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15 décembre 2014

Garde d’enfants: le casse-tête permanent

Entre la crèche, l’accueil extrascolaire et les arrangements entre voisins, les parents galèrent bien souvent pour gérer les journées de leurs bambins. Comme ces parents et les adhérents de Famigros, le club de Migros pour les familles.

Moment de détente pour cette famille.
78% des parents sondés font appel aux grands-parents
78% des parents sondés font appel aux grands-parents.

Un véritable casse-tête chinois. Voilà à quoi ressemble, pour la plupart des parents, l’agencement des journées de leurs têtes blondes, surtout lorsqu’ils travaillent tous les deux.

Entre la crèche, l’accueil extrascolaire, les grands-parents, les mamans de jour et les arrangements entre voisins, pères et mères jonglent bien souvent avec plusieurs modes de garde et se débattent avec des emplois du temps très rigoureusement minutés. «Lorsqu’un des maillons de la chaîne saute, cela devient difficile à gérer», souligne Valérie, mère célibataire lausannoise d’Aurélien, 13 ans, et de Charlotte, 9 ans. Une réalité que corroborent les autres témoignages (voir plus loin).

Afin de mieux comprendre les habitudes des parents helvètes et les difficultés qu’ils peuvent rencontrer, Famigros, le club de Migros pour les familles, et le département Etudes de marché du distributeur ont mené l’enquête. Modes de garde privilégiés, évaluation de l’offre dans leur région, différenciation entre les agglomérations et les villages, de nombreux critères ont été passés au peigne fin.

49% des sondés jugent l'offre en matière de garde très mauvaise à médiocre.
49% des sondés jugent l'offre en matière de garde très mauvaise à médiocre.

Les champions toutes catégories lorsqu’il s’agit de confier ses enfants à un tiers? Les grands-parents. Près de 80% des sondés y ont régulièrement recours. Avec un taux de 41% (dans les villes de plus de 50 000 habitants, les petites communes manquant souvent de structures d’accueil), les crèches arrivent elles aussi en bonne position.

Des résultats que viennent confirmer des études menées dans les cantons de Vaud (par l’IDHEAP, l’Institut de hautes études en administration publique pour le compte de la Fondation pour l’accueil de jour des enfants) et de Genève (par le SRED, le Service de la recherche en éducation). Crèche et grands-parents sont bel et bien les modes de garde les plus utilisés, ainsi que l’attestent également les chiffres de l’Office fédéral de la statistique.

41%des habitants des grandes villes placent leur enfant en crèche.contre17% des habitants des petites communes.
41%des habitants des grandes villes placent leur enfant en crèche.contre17% des habitants des petites communes.

Tant l’étude vaudoise que la genevoise mettent en avant le fait que les parents qui optent pour une solution tierce (mamans de jour, voisins, nounous) le font bien souvent par défaut et préféreraient avoir recours à une structure institutionnelle.

Selon le SRED, environ 6600 enfants fréquentaient une crèche au moment de l’enquête en mai 2014 sur l’ensemble du canton de Genève, alors que les parents de près de 12 200 petits jugeaient ce mode d’accueil préférable. Conclusion: il serait donc nécessaire de créer entre 3000 et 4000 places de crèche pour satisfaire les préférences parentales.

Une problématique qui se retrouve dans plusieurs cantons: à noter que dans l’enquête Famigros, 49% des sondés jugeaient l’offre en matière de garde dans leur région de très mauvaise à médiocre. La situation devrait toutefois s’améliorer au cours des prochaines années puisque la Confédération a annoncé en septembre avoir prévu de libérer 120 millions de francs jusqu’en 2019 pour le subventionnement de nouvelles structures d’accueil.

D’ici là, les parents continueront à danser sur la corde raide et passeront à coup sûr, à l’image de nos témoins, maîtres dans l’art du système D!

«Nous jonglons entre la crèche, les grands-parents et les jours de congé»

La maman: 31 ans, doctorante (40%) et assistante (40%) en économie à l’Université de Lausanne.

Le papa: 36 ans, indépendant (100%, avec flexibilité).

Les enfants: un garçon, 2 ans et demi, et une fille, 8 mois.

Dans cette famille lausannoise, les jours se suivent, mais ne se ressemblent pas. Si, le lundi, le garçon va à la crèche et la fille passe la journée avec sa grand-mère, le mardi, ils restent tous deux à la maison avec leur maman. Le mercredi, les grands-parents prennent la relève, le jeudi, l’aîné retourne à la crèche alors que la maman s’occupe de la cadette, tandis que le vendredi, ils passent la matinée avec leur maman et l’après-midi avec leur papa. «Notre façon de faire n’est pas inhabituelle. La plupart de nos amis jonglent ainsi entre la crèche, les grands-parents et les jours de congé.»

47% font appel aux grands-parents en cas de maladie.
47% font appel aux grands-parents en cas de maladie.

Un arrangement rendu possible dans son cas d’une part grâce à la disponibilité de sa belle-mère, d’autre part grâce au caractère flexible de son occupation: «Etant en doctorat, je peux travailler sur ma thèse depuis la maison. Je ne dois être à l’université qu’à 50%. Et je peux facilement m’arranger si un des petits est malade.» Son mari, qui a lancé une entreprise avec un ami en juin 2013, a voulu bloquer tous les vendredis après-midi pour garder ses enfants.

«De mon côté, je ne me verrais pas travailler à 100%, explique la maman. Cela voudrait dire que sur une semaine les petits passeraient plus de temps ailleurs qu’à la maison.

Mais je n’aurais pas envie d’arrêter toute activité professionnelle, je tiens à garder ce stimulus intellectuel.»

Elle reconnaît toutefois qu’en cette dernière année de doctorat, la pression augmente: «Il faut que j’avance ma thèse et ce n’est pas toujours évident de travailler à la maison. Une solution serait d’envoyer notre fille à la crèche, mais je la trouve encore un peu petite. Pour notre fils, nous avons attendu qu’il ait 1 an et demi: nous trouvions important qu’il puisse rencontrer d’autres enfants.»

56%mettent moins de 10 minutes pour se rendre au lieu de garde.
56%mettent moins de 10 minutes pour se rendre au lieu de garde.

Bref, tout semble organisé pour le mieux dans la famille. «Surtout si je compare notre situation à celle d’amis dont les parents habitent trop loin pour garder les enfants. S’ils n’ont pas de place en crèche, ils doivent souvent s’arranger avec une maman de jour ou l’un d’eux doit arrêter de travailler.»

Seul regret pour la maman: ses parents vivant en Argentine, elle ne peut compter sur eux pour s’occuper de ses enfants. «S’ils étaient en Suisse, ils seraient tout contents de prendre parfois les petits, et j’aurais un plus de temps pour moi, ne serait-ce que pour aller chez le coiffeur…»

«Le plus dur à organiser, ce sont les vacances scolaires»

Elle: Fabienne Ruef Pereira, 39 ans, consultante touristique à 60%

Lui: Clovis Pereira, 35 ans, aide-cuisinier à 100%

Les enfants: Meloë, 6 ans et demi, et Tayna, 4 ans et demi

«Pendant l’année scolaire, nous sommes assez bien organisés.» Fabienne Ruef Pereira est consciente de sa chance: avec ses horaires de travail 9 h-18 h, elle dispose de suffisamment de temps pour amener ses filles à l’école le matin. Et peut compter sur son mari Clovis pour aller les chercher à 16 h: «Il prend son service d’aide-cuisinier à 6 h du matin et finit 15 h.»

Bref, du quasi sur-mesure pour le couple, du moins en ce qui concerne les trajets maison-école. «Pour les repas de midi, ça dépend des jours. Lundi et mardi, Meloë et Tayna vont au parascolaire. J’ai congé le vendredi et je travaille en alternance une semaine sur deux le mercredi ou le jeudi: selon le cas, elles mangent donc soit avec mon père, soit avec une copine, soit avec une voisine à qui je rend la pareille. Tant qu’il n’y a pas de vacances scolaires, ce système fonctionne bien.» Tout se complique pendant l’été...

69%des trajets maison-lieu de garde s’effectuent en voiture.
69%des trajets maison-lieu de garde s’effectuent en voiture.

«Comme je travaille dans le milieu du tourisme, je ne peux prendre à cette période que deux semaines de congé. Le reste du temps, nous nous débrouillons comme nous pouvons. Bien sûr, nous pouvons souvent compter sur mon père: s’il n’est pas lui-même en voyage, il est toujours disponible pour garder les filles, même à la dernière minute, d’ailleurs, c’est notre sauveur! Mais nous ne voulons pas le solliciter trop souvent non plus. Ma belle- famille habite au Brésil, et même si ma belle-sœur nous rend bien service quand elle vient en Suisse, nous devons autrement jongler entre les amis, les voisins, les nounous...»

Et de souligner que son emploi lui offre tout de même la possibilité de travailler les week-ends: «Il ne reste ainsi plus qu’un jour par semaine où je dois trouver une solution.

46% des sondés ont déjà eu recours aux garderies des centres commerciaux.
46% des sondés ont déjà eu recours aux garderies des centres commerciaux.

Malgré tout, cela reste un casse-tête, surtout que, jusqu’à maintenant, mes filles étaient trop petites pour que je les inscrive au centre aéré.» Et s’il vient au couple des envies de s’offrir une soirée en amoureux? «Nous faisons souvent des échanges de week-ends avec des amis qui habitent près de chez nous: nous gardons parfois leurs enfants et ils gardent de temps en temps les nôtres.» A noter qu’à la naissance de leur première fille, Fabienne et Clovis ont dû attendre deux ans avant de lui trouver une place à la crèche: «C’était un peu la galère!»

«Lorsqu’un des maillons de la chaîne saute, cela devient difficile à gérer…»

Elle: Valérie, 40 ans, employé de commerce à 80%.

Les enfants: Aurélien, 13 ans, et Charlotte, 9 ans

«Lorsqu’un des maillons de la chaîne saute, cela devient difficile à gérer…» Mère célibataire, Valérie a dû faire preuve d’ingéniosité pour organiser les journées de ses enfants. «D’autant plus que, vivant à Lausanne et travaillant à Genève, je dois prendre le train de 6 h 42 et je ne rentre que vers 18 h 45. Le matin, mon ami veille à ce que mon fils et ma fille soient bien réveillés avant de partir travailler. Puis je les appelle à 7 h 30 pour m’assurer que tout va bien. Pour la suite, cela dépend des jours, étant donné que les horaires varient et qu’en plus ils ne vont pas à la même école.»

56% des sondés estiment qu'un enfant peut rester seul 1-2 heures.
56% des sondés estiment qu'un enfant peut rester seul 1-2 heures.

Alors qu’Aurélien, 13 ans, effectue les trajets seul, Charlotte, 9 ans, passe d’abord chez une amie de Valérie qui habite dans le quartier et qui la garde jusqu’à ce que les cours commencent. Les midis, l’aîné mange parfois à l’école, parfois à la maison, «ce que je lui ai préparé la veille». La cadette, elle, prend ses repas soit dans une structure d’accueil, soit chez cette même amie («Le mercredi, mon jour de congé, je m’occupe de ses enfants.»).

La fin de la journée s’organise entre séances avec un répétiteur pour Aurélien («Le lundi, il finit les cours à midi: je ne voulais pas qu’il passe tout l’après-midi seul.»), devoirs surveillés, cours de théâtre et de danse pour Charlotte («Elle s’y rend seule ou avec une autre maman, mais ses professeurs sont briefés et elle m’appelle quand elle arrive, quand elle repart, et aussi une fois à la maison.»)

Bref, une organisation minutieuse, qui fonctionne en grande partie grâce à l’entraide des mamans du quartier. «Mon ex-mari me rend service de temps en temps, mais, il a des horaires irréguliers.» Quant aux structures d’accueil de la ville de Lausanne, elles manquent, selon Valérie, de flexibilité. «Le soir, c’est ouvert jusqu’à 18 h 30. Ce qui ne m’arrange pas avec mes horaires.»

62% souhaiteraient pouvoir sortir plus le soir.
62% souhaiteraient pouvoir sortir plus le soir.

Et ces fameux grains de sable qui enrayent parfois le système? «Il est arrivé que l’amie qui s’occupe de ma fille soit malade, et Charlotte a alors été beaucoup plus livrée à elle-même. La veille, nous avions passé en revue le programme de la journée et j’avais appelé souvent pour voir si tout se passait bien. J’ai mauvaise conscience dans ce genre de situation, mais il n’y a pas d’autre solution.»

Texte: © Migros Magazine - Tania Araman

Auteur: Tania Araman

Photographe: Christophe Chammartin , Corina Vögele (illustration)