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8 février 2016

La laine, c’est le pied!

La start-up vaudoise Baabuk s’est spécialisée dans la fabrication de chaussures à base de laine naturelle. Une idée originale qui s’inspire des origines russes de sa cofondatrice Galina Witting.

Galina Witting a lancé avec son mari une entreprise fabriquant des pantoufles, bottes et baskets à base de laine de mouton.
Galina Witting a lancé avec son mari une entreprise fabriquant des pantoufles, bottes et baskets à base de laine de mouton.

Quel est le point commun entre de la laine naturelle de mouton et des baskets stylées? C’est à partir de cette combinaison, a priori saugrenue, que s’est pourtant spécialisée la start-up lausannoise Baabuk. «Mes parents, d’origine russe, ont offert à mon mari Dan des valenki, chaussures traditionnelles en laine qui permettent de protéger ses pieds des grands froids, précise Galina Witting, cofondatrice avec son époux de la petite entreprise. On raconte même que les Russes, grâce à cet équipement, auraient gagné la guerre contre Napoléon, au cours de l’hiver glacial de 1812!»

Ni une ni deux, le couple, toujours à la recherche de nouveaux défis, tente de convertir la chaussure «mastoc et bon marché» en un produit plus raffiné et urbain. «Le projet a véritablement démarré en 2012 lorsque nous habitions à Jakarta (Indonésie), où mon mari avait été muté par son employeur de l’époque, poursuit la jeune femme de 37 ans, diplômée de HEC Lausanne. Moi-même, je vivais très mal ma vie d’expatriée… Bien que déjà fort occupée avec nos deux enfants en bas âge, il fallait que je me trouve une occupation.»

Galina Witting s’essaye alors au feutrage de la laine, en prenant quelques cours par Skype avec des artisanes russes. «Début 2013, j’ai exposé pour la première fois mes créations – des pantoufles et bottes à base de feutrine – à l’ISPO, la grande foire de matériel de sport de Munich (D).

Un magasin hollandais nous a repérés et a passé une première commande de 1200 paires…»

Il s’agit alors de trouver rapidement de la main d’œuvre pour répondre à la demande. Le couple embauche une première petite équipe en Indonésie. «Ce n’était pas idéal… Car dans un pays chaud comme celui-ci, la laine est peu connue et il fallait donc passer beaucoup de temps pour former les employés à ce matériau.»

Galina et Dan Witting décident de délocaliser la production au Népal. Depuis juin dernier, une quinzaine de travailleurs fabriquent les créations de Baabuk, toutes dessinées par la Vaudoise. «Le feutrage est un procédé très simple, qui ne nécessite que de la laine, du savon et de l’eau. Dan, au bénéfice d’une formation d’ingénieur à l’EPFL, a imaginé des machines qui permettent d’accélérer le processus de travail sans avoir à ajouter de colle, comme c’est souvent le cas ailleurs.»

Le procédé est donc 100 % naturel. Quant à la laine, elle provient de Nouvelle-Zélande. «Ce n’est pas la porte à côté, confesse-t-elle. Nous avions d’abord l’intention d’acheter des produits locaux mais malheureusement le Népal utilise encore des procédés de traitement de la laine qui n’offrent pas des garanties suffisantes d’un point de vue écologique.»

De la laine, hiver comme été

Toujours à la recherche de nouvelles idées, le couple s’est lancé l’année dernière dans le développement d’un nouveau type de chaussures, adapté à toute saison: des baskets à base de laine, elles aussi! Le projet est donc inscrit sur la plateforme de financement participatif Kickstarter, comme c’était déjà le cas pour les premières créations de Baabuk.

Et le succès ne se fait pas attendre: en seulement quarante-huit heures, l’objectif initial de 20 000 francs est atteint, pour totaliser aujourd’hui des commandes pour une somme de 170 000 francs.

«Je n’étais pas fan de la laine avant de me lancer dans cette aventure. Elle n’évoquait pour moi que de gros pulls qui piquent, tricotés par des grands-mères», sourit-elle. Mais ça, c’était avant de découvrir les qualités insoupçonnées de la matière. «Elle est particulièrement isolante, permet autant de se protéger du froid en hiver, que du chaud l’été. Des tribus nomades dans le désert portent d’ailleurs des capes en laine pour se protéger du soleil!»

Les baskets Baabuk sont produites dans deux usines voisines de la région de Porto (P), l’une fabrique les semelles de caoutchouc, la seconde la partie supérieure de la chaussure constituée uniquement de laine portugaise. «Notre but n’est aucunement d’obtenir un label bio, note la jeune femme.

Ce qui nous importe en revanche, c’est de proposer un produit naturel, de qualité et fabriqué selon des normes très strictes en matière d’éthique.»

Sans compter la partie production, la start-up ne se compose pour l’instant que de ses deux fondateurs et d’une stagiaire. Mais ces effectifs pourraient bientôt être revus à la hausse: l’année dernière, la start-up a écoulé environ 5600 paires de chaussures, quadruplant ainsi ses ventes par rapport à ses deux premières années d’exploitation. «Ça démarre petit à petit, annonce modestement l’entrepreneuse. Nous allons prochainement élargir notre gamme de baskets aux enfants. Et d’autres projets, toujours à base de la même matière, sont en réflexion… Mais il est encore trop tôt pour en parler.» Coton et fibres synthétiques ont du souci à se faire... La laine est bel et bien de retour.

Auteur: Alexandre Willemin

Photographe: Jeremy Bierer