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2 septembre 2013

Entre Derborence et Sanetsch

Situé dans un coin peu fréquenté de la célèbre réserve naturelle valaisanne, le gîte de Lodze est l’occasion d’une balade jouissant d’un incomparable panorama.

paysage avec vallée verdoyante et sommets
Le paysage, ceint de monts imposants, s’étend devant vos yeux dans toute sa splendeur.

Un petit plateau qui émerge des vieux mélèzes. La vue qui s’offre à vous couper le souffle: 90 degrés caressant les sommets du Bietschhorn, du massif du Muveran, dont le Grand Muveran a été peint par Ferdinand Hodler en 1912 (reproduction: LDD) et de celui du Mont-Blanc. Bien sûr, se dit-on, on ne peut mériter un tel panorama qu’après des heures de marche harassantes au long de sentiers assidûment fréquentés.

Anne Rey pose avec un grand sourire devant le panneau en bois indiquant lîtinéraire vers le gîte de Lodze.
Anne Rey est la bonne âme du gîte de Lodze et offre à ses hôtes un accueil des plus chaleureux.

Erreur. L’itinéraire concocté par Anne Rey, herboriste et cette année gardienne du gîte de Lodze, se veut à la portée de (presque) tous les mollets, étant d’un dénivelé et d’une durée raisonnables puisqu’il n’excède pas les quatre heures dans sa version longue. Tout commence au modeste parking de Codoz, au-dessus des Mayens-de-Conthey. Un panneau en bois annonce 1 h 30 de marche jusqu’au petit gîte de Lodze (1878 mètres), parle de «convivialité», «d’amitié» ainsi que «d’accueil».

Anne Rey tient dans ses mains une feuille d'alchémille.
Feuille d’alchémille, plante médicinale se prêtant aussi à un usage culinaire.

Autant dire qu’on a déjà envie d’y être. D’autant que, depuis fin mai, «arrivée avec un mètre de neige», vous y êtes accueilli(e) par Anne Rey, notre accompagnatrice du jour. Infirmière de profession «là en bas, dans la boîte orange», lance-t-elle en désignant l’hôpital de Sion, cette éternelle Valaisanne allait déjà cueillir des herbes petite fille avec sa grand-mère. «Telle cette alchémille, une grande plante médicinale pour la femme, très efficace comme décongestionnant, par exemple durant les menstruations.»

Un chemin de vie parsemé de plantes alpines

Des plantes en train de sécher, accrochées à une étagère par une ficelle la tête en bas.
Le séchage des herbes est une façon très ancienne de conserver leur arôme jusqu’au cœur de l’hiver.

Autant dire qu’en marge de sa profession, Anne Rey se balade depuis toujours entre forêts de pins et alpages, sommets et flancs de montagne. De là à devenir accompagnatrice en moyenne montagne, il n’y eut qu’un pas, franchi du côté de l’école de Saint-Jean (val d’Anniviers), référence en la matière. Puis elle a parfait sa connaissance des plantes à Evolène en devenant technicienne en herboristerie. Depuis, tout naturellement, elle propose des balades botaniques et randonnées-découvertes en toute saison et de toutes les durées.

Tiens, voilà justement que notre chemin escarpé, mais ne présentant aucun obstacle majeur, croise une orchidée qui n’échappe pas à son œil exercé. «Saviez-vous que le mot vient du grec orchis, signifiant testicule? Les Grecs leur attribuaient des vertus vivifiantes sur la virilité», sourit Anne Rey.

Anne Rey en train de grimper en s'accrochant à la corde fixée dans la roche.
Suivez la guide et accrochez-vous!

Alors que le cheminement s’est déroulé en toute quiétude jusque-là, deux possibilités s’offrent à nous après environ une heure trente de marche: soit continuer le sentier forestier en direction du gîte de Lodze, soit emprunter le couloir du Porteur, qui mène au plateau de Scex-Riond. Les amateurs de panorama préféreront cette seconde option, pour autant qu’ils ne soient sujets au vertige et en pleine forme, la fin de cette montée étant très raide (bien qu’équipée d’une corde pour faciliter la grimpée).

Des efforts aussitôt récompensés

Ce choix fut donc le nôtre et notre effort, plutôt intense mais de courte durée, fut récompensé par l’arrivée sur un replat avec une vue dégagée sur la vallée du Rhône. La petite cabane de chasseurs est équipée d’un barbecue en pierres et l’endroit est idéal pour la pause pique-nique ou des quatre-heures. «Le côté Derborence est interdit à la chasse, contrairement à l’autre. Cette crête des Fontanelles sert donc en quelque sorte de frontière.»

Depuis là, l’aller-retour jus­qu’au Scex-Riond est indispensable: c’est à cet endroit que la vue est la plus belle. On revient par le même chemin, avant de suivre la crête des Fontanelles et descendre sur l’alpage de Lodze qui domine le gîte.

Prolongation maximum d’une magnifique journée

L'extérieur de la yourte vu de jour.
En plus des chalets traditionnels, une yourte est proposée pour passer une nuit sereine dans la nature.

Il apparaît en contrebas avec ses deux bâtisses basses et sa yourte, dans laquelle les nuits sont paraît-il délicieuses. De là, la vue reste magnifique. Et comme la descente par la route forestière qui contourne Scex-Riond jusqu’à Codoz dure moins d’une heure à bon rythme, nous l’admirons en dégustant jusqu’au crépuscule l’une des fameuses planchettes du gîte, encore ouvert cette saison jus­qu’au 29 septembre. Par beau temps et équipé d’une lampe de poche ou frontale, il s’avère même tout à fait possible d’oser la descente nocturne.

Auteur: Pierre Léderrey