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1 décembre 2014

Gothard: investir à plein tube?

La chronique de Vincent Kaufmann, professeur à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne et directeur du Laboratoire de sociologie urbaine.

Vincent Kaufmann, professeur à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne et directeur du Laboratoire de sociologie urbaine.
Vincent Kaufmann, professeur à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne et directeur du Laboratoire de sociologie urbaine.

Le projet de second tube routier au Gothard est une sorte d’anachronisme comme seule la Suisse sans doute sait en produire. Il porte l’ensemble des stigmates de la conception des grands réseaux routiers des années 1950-1970: il s’agit d’assurer la fluidité du flux, «désengorger» en est le mot clé. Comme d’habitude me direz-vous et sans s’intéresser à l’accroissement du trafic que la création d’une nouvelle capacité routière entraîne. Et quand on l’aura construit, ce second tube, et qu’il sera saturé, on fera quoi? On en percera un troisième?

Tous ces arguments sont bien sûr pertinents, mais dans le cas du second tube routier au Gothard, la bizarrerie va beaucoup plus loin. Pour résoudre l’épineuse question du transit des camions à travers les Alpes, la Suisse inaugurera dans deux ans le tunnel ferroviaire de base. Projet titanesque, il constitue une concrétisation de l’initiative des Alpes, votée par le peuple il y a vingt ans et qui demandait que le transit par camions soit transféré sur le rail.

Dans ce contexte, il semble pour le moins curieux d’envisager un nouveau tube routier, non? C’est là qu’intervient un argument incroyable: les normes de sécurité! Pour mettre le tunnel routier du Gothard aux normes de sécurité, il faut construire un second tube! Mais attention, Mesdames et Messieurs, il ne s’agit pas d’accroître la capacité routière du tunnel, il y aura toujours une voie routière par sens, mais chacune dans un tube… Le raisonnement un peu jésuite de la Confédération fait sourire. Dépenser des milliards pour un second tube, juste pour pouvoir adapter le tunnel aux normes de sécurité sans avoir à le fermer pendant les travaux? Vous y croyez, vous? On a tous compris que le but non avoué est de doubler les voies de circulation dans chaque tube.

De deux choses l’une: soit nous sommes face à un exercice d’équilibrisme politique digne du cirque Knie, soit nous avons beaucoup trop d’argent et peu de bonnes idées pour le dépenser bien…

© Migros Magazine - Vincent Kaufmann

Nos chroniqueurs sont nos hôtes. Leurs opinions ne reflètent pas forcément celles de la rédaction.

Auteur: Vincent Kaufmann