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26 mai 2014

François Annen, l'homme qui fait sauter les lapins

François Annen, éleveur de lapins béliers à Trélex, est passionné de «kaninhop» - une discipline venue des pays nordiques, qui consiste à faire franchir des obstacles à des lapins. Avec ses protégés, il remporte un franc succès partout en Suisse romande.

Vidéo: Migros Magazine - Youtube

Poil brillant et œil vif, il s’élance et franchit l’obstacle d’un bond vigoureux. Parle-t-on d’un pur-sang de compétition? Pas du tout: c’est un lapin bélier noir et blanc qui, gracieux et enthousiaste, vient de sauter une petite barrière de 40 cm de haut.

Les lapin bélier pèse environ 7 kilos.
Le lapin bélier pèse environ 7 kilos.

François Annen, son propriétaire, est ravi: pour les photos, le jardin était plus esthétique que la cour gravillonnée, et il craignait que les trèfles et dents-de-lion ne soient trop attirants.

Ils ont leur caractère, vous savez: ce sont eux qui choisissent s’ils sont d’accord de sauter ou pas. Et s’ils refusent, il n’y a rien à faire!

Ce disant, il couve son protégé du regard: c’est qu’ils les aime, ses lapins! Voilà trente ans qu’il en élève à Trélex – uniquement des béliers – pour lesquels il avoue avoir un faible. «Certains disent que ce ne sont pas de vrais lapins, avec leurs oreilles tombantes. Mais regardez-les, ne sont-ils pas mignons?»

Pour illustrer ses dires, il désigne des boules de poils de quelques semaines, puis sort délicatement de son nid de paille un lapereau de 2 jours, pour nous «montrer comment c’est, si petit.»

Des critères de sélection impitoyables

François Annen: «Regardez-les, ne sont-ils pas mignons?»
François Annen: «Regardez-les, ne sont-ils pas mignons?»

Noirs et blancs, ou alors beiges, de grosse taille (7 kilos) – de «vraies peluches qui se laissent tout faire» –, de taille moyenne (5 kilos) et naine (1-2 kilos), François Annen possède au total une cinquantaine de lapins béliers. Tous destinés à participer à des concours de beauté. Mais les critères sont impitoyables et portent sur l’anatomie dans le détail, de la tête aux pattes postérieures, en passant par la tenue du dos, la ligne abdominale, la sous-couleur et même les jarres, soit «les poils plus longs qui sortent du pelage».

Les lapins qui ne répondent pas aux critères? «Ma foi, ils passent à la casserole…» D’où, sans doute, le fait qu’aucun lapin ne porte de nom: tous sont uniformément appelés Kiki. Ce qui ne signifie pas qu’ils soient considérés comme un troupeau anonyme, non: l’éleveur connaît les caractéristiques de chacun.

Ici, il y a celui qui adore se promener en liberté et qui monte et descend prestement les escaliers du jardin, en quête d’aventure. Là, celui au cou duquel il a attaché une clochette pour pouvoir le retrouver, et qui aime suivre Maverick et Chiffon, les chats de la maison: «L’autre jour, il est monté sur un avant-toit avec eux, il est tombé et s’est cassé une patte, le pauvre.»

Une laisse comme seule condition

Et il y a les trois lapins sauteurs, bien sûr. La discipline du saut de lapin, venue des pays nordiques, s’appelle le «kaninhop». François Annen l’a découverte il y a deux ans, lors de l’Exposition nationale des lapins mâles, à Fribourg. «J’ai trouvé ça rigolo, et j’ai voulu tester avec mes propres lapins. On peut essayer avec n’importe quelle race, vous savez! Mais il a fallu trouver ceux qui aimaient ça, et qui étaient d’accord qu’on leur mette un harnais et les tienne en laisse.» Car sans laisse, impossible de les récupérer…

Grâce à eux, il remporte un franc succès aux manifestations, et reçoit de nombreuses demandes pour animer les fêtes de village.

Je n’ai pas fait ça pour la gloire, et je ne pensais pas avoir un tel succès

«Amateur qui veut se faire plaisir», il ne tient d’ailleurs pas à devenir un spécialiste de la discipline et refuse d’intégrer la Fédération de kaninhop suisse, (site en allemand) créée il y a deux ans, qui l’obligerait à suivre des règles précises et à participer à des concours. Il fabrique lui-même ses obstacles avec du matériel recyclé: «C’est fou tout ce qu’on trouve, à la déchetterie!» et se contente du plaisir de partager un moment ludique avec ses protégés.

Tiens, d’ailleurs, celui qui a sauté pour les photos commence à fatiguer. Une dernière prise de vue, si possible avec le lapin qui bondit, le propriétaire qui sourit et le photographe prêt au déclic? «Allez, Kiki, courage, vas-y! Ça va être la photo de l’année. Tu vas voir: on va être des stars!»

© Migros Magazine – Véronique Kipfer

Auteur: Véronique Kipfer

Photographe: Laurent de Senarclens