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19 mai 2014

François Burland à la conquête de l’espace

Marginal revendiqué, l’artiste vaudois François Burland prépare sa nouvelle exposition, ancrée dans sa fascination pour la culture soviétique.

François Burland admet sortir du cadre de l’art brut pour se diriger de plus en plus vers l’art contemporain.
François Burland admet sortir du cadre de l’art brut pour se diriger de plus en plus vers l’art contemporain.

Trois fusées, une soucoupe volante, un spoutnik et un zeppelin silencieux... Tel est l’univers, à grande échelle s’il vous plaît, que l’artiste vaudois François Burland, 56 ans, déploiera lors de sa future exposition Atomik Magic Circus.

Autant d’engins volants (faits de tôles de fer blanc, de contreplaqué et de matériaux recyclés) condamnés à rester au sol: «C’est la conquête de l’espace sur le plancher des vaches, s’amuse leur créateur. L’idée, absurde, de construire des immenses machines qui ne servent à rien, surtout dans un pays comme la Suisse, me plaît énormément!»

François Burland: «J’aime me surprendre moi-même.»
François Burland: «J’aime me surprendre moi-même.»

Naviguer à contre-courant, il en a l’habitude, François Burland. Marginal revendiqué, contestataire, il a même vécu quelque temps dans la rue, refusant l’aide de ceux qui voulaient l’intégrer.

C’était insupportable. La création m’apparaissait comme une bouée de sauvetage certes, mais également comme un moyen de me maintenir à l’écart.

Sa conception de l’art, son refus «d’entrer dans le monde» suscite la curiosité de Michel Thévoz, alors directeur de la Collection de l’art brut. Il l’invite à exposer ses œuvres dans la catégorie «Neuve Invention» du musée, cette dernière regroupant des artistes en porte-à-faux avec le milieu culturel traditionnel.

Uh homme façonné par les voyages

«Aujourd’hui, j’ai évolué, on ne sait plus trop où me placer», reconnaît le volubile Franco-Suisse à la tignasse poivre et sel. «Je sors du cadre de l’art brut et je me dirige de plus en plus du côté de l’art contemporain.» Dessins aux néocolors et au stylo-bille déclinant un monde de monstres et de figures mythologiques, jouets en matériaux de récupération (une série débutée à une époque où il n’avait «pas beaucoup de fric»), poyas brodées par des femmes touaregs (rencontrées lors de voyages en Algérie, un pays et un peuple qui l’ont fasciné, façonné): l’œuvre de cet artiste polyvalent se distingue aussi par la variété des techniques utilisées.

Je m’ennuie rapidement. J’évolue donc au gré de ma fantaisie, de mes rencontres, de mes envies. J’aime me surprendre moi-même.

Reste cette fascination pour la culture soviétique que l’on retrouvera dans Atomik Magic Circus. «Je suis un enfant de la Guerre froide, explique François Burland. La peur des Russes était omniprésente. A l’école, on se prêtait régulièrement à des exercices d’évacuation dans les abris antiatomiques. Comme j’aimais bien le rouge, j’étais persuadé d’avoir attrapé la maladie du communisme. Je craignais que cela ne se sache et que mes parents ne m’aiment plus...» La découverte d’une collection de timbres russes des années 60 alimenta davantage son imaginaire.

De Tchernobyl à Fukushima

Si sa prochaine exposition représentera en quelque sorte l’apothéose de cet envoûtement, une première étape prenait déjà en 2011 l’apparence d’un sous-marin géant: l’Atomik Submarine. Une réalisation «à l’échelle de sa peur d’enfant», un projet lancé «pour faire le mariole auprès de copains» et dont la construction a débuté durant la catastrophe de Fukushima: «On ne peut s’empêcher d’y voir un lien avec Tchernobyl et l’empire soviétique.»

L’Atomik Submarine de François Burland.
L’Atomik Submarine de François Burland.

Pour venir à bout de ce monstre de 2 tonnes et de 18 mètres de long, bâti de bois et de fer blanc, il a fait appel à des retraités du Lot-et-Garonne, une région où il passait ses vacances enfant. «Ces hommes se sont approprié cette réalisation, ils y ont mis tout leur amour.»

Une expérience enrichissante qu’il a eu à cœur de renouveler avec son nouveau projet, en travaillant avec des jeunes en difficulté.

Je vis une histoire magnifique avec eux. Là encore, le projet est en train de devenir le leur, c’est comme s’il ne m’appartenais plus. Et ça me plaît!

© Migros Magazine – Tania Araman

Auteur: Tania Araman

Photographe: Jeremy Bierer, Murielle Michetti