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7 novembre 2016

Fratrie: de l’enfant à l’adulte

Aîné, cadet ou benjamin: notre place dans la famille détermine certains codes de comportement qui subsistent durant toute notre vie.

illustration: en enfant dit à ses parents: «On pourrait dire que je suis né après Rosy, comme ça je deviendrai artiste au lieu de dictateur!»
La place dans la fratrie aurait une très grande influence sur l'évolution d'un enfant.

En chaque adulte se cache l’enfant qu’il/elle était. Une croyance farfelue? Pas du tout: toujours plus d’études tendent à prouver que le code de comportement adopté en tant qu’enfant reste globalement similaire une fois devenu grand.

Plus fascinant encore, certains spécialistes soulignent l’influence incontestable de la place dans la fratrie sur ce dernier.

Dans son livre Tout sur les relations entre frères et sœurs, paru aux Ed. Favre et disponible chez Ex Libris, le médecin généraliste et homéopathe Ingo F. Schneider dévoile ainsi deux observations passionnantes, recensées de manière récurrente au fil de plus de vingt ans de pratique, en écoutant les termes utilisés par les mamans pour décrire leurs rejetons.

D’une part, la place dans la fratrie fait naître des particularités de comportement qu’on retrouve systématiquement d’un enfant du même rang à l’autre, quelle que soit la famille et la culture. D’autre part, ces particularités, que le médecin nomme «talent» ou «génie», guident l’individu durant sa croissance et même en tant qu’adulte.

Par ailleurs, chacun a son rôle. Ainsi, le premier-né, ayant ses parents pour seuls modèles, va très vite vouloir les copier pour trouver sa place dans le groupe familial. Ces derniers le décrivent donc souvent comme obéissant, observateur et cognitif, au risque de devenir, une fois adulte, trop rigoureux, soucieux, voire maniaque ou perfectionniste. Les parents soulignent également de manière récurrente le sens de la justice et la loyauté dont fait preuve leur premier enfant.

Le deuxième, lui, se retrouve face au trio de ses parents et de son aîné. Il va donc plutôt développer une dualité tout à fait personnelle entre le monde humain et le monde matériel, chercher le stimulus d’autres enfants et faire preuve de charme et de gentillesse pour trouver sa place. On le dira plus «câlin», plus tactile, mais aussi plus inventif et créatif, souvent plus intéressé également par la nature et son environnement matériel que par les règles et conventions.

Et le troisième, alors? Il copie ses aînés en prenant chez l’un et l’autre ce qui lui plaît, d’où des particularités de comportement très diversifiées. Discret et sachant s’adapter, il est souvent un électron libre autour de la famille, «rayonne de joie de vivre», selon les parents, et suit son propre chemin.

«Mais attention, avertit Ingo F. Schneider:

il est important de définir le talent propre de l’enfant, en évitant la confusion d’inter­prétation et le jugement de valeur que peuvent impliquer certains choix de mots.

Soyez rassurés: il n’y a pas de bons ou de mauvais rôle dans la fratrie. Ces rôles ne se distinguent que par des manières de fonctionner différentes, chacune pouvant présenter des zones d’ombre et de lumière.»

Un cycle de trois

«En étudiant plus de 80 familles, j’ai réalisé que ce schéma fonctionne toujours selon un cycle de trois, note le médecin. Ainsi, le quatrième enfant aura le même type de particularités que le premier, le cinquième que le deuxième, etc.»

Mais Ingo F. Schneider souligne que la personnalité se construit durant toute son existence, et que chaque enfant développera aussi en parallèle quelques traits de caractère différenciés, suite à ses phases de vie. L’enfant, d’abord non socialisé, vit ainsi un changement lors de la scolarisation, lorsqu’il côtoie soudain des copains du même âge.

A la puberté, il détourne son regard du foyer vers les amis, créant une troisième forme de socialisation. Les différents apprentissages lui donnent ensuite les moyens de partir, puis de créer ses propres incarnations sociales en fondant une famille, etc.

Si ce schéma de responsabilisation correspond aux envies du premier, le deuxième, lui, rêve néanmoins souvent de rester ado puis de passer directement à la sagesse de la vieillesse»,

remarque le médecin.

Etre un adulte bien dans sa peau

Mais comment se libérer ou jouer avec ce déterminisme familial pour être un adulte bien dans sa peau? «Avoir une connaissance de ces rôles et les accepter peut déjà beaucoup aider, explique Ingo F. Schneider.

Les parents qui respectent ces différences entre leurs enfants les aideront beaucoup et leur permettront de grandir en ayant confiance en leurs capacités.»

Autre piste possible: prendre exemple sur ses frères et sœurs, en analysant ce qui fonctionne bien – ou pas – dans leur code de comportement personnel: «Cela permet souvent de relativiser, ou alors de disposer de quelques clés pour changer certains éléments dans sa vie.»

Quant aux adultes qui ne se sentiraient pas à leur place ou développeraient des maladies chroniques, le spécialiste leur conseille de se souvenir de «comment ils étaient avant 10 ans.

Nos problèmes d’adultes viennent souvent de la perte du talent de notre enfance.

Une des façons de les régler est de se rappeler ce qui nous faisait du bien à l’époque. L’enfance est guérison.»

Mais prudence: le fait de côtoyer régulièrement d’autres personnes peut aussi nous faire endosser un rôle qui n’est pas forcément celui d’origine. Par exemple, même dans un couple où les deux conjoints sont des aînés, «l’un devient souvent à long terme un peu plus le premier, et l’autre le deuxième».

Tout comme la relation avec ses collègues peut se transformer peu à peu, l’une incarnant inconsciemment la grande sœur protectrice, ou un autre le cadet frondeur. S’en rendre compte facilite bien les choses, pour soi-même et avec son entourage, et permet de se comporter en adulte responsable – sans frustrations d’enfant incompris.

Texte: © Migros Magazine | Véronique Kipfer

Auteur: Véronique Kipfer

Illustrations: François Maret