
Martin Kleinmann

Martin Kleinmann, professeur de psychologie du travail et de son organisation (lien en allemand ou en anglais) à l’Université de Zurich, répond à nos questions.

Autrefois, les entreprises industrielles exploitaient les ouvriers. Depuis, elles sont nombreuses à améliorer la sécurité au travail et concilier famille et profession. Comment cette transformation a-t-elle eu lieu?

Au fil de l’industrialisation, aux XVIIIe et XIXe siècles, le travail a été segmenté, c’est-à-dire divisé en une foule d’étapes manuelles. L’ouvrier ne fabriquait plus un produit de A à Z, mais exécutait une opération, toujours la même, jusqu’à mille fois par jour, dans une routine extrêmement frustrante. On a alors constaté que la productivité baissait, et des économistes se mirent à réfléchir à l’impact de la satisfaction ressentie au poste de travail. Ce long processus a abouti à la politique du personnel telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Autrefois, le marché était inondé de main-d’œuvre....

... alors qu’aujourd’hui, nous avons un taux de chômage de 3%. Ce qui fait que les employeurs qui veulent s’attacher des forces de travail qualifiées doivent avoir quelque chose à leur offrir. Une entreprise qui propose des activités sportives, autorise les horaires flexibles, ouvre une crèche pour les enfants de ses employés ou subventionne une large palette de formations permanentes est tout à fait en droit de le faire savoir dans sa communication interne et externe, et va donc, par sa position sur ces questions, attirer l’attention sur elle.

Actuellement, beaucoup d’entreprises investissent au long terme dans la formation et la qualification de leurs collaborateurs...

Oui, et elles créent ainsi une situation satisfaisante pour tous. Démarcher du personnel qualifié exclusivement à l’étranger revient peut-être moins cher, mais n’est pas forcément durable. Les collaborateurs encouragés par leur employeur à se former et à se perfectionner sont en général très motivés et plus fidèles à leur entreprise que ceux qui n’ont pas fait l’expérience de ce soutien. Dans le choix d’un employeur, n’est-ce pas toujours un salaire attrayant qui prime? Nous n’avons pas tous les mêmes besoins et ne sommes pas tous à la même étape de notre vie. Un(e) quinquagénaire aura sans doute d’autres priorités qu’une personne de 30 ans en pleine phase de croissance familiale. L’employeur capable de marquer des points avec d’autres prestations que le salaire a de grands atouts en main.

© Migros Magazine – Pierre Léderrey (la santé au travail et entretien avec l'expert) et Evelin Hartmann (formation des employés)

Auteur: Pierre Léderrey, Evelin Hartmann

Photographe: Laurent de Senarclens