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22 août 2016

Garde des enfants: la galère

A l’heure de la rentrée, de nombreux parents restent préoccupés par la très délicate conciliation entre vie familiale et activité professionnelle. Les Suisses sont les champions du système D et du bricolage entre connaissances.

Des enfants en train de jouer dans une garderie
Les parents romands doivent souvent s’armer de patience pour trouver une place de garde pour leur bambins (photo: Keystone).

Dans certains quartiers de Lucerne, Zurich ou Bâle, le nombre de places en crèche dépasserait la demande. Une situation propre à faire rêver la plupart des parents romands, qui se démènent pour trouver une solution de garde pour leur progéniture.

Des changements démographiques, l’évolution du marché du travail ou encore l’augmentation des familles monoparentales, le tout accompagné de l’amoindrissement d’un réseau familial transgénérationnel capable de pallier aux absences des parents qui travaillent. Voilà qui explique les besoins croissants en matière d’accueil extrafamilial.

Ce dernier se partage entre garde institutionnelle (soit des structures d’accueil privées ou publiques comme les crèches, garderies, l’accueil parascolaire) et garde non institutionnelle, rémunérée ou non (mamans de jour, au pair, grands-parents, voisins, connaissances, etc.)

En Suisse, 29% des enfants de moins de 3 ans sont pris en charge au moins une heure par semaine, à l’instar de la moyenne européenne (28%). Par contre, seuls 4% des enfants dans cette même tranche d’âge sont gardés 30 heures et plus par semaine. Beaucoup moins que la moyenne européenne (14%) et bien en-dessous de celle de la France (23%) ou des pays nordiques (35% en Suède, 59% au Danemark).

Dans le même temps, l’accueil institutionnel est le plus onéreux du continent. Le pourcentage d’enfants pris en charge de manière non institutionnelle bat ainsi chez nous un record abolu.

«Il faudrait un département fédéral pour la politique familiale»

A l’heure de la fin des vacances, quelle est la situation en Suisse sur le front de l’accueil de jour des enfants?

La quantité de l’offre et le financement sont meilleures en Suisse romande qu’en Suisse alémanique, surtout pour l’accueil préscolaire. Dans les cantons de Vaud, Fribourg, et Neuchâtel, la répartition des coûts se fait entre les cantons, les communes, les parents et les employeurs. En Suisse alémanique, ce système avec participation des employeurs n’existe pas encore. Il y aura une votation à ce sujet dans le canton de Zurich le 25 septembre prochain. L’accueil parascolaire reste insuffisant dans toute la Suisse, avec notamment peu d’écoles à horaire continu.

Le Valais semblait s’en sortir nettement mieux que les autres cantons francophones, avec une quasi absence d’enfants en liste d’attente pour une place en crèche ou en maman de jour. Est-ce toujours le cas?

En général, le manque de places d’accueil se fait cependant surtout sentir dans les régions rurales plutôt que dans les régions urbaines.Mais je suppose que la demande en Valais n’est pas aussi grande que par exemple à Lausanne ou Genève parce que la plupart des familles valaisannes vivent encore selon un modèle de famille traditionnel, avec de nombreuses possibilités de soutien autour des parents.

L’effort entrepris au début des années 2000 par la Confédération et les cantons a-t-il porté ses fruits?

Oui, clairement. Grâce à cette aide financière, plus de 50 000 places ont été ainsi crées durant les treize dernières années.

Le recours à des nounous non déclarées constitue-t-il un phénomène inquiétant?

Les nounous non déclarées existent déjà depuis longtemps. C’est finalement aux parents de prendre leurs responsabilités face aux divers types de personnes ou de structures auxquelles ils vont déléguer la responsabilité d’éducation et de garde de leurs enfants. Chez Kibesuisse, nous considérons qu’il est important que nos membres travaillent selon nos lignes directrices de qualité ou que les crèches disposent du label Quali-Ipe (label en Suisse de qualité pour les institutions d’accueil pédagogique de la petite enfance, ndlr).

Le système Mary Poppins mis en place à Genève avec Pro Juventute (assistantes parentales venant à domicile) vous paraît-il une bonne alternative? Une extension dans d’autres régions de Suisse romande est-elle prévue?

Des systèmes similaires existent partout en Suisse. Souvent, les associations pour l’accueil familial de jour proposent aussi des assistantes socio-éducatives / parentales qui travaillent au domicile des parents. L’extension de Mary Poppins dans d’autres cantons romands restent encore floue.

En juin, le Conseil fédéral a transmis au Parlement un message sur de nouvelles aides financières à hauteur de 100 millions de francs sur cinq ans pour une meilleure adéquation de l’offre d’accueil extra-familial. Sait-on quand ce programme doit démarrer?

Non. Ce programme doit encore passer la rampe du Parlement et du Conseil des Etats. Ensuite, en cas d’acceptation des Chambres, il faudra élaborer une ordonnance. Le chemin politique est encore long.

En comparaison internationale, où la Suisse se situe-t-elle en matière d’accueil de jour?

La situation ici est très hétérogène et souvent insatisfaisante en ce qui concerne les tarifs que les parents doivent payer. Le subventionnement demeure insuffisant. Au niveau national, il nous manque un département consacré aux enfants et à la famille.

Auteur: Pierre Léderrey