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19 août 2013

Gardez vos distances!

A chacun son territoire. L'espace minimum acceptable entre deux personnes varient beaucoup selon le rapport qui les unissent. Et selon leur appartenance culturelle aussi.

une femme fait "stop" de la main
Interdiction
de franchir
 les frontières de ma bulle personnelle!

Sur l’autoroute, un trait = danger, deux traits = sécurité. Le slogan français s’est bien inscrit dans les esprits. Chez les Suisses, on parle en secondes. En temps, quoi. Normal pour un pays d’horlogers. Bref, comptez deux helvétiques secondes par rapport à l’automobiliste précédent. Cela revient au même que la savante multiplication du chiffre des dizaines de la vitesse par six ou la simple transformation en mètres d’un peu plus de la moitié de la vitesse affichée au compteur…

Hors des quatre roues, c’est aussi une affaire de distance. Et de mètres. Mais c’est marrant, quand même que lorsqu’on sent le lourd souffle du client suivant sur sa nuque à la caisse d’un magasin, on ne pense pas immédiatement: tiens, il va me chuchoter des mots doux à l’oreille ou m’embrasser dans le cou. C’est pourtant la distance intime. Que pour les intimes!

Comme les animaux finalement. A chacun son territoire. Pour les hommes – et les femmes – c’est pareil. Chacun a sa bulle, son espace: le minimum acceptable pour chacun varierait entre 45 et 75 centimètres, selon des tabelles de distances définies par l’anthropologue américain Edward T. Hall. Le premier à s’être penché – de près – sur la question. Au point qu’il en a inventé une science en 1963: la proxémie ou l’étude des distances sociales.

Or donc, de 7 à 15 centimètres, c’est la distance du très proche, de l’intime, du sexuel et du murmure. Entre 20 et 40 cm, c’est l’espace des informations confidentielles. Celui où l’intrus vient justement récolter le code confidentiel de votre carte de crédit. De 45 à 125 cm, on discute de sujets personnels. C’est pour les amis. A la caisse d’un supermarché, c’est aussi très rare. De 2 à 3 mètres, c’est le lieu des rapports professionnels et sociaux. Et à partir de 3,5 mètres, c’est l’orateur qui parle à son public.

Tant d’énervement, de gêne et de colère s’expliquent dans les files d’attente, mais aussi les transports publics. Et une part importante du succès de la voiture privée qui permet d’étendre son espace perso. Bon, ces règles ne valent que dans le monde occidental. Spécialement chez les Américains. Il faut les élargir au Japon, les réduire un brin chez nous, passablement dans les contrées méditerranéennes et à la folie dans les pays arabes.

Auteur: Isabelle Kottelat

Photographe: Konrad Beck