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15 mai 2015

Franglais, un intrus in the maison

Furtif retour à la table des matières.

Un enfant en train de faire ses devoirs.
L’anglais s’est immiscé dans la vie de famille.

Chapitre 1. On a fait notre feuille de route. On a sauté dans un avion. Et on est arrivé chez les «ri-cains».

Chapitre 2. On a inscrit les gosses dans une école publique (avec programme bilingue français-anglais) et on a prié pour que la magie opère.

Chapitre 3. Je ne sais pas par qui, mais nos prières ont été entendues.

Le reste est à écrire. Avec des hauts, des bas, des espaces, des retours à la ligne, des points de suspensions. L’expatriation est une aventure et c’est bien le propre d’une aventure de ne pas pouvoir tout maitriser.

Cela étant dit, c’est désormais dans un joyeux et chaotique mélange de langues que nous ne maîtrisons rien. Le Franglais s’est emparé du quotidien. Celui-là, même gros comme un Big Mac, on ne l’avait pas vu venir. En tous cas pas à ce point.

Un enfant sur un bateau, casque aux oreilles, portant un t-shirt avec une grande ancre et les mots "bon voyage".
Les enfants apprennent souvent très vite une nouvelle langue.

Quand tu débarques en Amérique avec deux enfants de 4 et 7 ans qui ne savent pas un mot d’anglais, tu mises évidemment sur l’immersion. Ils l’apprendront. Quoiqu’il arrive. Pas par choix. Sûrement pas par plaisir. Mais par obligation. Pour l’interaction sociale. Pour les copains. Pour exister.

Certains parents de PS 133 m’avaient dit: «Tu verras, à Noël, tes enfants sauront l’anglais.» Personnellement, c’est lors du Winter Break en février (après 6 mois de scolarisation) que j’ai senti le progrès. De homework en playdates, de nouvelles rencontres en lectures du soir, de dessins animés en activités de loisirs, l’anglais s’est immiscé partout.

C’est où il veut quand il veut. Y compris entre nous. Les barrières tombent. Les territoires se confondent. Le Français est majoritaire à la maison. Mais pas exclusif. Notre credo: ne pas forcer. Laisser venir. Selon leur inspiration. Balthazar et Romane parlent le «slang», un anglais de la rue, brut, sans chichis, phonétique.

Mon admiration face à ce prodigieux apprentissage d’une nouvelle langue n’est pas mesurable même si je dois admettre que le mélange des genres sonne souvent faux: «Il est où le «snake» (serpent) en plastique qu’on a acheté a la «fair» (foire)?»; «Balthazar, arrête de «braguer» (faire le malin) quand je fais mon «homework» (devoirs).»; «Papa, donne ton «phone» à maman, on va faire une «race» (course).» Ca me rappelle un illustre Belge plutôt «aware» et bodybuildé.

Tout le monde n’est d’ailleurs pas d’accord avec cette stratégie de la «passoire». Certains francophones refusent purement et simplement de parler anglais à leurs enfants. Expatriés depuis plus longtemps que nous, ils voient déjà l’anglais comme une réelle menace pour la langue maternelle. Sans doute ont-ils raison. Nous, pour l’instant, on fait comme on peut, un «step» à la fois. Points de suspensions.

Texte © Migros Magazine – Xavier Filliez

Auteur: Xavier Filliez

Photographe: Xavier Filliez