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29 mai 2012

«Gouverner Genève est un art»

Candidat à la succession de Mark Muller au Conseil d’Etat genevois, Pierre Maudet quitte la mairie de cette agglomération pour laquelle il voit grand.

Pierre Maudet. souriant, dans son bureau
A 34 ans, Pierre Maudet est le plus jeune maire que Genève ait connu.

Depuis fin mai, Pierre Maudet n’est plus maire de Genève. Charge qu’il n’aura assurée qu’un an durant, selon la coutume du bout du lac. Mais avec beaucoup d’engagement, et plein d’idées pour «sa» ville.

La force de proposition et l’activité politique de Pierre Maudet se montrent si intenses qu’on en oublie ses tout juste 34 ans. «Il est vrai que certains homologues peinaient visiblement à m’imaginer dans cette fonction», sourit le binational franco-suisse. «Comme beaucoup de gens ici, mes origines sont diverses.» Père breton de naissance et vendéen d’origine, mère née en Haute-Engadine quittée à 16 ans pour devenir jeune fille au pair à Genève.

Pierre Maudet reste intarissable quant il s’agit d’évoquer la cité qui l’a vu naître. «La gouverner est un art plus qu’un métier. Une année, c’est court pour aider la ville à développer ses potentiels, qui sont nombreux, et faire face aux défis, qui le sont tout autant.»

Le magistrat ajoute qu’au moment d’entrer à la mairie, il dirige depuis quatre ans des services aussi proches de la population que sont la Voirie ou la Police municipale. «De part l’activité même de mon département, je me sentais déjà très en phase avec les attentes de la population. Et pour moi, l’activité de maire, c’est d’abord la grande disponibilité et ensuite les projets.»

Il lance le Parlement des jeunes à 14 ans

Naît-on surdoué de la politique? Le devient-on? En tout cas, élu conseiller administratif à 29 ans, Pierre Maudet y est entré de bonne heure. A 12 ans, en l’occurrence, avec une lettre adressée à ses futurs collègues pour demander l’installation de rampes de skateboard. La réponse plutôt impersonnelle ne le démonte guère. Car le jeune homme cultive déjà une autre qualité cardinale de la politique: la persévérance. «Deux enseignants m’ont poussé à agir et m’ont aidé à créer le Parlement des jeunes deux ans plus tard.»

Ce type de députation en culottes courtes fait florès dans les années 90. A Genève, le Parlement des jeunes sera actif une décennie durant, concrétisant notamment le Noctambus, ce système de bus nocturnes pour les couche-tard. «J’ai d’ailleurs appris que ce Parlement redémarrait, et je m’en félicite.»

Le jour de ses 20 ans, Pierre Maudet entre au parti radical. «Un parti avec une culture politique et une histoire qui m’attiraient: la défense des minorités, la lutte pour la justice sociale et la liberté humaine. J’appréciais plusieurs de ses personnalités, comme Peter Tschopp, Gilles Petitpierre, Guy-Olivier Segond et Jean-Pascal Delamuraz bien sûr. Des gens avec des positions parfois différentes. J’étais donc persuadé que les radicaux ne me forceraient pas à m’aligner sur une ligne doctrinaire.» Plus tard, les pas du Genevois croiseront souvent ceux du Valaisan Pascal Couchepin, sorte de statue du Commandeur, «un vrai homme d’Etat qui a le courage de ses positions et donne envie de faire de la politique.»

Depuis 2007 et son élection à la Municipalité, Pierre Maudet est donc l’homme de droite du Conseil administratif de Genève. «La fusion avec les libéraux me convient, je me sens libéral au sens que Gustave Ador entendait, la défense des idées et des valeurs, non celles des intérêts.»

Le plus souvent collégial, il s’est aussi montré critique envers la nouvelle loi réprimant la mendicité, ou encore a dénoncé le «manque de respect» des Indignés lors de leur campement sauvage de l’hiver dernier.

En tant que maire, celui qui se présente le 17 juin à l’élection partielle au Conseil d’Etat a multiplié les rencontres avec des homologues de Suisse ou d’ailleurs. Mais aussi créé un Prix du dessin de presse, ou encore proposé la création d’un bureau de médiation qui fasse charnière entre l’administration communale et la population. Son âge lui a aussi permis «un contact plus facile» avec une tranche d’âge pas toujours passionnée par la chose publique. «Peut-être y a-t-il eu parfois, et je le dis très modestement, une sorte de valeur de l’exemple. Voir quelqu’un d’un peu plus de 30 ans accéder à cette fonction montre qu’on peut confier des responsabilités à une personne jeune.»

«Rendre possible ce qui est nécessaire»

Et puis il y a le travail sur la qualité de vie des habitants, sur le vivre ensemble et l’espace public. Que ce soit dans son programme pour l’élection au Conseil d’Etat (développé sur… 47 pages), ou pendant ses douze mois à l’Hôtel municipal du parc des Bastions, Pierre Maudet s’est employé à «rendre possible ce qui est nécessaire», à redonner du lustre à cette cité «aux formidables atouts.» Car l’enjeu est effectivement que les habitants «se sentent bien dans leurs villes, où habitera bientôt l’essentiel de la population mondiale. En en redécouvrant les richesses, en profitant d’une certaine propreté, d’une certaine sécurité. J’ai par exemple utilisé à plein notre police municipale, en développant la proximité, le contrôle social en commun avec les concierges ou les agents de la voirie.»

Une traversée routière et ferroviaire du lac reste une nécessité absolue.

Autres enjeux, cruciaux, au vu d’une agglomération qui ne cesse de grandir, et que certains, à travers le projet franco-valdo-genevois, verraient bien s’étendre sur tout le bassin lémanique: résoudre la pénurie immobilière en simplifiant les procédures administratives. Mais aussi, à l’instar du prétendant Vert libéral Laurent Seydoux, «réduire à une demi-heure maximum le temps de trajet entre son domicile et son lieu de travail.» Pour y parvenir, une traversée routière et ferroviaire du lac reste «une nécessité absolue.»

Des idées, du travail, et surtout beaucoup d’écoute: voilà comment Pierre Maudet résumerait volontiers son année de mairie. «J’ai reçu un de mes enseignements politiques les plus importants lorsque l’on m’a dit: le charisme, c’est d’abord la capacité d’écoute.» On vous laisse deviner qui en était l’auteur.

Auteur: Pierre Léderrey

Photographe: Alban Kakulya