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2 mars 2015

Fugue en flou majeur

Peu d’études, pas de statistiques, des mécanismes de soutien embryonnaires: face à la fuite d’enfants, la Suisse est démunie.

Un enfant assis sur un trottoir photo
Les enfants fuient une situation difficile à gérer, qui les met en porte-à-faux. (Photo: Keystone)

C’est la première cause de disparition d’enfant dans les pays occidentaux: la fugue. Une problématique en Suisse qui n’est pas répertoriée. «Il n’y a pas de statistiques nationales, par conséquent pas d’études sur le sujet, on ne sait pas le nombre d’enfants qui fuguent par année», se désole Clara Balestra, collaboratrice scientifique à la Fondation Sarah Oberson, qui lance une campagne de sensibilisation dans les écoles valaisannes.

Concernant les motifs des fugues, on a longtemps avancé le côté «rite de passage». Avec des enfants qui «partiraient pour devenir adultes, acquérir une sorte de maturité». Une explication qui n’est plus guère considérée par des spécialistes penchant plutôt pour le «cri d’alarme»:

Les enfants fuient une situation difficile à gérer, qui les met en porte-à-faux».

Les genres d’événements qui peuvent faire passer à l’acte se révèlent ainsi multiples: «Une mauvaise note, un conflit avec les parents, un désintérêt de leur part, voire de la maltraitance, une rupture avec la copine.»

Savoir être attentif aux changements

Quant aux signes avant-coureurs pouvant alerter les parents, Clara Balestra explique «qu’il faut prendre au sérieux tous les changements d’attitude de l’enfant». Un bon élève qui se retrouverait soudain en échec scolaire, une bonne pâte qui se transformerait en furie agressive, ou encore un petit être très sociable qui d’un jour à l’autre se détacherait de ses copains, ne sortirait plus de la maison.

En cas de fugue de son enfant, le premier réflexe à avoir est de «faire le tour de l’entourage – l’école, les copains» et, sans nouvelles, d’alerter immédiatement la police. «Un enfant qui n’est pas à la maison se trouve de toute façon en situation de risque.»

Au retour de l’enfant, «il est important de se repositionner, de discuter avec lui», de tenter de comprendre les raisons de sa fuite, «sans pour autant tomber dans le copain-copain». Il s’agira de «garder sa position de parent», et d’être prêt à «remettre en place les normes qui existent à la maison». Clara Balestra cite à ce propos le diagnostic d’Olivier Halfon, chef du Service universitaire de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent au CHUV, pointant deux tendances à éviter dans ces moments-là: «l’activisme par crainte du vide et la complicité trop proche par peur de l’affrontement».

Clara Balestra estime que les connaissances du mécanisme de la fugue ainsi que les dispositifs pour le gérer mériteraient d’être sérieusement améliorés. «

Il faudrait savoir davantage de quoi l’on parle,

et que les autorités commencent à mettre en place ou à améliorer des systèmes pour aider familles et enfants.» Et de citer des «programmes de prévention testés à l’étranger et qui semblent fonctionner, mais qui nécessitent des interventions ne se limitant pas au seul niveau parental». Cependant, les parents ne sont pas complètement livrés à leur sort. Clara Balestra évoque l’usage en Valais: «Quand l’enfant est retrouvé, les policiers lui demandent toujours pourquoi il a fugué. S’ils constatent l’existence d’une situation difficile à la maison ou à l’école, ils informent l’Office de protection de l’enfance (OPE) qui fait alors une recherche.»

Auteur: Laurent Nicolet