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9 mai 2016

Un graffeur au soleil

Tagueur de l’ombre, le Chaux-de-Fonnier Gaétan Gris est passé à la lumière pour vivre de sa passion. Ses graffitis aux couleurs éclatantes, il les signe «Soy», son nom d’artiste.

Gaétan Gris dans son atelier
Des aérosols de Soy naît tout un univers haut en couleur.

Gaétan Gris, alias Soy, – ce qui signifie «je suis» en espagnol – a l’âme artistique chevillée au corps:

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours dessiné.»

Enfant, il recopiait des images tirées de bouquins. Adolescent, il taguait des murs la nuit. «Pour l’adrénaline, pour se sentir exister en écrivant son nom partout.» Et avec d’inévitables démêlés avec la justice en prime. De ses années de clandestinité et de galère, ce Chaux-de-Fonnier ne tire aucune gloriole. Juste la conviction qu’il était né pour sprayer.

Cette passion m’a permis de ne pas prendre un mauvais chemin, de ne pas sombrer…»

Malgré une entrée avortée à l’Ecole d’art, ce solide gaillard s’accroche à sa bombe aérosol comme un oisillon à sa branche. Petit à petit, il fait son nid, sort de l’illégalité et de l’ombre pour graffer en pleine lumière: «J’ai toujours cru en ce que je faisais.» Aujourd’hui, il vit de son talent, «même si rien n’est jamais acquis».

Qu’elles rendent hommage à Dalí, au groupe de musique IAM ou à la nature (l’une de ses principales sources d’inspiration), les fresques de ce jeune quadra sont lumineuses à son image. Elles lui permettent aussi de rayonner au- delà de nos frontières, même jusqu’à Dubaï, où il a réalisé fin 2014, avec 150 autres artistes, le plus long graffiti du monde (lien en anglais), un record homologué par le Guinness Book.

Gaétan Gris en train de boire du café.
7 h 00: saut du lit

7 h 00: saut du lit
«Les artistes sont en général des oiseaux de nuit, mais moi, je suis plutôt du matin. C’est là que j’ai le plus d’énergie. Et j’aime avoir des journées bien remplies.»

Gaétan Gris dans son atelier.
8 h 00: temps de l’esquisse

8 h 00: temps de l’esquisse
«C’est l’heure où je descends dans mon bureau-atelier au rez-de-chaussée. Je travaille sur l’ébauche de mes projets sur la base de thèmes que me donnent mes clients. Je réalise des croquis ou des collages à partir d’images trouvées dans des livres, des magazines ou sur internet. C’est très artisanal!»

10 h 00: dans sa bulle
«Mon atelier, c’est ma grotte créative. Je mets mon masque, la ventil’ et de la musique, je m’immerge totalement dans mon monde. Quand je peins, je suis en transe, je me libère de mes émotions, je ne vois pas le temps passer, je m’absente de tout… C’est un peu une thérapie pour moi.»

Gaétan Gris en train de sprayer un mur.
14 h 00: au pied du mur

14 h 00: au pied du mur
«L’après-midi, je vais travailler chez les clients qui m’ont commandé une fresque. Actuellement, je réalise un graffiti dans une carrosserie. Mes peintures doivent égayer les lieux et également susciter des émotions, faire rêver et permettre de s’évader un peu. Quant à mes sources d’inspiration, elles sont diverses, je n’ai surtout pas envie de m’enfermer dans un style.»

Gaétan Gris aevc son collègue graphiste devant l'ordinateur.
17 h 00: case computer

17 h 00: case computer
«Comme l’informatique n’est pas ma tasse de thé, j’utilise les compétences d’un graphiste avec qui je collabore depuis longtemps. Quand on se retrouve, c’est pour finaliser les ébauches que j’ai faites le matin même ou le jour d’avant. Ça fait quand même plus pro de présenter aux clients des projets mis en forme sur ordinateur.»

Gaétan Gris de retour à son atelier
19 h 00: retour à l'atelier

19 h 00: retour à l'atelier
«J’aime replonger dans mon monde pour bien finir la journée. La création, c’est mon moteur, je me sens bien quand je suis actif, j’ai vraiment besoin de ça pour mon équilibre. Mes journées sont longues et je me couche rarement avant minuit…»

Texte: © Migros Magazine / Alain Portner

Auteur: Alain Portner

Photographe: François Wavre/lundi13