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12 mai 2014

Gaëtan Rieben, hypnotiseur de rue

Depuis un an, le jeune autodidacte enchaîne les démonstrations nomades avec deux de ses copains. Et entend bien démontrer ainsi aux passants que l’hypnose n’est pas dangereuse.

Gaëtan Riben, hypnotiseur de rue
Gaëtan Rieben: «La première fois que j’ai hypnotisé quelqu’un, j’ai ressenti quelque chose d’incroyable.»

Un claquement de doigts – et vous voilà enraciné au sol. Quelques mots murmurés à l’oreille – et vous oubliez votre prénom. Gaëtan Rieben, 19 ans, est hypnotiseur de rue. Sa mission: démystifier cette pratique qui le fascine.

Avec deux copains aussi passionnés que lui, il a ainsi fondé Swiss Hypnose il y a un an. Depuis, il propose régulièrement des démonstrations, au fil des rencontres avec les passants romands.

Vidéo: démonstration de street hypnose à Lausanne (Source: Swiss Hypnose - Youtube.

Nous voulons montrer que l’hypnose n’est pas dangereuse. Au contraire, elle est liée à un état naturel tout simple, comme celui dans lequel on est plongé lorsqu’on est assis devant sa télévision sans vraiment la regarder.

Lui-même avoue avoir d’abord été vraiment sceptique, au point de «vouloir tester».

Il a donc téléchargé le livret d’exercices de base mis à disposition sur le site de l’hypnotiseur de rue français Jean-Emmanuel Combe Puis a élargi ses lectures, tout en s’exerçant sur «tous ceux qui étaient d’accord de tenter l’expérience».

Mais durant les deux premiers mois, ses tentatives ont échoué systématiquement: trop d’émotionnel, pas assez de pratique et trop de résistance de la part de ses proches dubitatifs.

Une étudiante accepte de se prêter au jeu

C’est lors d’un meeting international d’étudiants à Zurich qu’il propose pour la première fois à une inconnue assise à côté de lui de l’hypnotiser.

Elle a accepté et… je l’ai endormie. J’ai ressenti alors quelque chose d’incroyable, un mélange de joie mais aussi de peur de ne pas réussir à la réveiller. Heureusement, tout s’est bien passé.

Depuis, il a réitéré l’expérience sur plusieurs dizaines de personnes et testé aussi d’autres types de suggestions, en procédant toujours de la même manière. D’abord, il mène un «pré-talk», qui permet d’expliquer la différence entre conscient et subconscient, mais aussi de créer un lien de confiance avec la personne qu’il va hypnotiser. «C’est essentiel, car sinon, elle va se concentrer sur ce qu’on fait et non pas sur ce qu’elle ressent.»

La difficulté de l’hypnose de rue: elle doit être menée à bien en quelques minutes, dans un environnement souvent chaotique.
La difficulté de l’hypnose de rue: elle doit être menée à bien en quelques minutes, dans un environnement souvent chaotique.

Pour cela, le jeune homme fait souvent appel à la programmation neuro-linguistique – une pratique qu’il a, là encore, assimilée de manière autodidacte, et qui lui permet de «créer un lien de confiance double».

Il effectue ensuite un test de réceptivité. Puis il utilise une technique de «saturation des sens», afin de l’endormir: il parle vite, lui fait répéter des gestes, suivre des mouvements de mains des yeux, etc., puis crée une cassure de rythme pour marquer l’endormissement. Vient ensuite l’exercice d’hypnose, puis une phase de «réveil propre», de manière à ce que la personne ait l’impression de «sortir d’une bonne sieste».

Une pratique basée sur le respect de la personne

Contrairement à l’hypnose thérapeutique, basée sur des suggestions répétées destinées à provoquer un résultat à long terme, l’hypnose de rue est à durée limitée. Elle est aussi plus difficile à gérer, puisqu’elle doit être menée à bien en quelques minutes. Mais elle est, comme la première, basée sur le respect de la personne.

«Les hypnotiseurs possèdent un code éthique strict, qui interdit de ridiculiser les participants. C’est vraiment important de le suivre à la lettre, non seulement pour ne pas décrédibiliser la pratique, mais aussi pour inciter les gens à nous faire plus confiance.» De toute manière, l’hypnose a ses limites: la personne qui ne désire pas être hypnotisée ne pourra pas l’être contre son gré.

Gaëtan Rieben se heurte souvent au manque de collaboration des garçons: «Ils entrent en concurrence avec moi ou alors ont peur pour leur image et ne sont pas réceptifs.» A l’autre extrême, il peut arriver que des gens ne se réveillent pas: ils apprécient trop cet état. La solution, dans ce cas? Leur boucher le nez et la bouche pour les obliger à ouvrir les yeux, ou alors les gronder comme un enfant: «Si tu ne veux pas te réveiller, je ne t’hypnotiserai plus jamais!»

Une musique d’avenir

Le trio ne demande pas d’argent pour ses prestations. Et Gaëtan Rieben annonce n’avoir aucune intention d’en faire son métier: il travaille dans les assurances, et se voit bien devenir manager événementiel. Il joue toutefois avec l’idée de faire un jour un spectacle, «avec des idées nouvelles et jamais vues». Par exemple un spectacle humoristique, qui tournera l’esprit suisse en dérision, en mêlant sketches – et numéros d’hypnose, bien sûr.

© Migros Magazine – Véronique Kipfer

Auteur: Véronique Kipfer

Photographe: Christophe Chammartin