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15 mars 2013

François, le pape le plus…?

Premier Sud-Américain, premier jésuite à accéder au trône de Pierre, certes, mais quelle sorte de pontife sera le cardinal Bergoglio? Echantillons de grands modèles, pas tous recommandables, qui ont marqué l’histoire de la papauté.

le cardinal Bergoglio salue la foule 
de pèlerins depuis le balcon de la basilique Saint-Pierre peu après 
l’annonce de sa nomination.
Mercredi 13 mars 2013: le cardinal Bergoglio salue la foule de pèlerins depuis le balcon de la basilique Saint-Pierre peu après l’annonce de sa nomination.
Saint Pierre
Saint Pierre

Le plus coriace

Saint Pierre évidemment. Suivant le mode de calcul, – par exemple de 30 à 64 – son pontificat fut non seulement le premier, mais aussi le plus long. Seul pape issu des milieux piscicoles.

Le plus héréditaire

Silvère, qui régna de 536 à 537 et était fils d’un autre pape, Hormisdas (514-523). Mais attention fils légitime, né avant que papa n’entre dans les ordres. Plus sulfureux, Jean XI (931-936), fils présumé et illégitime de Serge III (904-911) qui l’aurait eu avec la concubine Marozie, sa maîtresse, âgée de 13 ans.

Le plus calculateur

Sylvestre II, de son vrai nom Gerbert d’Aurillac, pape de l’an mil et premier pape français. Qui fut d’abord un savant tout terrain dont le fait d’armes considérable reste d’avoir introduit les chiffres arabes en Europe.

Benoît IX
Benoît IX

Le plus jeune

Benoît IX, élu en 1032 sous la pression de son père le comte de Tusculum, à l’âge de… 12 ans, selon certaines sources. Mais plus probablement vers 20 ans. Pour d’autres le plus jeune pape serait Jean XII, de la même famille que le précédent, élu à l’âge de 16 ou 18 ans en 955, dans des circonstances assez similaires.

Le plus attendu

Grégoire X (1271-1276) élu après un conclave qui dura trois ans et ne s’acheva que parce que les cardinaux furent enfermés avec seulement du pain et de l’eau, dans un palais dont on retira le toit «afin de permettre aux influences divines de descendre plus librement sur leurs délibérations».

Alexandre VI
Alexandre VI

Le plus scandaleux

Alexandre VI, autrement dit Rodrigo Borgia. Père de six enfants, élu en 1492 après avoir probablement acheté quelques votes. Pour un pontificat de bruit et de fureur: corruptions, vols, meurtres, viols, luxures et cérémonies pas toujours catholiques. Tel un concours de danse réunissant cinquante prostituées nues. Ceux qui protestent, comme Savonarole, sont arrêtés, torturés, exécutés et jetés dans le Tibre. A sa mort, le bruit court: ce pape-là a passé un pacte avec le diable.

Urbain VII
Urbain VII

Le plus bref

Urbain VIIqui régna pendant treize jours, du 15 au 27 septembre 1590. Titre qui ne peut être contesté par Etienne, prêtre élu pape en mars 752 mais qui mourut d’apoplexie trois jours après, avant d’avoir pu même être ordonné évêque. Ni par Philippe, pape d’un jour, le 31 juillet 768, ou plutôt antipape, plus reconnu aujourd’hui par l’Eglise catholique.

Léon XIII
Léon XIII

Le plus détesté

Léon XIII, élu en 1878 en raison de sa santé fragile pour faire un pape de transition. Il déjouera les pronostics, mourra à 93 ans après vingt-cinq ans de règne, sera le premier pontife «social», à s’intéresser à la question ouvrière, à dénoncer «la concentration entre les mains de quelques-uns de l’industrie et du commerce, devenus le partage d’un petit nombre d’hommes opulents et de ploutocrates». A tel point que les plus catholiques d’entre les fidèles eurent le soupçon qu’un imposteur avait pris la place du vrai pape à Rome et que dans certaines pieuses paroisses on priait «pour la conversion du pape».

Pie XII
Pie XII

Le plus silencieux

Pauvre Pacelli! Son pontificat sous le nom de Pie XII se résume désormais à cette seule polémique: a-t-il par son silence cautionné les agissements des nazis? Certains historiens disent que oui, considérant que pour faire ce qu’ils ont fait «Hitler et ses acolytes devaient être convaincus que le pape ne protesterait pas». D’autres que non, estimant à 850 000 le nombre de juifs dans les territoires du troisième Reich qui ont pu être sauvés grâce à l’action discrète de l’Eglise.

Le plus faussement bonhomme

Elu comme conservateur de transition, le rondouillard Roncalli, alias Jean XXIII, ne sera ni l’un ni l’autre. Malgré un pontificat bref, interrompu par un cancer à l’estomac, il aura le temps de placer dans l’Eglise, en 1962, la bombe atomique de Vatican II. Tout en gardant sa réputation d’homme proche du peuple et son affectueux surnom d’«il papa buono», le bon pape.

Jean Paul II
Jean Paul II

Le plus polonais

Incontestablement Karol Wojtyla, seul ressortissant de ce pays à décrocher le siège de Pierre sous le nom de Jean Paul II. Sa nationalité fut la première d’une longue liste de stupéfactions et superlatifs: le plus athlète, le plus intransigeant, le plus politique, le plus charismatique, le plus malade, le plus santo subito. Si l’on était Polonais, on ajouterait: le plus grand pape de tous les temps.

Auteur: Laurent Nicolet

Photographe: Keystone, Ullstein,, PA,