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14 mai 2012

Grandeur et mystère de l’argile

L’argile serait une terre miraculeuse, qui viendrait à bout de tous les bobos. Effet de mode? Les recettes d’Andrée Fauchère, herboriste à Evolène (VS), qui va chercher le limon des glaciers.

Andree Fauchère au pied du glacier
De juin à octobre, Andrée Fauchère va chercher son limon au pied du glacier.

L’argile aurait toutes les vertus. Utilisée dans les cosmétiques, les dentifrices, vantée en crèmes, en cataplasmes, cette terre particulière ferait des miracles. Effet de mode de la grande mouvance des médecines douces ou redécouverte d’un ancien savoir?

Pour Andrée Fauchère, 68 ans, herboriste aujourd’hui installée à Evolène (VS), l’argile fait partie de ces cadeaux de la nature que l’on ne saurait refuser. Et de ces rencontres qui peuvent changer une vie. Cette «scribouilleuse née curieuse» en a fait des livres, vingt-huit en tout, toujours en lien avec la montagne, et toujours imprégnés de ces traditions populaires qu’il lui tient à cœur de transmettre.

L’argile a croisé sa route en 1975 déjà. Elle est alors gardienne de cabane à la Tsa, à 2607 mètres, au-dessus d’Arolla. «On était à l’époque de vraies gardiennes, sans téléphone, ni eau courante, ni électricité!» Elle se souvient d’une équipe d’alpinistes partie pour faire la Vire. Mais une chute de pierres emporte l’un d’eux. Et c’est un jeune homme couvert d’ecchymoses et de plaies qu’on lui ramène à la cabane. Il est tard, impossible d’appeler les secours.

La naissance d’une légende

Andrée Fauchère se tourne alors vers cette grande pharmacie qu’est la nature. «Je suis partie chercher de l’arnica et j’ai ramené de la farine glaciaire, que j’ai trouvée sous la moraine du glacier de Ferpècle.» De cet étrange butin, elle va faire un cataplasme, en mélangeant huile d’olive, limon et arnica. «J’ai emballé le jeune homme dans cette pâte, bien serré dans un drap. Et je l’ai veillé jusqu’au lendemain.» Au réveil, l’homme porte toujours les traces de sa mauvaise chute, bien sûr, mais peut marcher. En redescendant au village, il n’aura de cesse de raconter son histoire et les miracles du limon. La légende était née.

Le limon, une fois ramassé, est séché au soleil avant d’être tamisé.
Le limon, une fois ramassé, est séché au soleil avant d’être tamisé.

Andrée Fauchère n’a rien inventé bien sûr. Juste remis ses pas dans ceux de Pline l’Ancien et de Dioscoride qui, au Ier siècle après J.-C., recommandaient déjà l’argile pour soigner les plaies et citaient les bains de boue pour le bien-être général. Plus proches de nous, les générations d’avant-guerre savaient déjà utiliser le limon des glaciers. «Il faisait partie de la médecine populaire. Les grands-mères d’autrefois montaient à Ferpècle, enlevaient leurs bas et marchaient pieds nus dans la farine glaciaire. C’était déjà une forme d’emballement, qui procurait une bonne circulation énergétique.»

Mais l’herboriste aux yeux aussi profonds qu’un ciel d’été au-dessus des Haudères n’en est pas restée là. Elle a fait analyser la terre glacière par un laboratoire. «Elle s’est avérée très riche en minéraux, magnésium, silicium et en oligoéléments. Le sodium qu’elle contient est particulièrement favorable à la circulation du sang justement.» Depuis, elle n’a jamais cessé d’utiliser cette forme d’argile, qu’elle affine aujourd’hui avec des huiles essentielles. Pour soigner une hépatite, elle ajoute du romarin. Pour soulager une entorse, une fatigue articulaire, elle met quelques gouttes de pin sylvestre ou de pruche. Toutes ses préparations sont composées sur mesure, puisqu’elles sont à chaque fois adaptées à la personne.

Côté huiles végétales, elle travaille avec le millepertuis, l’argan, parfois le ricin qui, par sa consistance très visqueuse, «pénètre vraiment dans la lymphe et véhicule les oligoéléments du limon.» Avec quelles vertus? «Le limon est bon pour tout, les chocs, les grandes fatigues, les entorses, les rhumatismes. Mais il faut prendre le temps, trente minutes d’emballement au moins. C’est comme une méditation magistrale. On en ressort forcément détendu et régénéré.»

Dans un grand drap sur la terrasse

Andrée Fauchère va toujours chercher son limon au pied du glacier valaisan, de juin à octobre, juste après les orages. «Je cours en ramasser, quand l’eau a bien brassé et que le glacier a recraché sa farine.» Elle en sèche ensuite une partie, au soleil, dans un grand drap sur sa terrasse, avant de le tamiser.

Contrairement à l’argile, le limon ne peut pas se prendre par voie interne. Par contre, ses petits cristaux en font un solide décapeur qui, avec quelques gouttes de rose musquée du Chili, procure un effet peeling sur la peau. L’herboriste a plus d’un tour dans son flacon, puisqu’elle en fait aussi des savons. Et même des préparations anti-infectieuses pour les vaches qui sortent égratignées des combats!

Si l’utilisation de l’argile fait sourire les médecins rhumatologues, cela n’ébranle pas Andrée Fauchère. «La médecine doit s’ouvrir à la complémentarité et non au sectarisme. La santé, c’est un équilibrage énergétique de quatre éléments. Il faut du soleil, un apport en minéraux, en eau et une bonne circulation sanguine!»

Auteur: Patricia Brambilla