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17 novembre 2012

Grands-parents à plein ou à mi-temps

Qu’ils s’investissent un, deux, trois jours, voire toute la semaine, de plus en plus de grands-parents remplacent la crèche ou la nounou. Certains y mettent des conditions, d’autres donnent sans compter. Plongée dans la galaxie des papis et mamies gâteau.

Michèle et Jacques Schlachter
Michèle et Jacques Schlachter: 
«Avec nos 
petits-enfants, on rajeunit!» (Photo: Carine Roth)

A eux seuls, ils représentent 2 milliards de francs d’économie par année. Lorsqu’ils remplacent la crèche ou la nounou, les grands-parents (dans 80% des cas, les grands-mamans) ne comptent pas pour beurre dans le budget familial. Selon le Rapport des générations en Suisse paru il y a quatre ans, «ils s’occupent de leurs petits-enfants cent millions d’heures par année». Une main-d’œuvre bienvenue dans un contexte où les places en crèche font cruellement défaut et où les coûts de garde sont de plus en plus élevés.

Des grands-parents aux agendas bien remplis

Face à la situation sans issue de leurs enfants devenus parents, de nombreux grands-parents sont ainsi appelés à la rescousse. Certains offrent leurs services sans compter, d’autres préfèrent poser leurs conditions. Car s’ils s’investissent dans la garde des petits-enfants, les grands-parents d’aujourd’hui ne sont plus les aïeuls d’antan. Encore en pleine forme, ils rêvent de voyages, font du tennis, de la gym, partent à la montagne, passent parfois quelques mois de l’année à l’étranger, tant et si bien que leur agenda déborde.

Où mettre les petits-enfants dans tout cela? Le plus souvent ce sont un, voire deux jours par semaine qui sont dévolus à la garde. Là encore, tout n’est pas toujours simple. Si d’aucuns se sentent comme des poissons dans l’eau dans ce nouveau rôle, d’autres peinent à trouver leur place. rappelle Norah Lambelet Krafft, présidente et fondatrice de l’Ecole des grands-parents:

Ce n’est pas toujours évident pour eux. Autrefois, on élevait les enfants en famille. Tout le monde participait et on ne se posait pas la question de savoir qui avait l’autorité.

Claire-Lise Coste: «C’est un cadeau d’avoir mes petits-enfants une journée complète avec moi, car ce sont des moments privilégiés.» (Photo: Michal Florence Schorro et Prune Simon Vermot)
Claire-Lise Coste: «C’est un cadeau d’avoir mes petits-enfants une journée complète avec moi, car ce sont des moments privilégiés.» (Photo: Michal Florence Schorro et Prune Simon Vermot)

Aujourd’hui, c’est très différent: les parents disent: «C’est notre enfant», sous-entendant qu’il leur revient de décider ce qui est bon pour lui. Sur internet, les forums dédiés à la famille ne manquent d’ailleurs pas de témoignages: «Mes parents n’ont pas tenu compte de ce que je demandais concernant ma fille, et quand je me suis permis de râler, ma mère s’est vexée et a osé remettre en question notre éducation. Il me semble que nous les parents connaissons notre fille mieux que personne et savons ce qui lui convient le mieux», écrit cette maman.

Quand grand-maman et maman se sentent coupables

Parfois, les parents se sentent aussi coupables d’en demander trop. Maman de deux petits garçons, Valérie a longtemps hésité avant de recourir à une maman de jour. Mais face à la fatigue de sa mère qui s’occupait de ses enfants deux jours par semaine, elle a finalement décidé de la soulager d’une journée. «Je voyais bien qu’elle était fatiguée et qu’elle n’osait pas me le dire, raconte-t-elle. Quand je lui ai annoncé qu’elle ne garderait les garçons plus qu’un jour, c’est elle qui a culpabilisé, car elle estimait que c’était son rôle.»

Vittoria Cesari Lusso: "Mieux vaut éviter de donner des conseils à tort et à travers." (Photo: Carine Roth)
Vittoria Cesari Lusso: "Mieux vaut éviter de donner des conseils à tort et à travers." (Photo: Carine Roth)

Ambivalente, la relation parent-enfant l’est aussi entre les grands-parents et les petits-enfants. Vittoria Cesari Lusso, psychologue et auteure de Les grands-parents dans tous leurs états émotionnels (Ed. Jouvence):

Comme eux, ils adorent leurs petits-enfants et comme eux, ils ont des moments où ils n’en peuvent plus.

Quant aux petites tensions grands-parents-parents: elles seraient inévitables. Toutefois, mieux vaut éviter de donner des conseils à tort et à travers avertit-elle: «Aujourd’hui, les parents suivent en priorité l’avis des spécialistes. Cela, il faut le respecter.»

Grand-parent, un métier qui s’apprend? Vittoria Cesari Lusso sourit:

Disons que si ce n’est pas un métier au sens strict, comme tout métier, il faut des compétences.


Jean-Michel et Marie-Thérèse Erard. (Photo: Carine Roth)
Jean-Michel et Marie-Thérèse Erard.(Photo: Carine Roth)

«Il faut savoir être un peu égoïste»

Jean-Michel (63 ans) et Marie-Thérèse Erard (60 ans), retraités, gardent leurs deux petits-fils en moyenne un jour par semaine.«Quand nous sommes devenus grands-parents, il n’y a pas eu de demande de la part de nos filles. Il faut dire que nous travaillions alors tous les deux. C’est lorsque j’ai pris ma retraite de directeur d’école à 60 ans que j’ai commencé à garder les deux fils de ma fille aînée. Je me suis dit que c’était l’occasion de créer des liens forts avec eux, car le temps passe vite: l’aîné avait déjà 7 ans et le second 4 ans. Je les avais une journée par semaine à la maison et nous faisions le jardin ensemble.» L’année suivante, c’est au tour de Marie-Thérèse, alors cadre à la HEP BEJUNE, de prendre sa retraite à 58 ans. «Dès lors, nous sommes allés garder nos petits-fils chez ma fille, raconte-t-elle. Nous leur faisons à manger lorsqu’ils rentrent de l’école à midi et mon mari reste en général l’après-midi. De mon côté, j’ai souvent des rendez-vous, car j’ai une activité bénévole qui me prend beaucoup de temps. Si nous avons hésité à les garder? Pas une seconde. Nous avons eu l’occasion de nous rendre compte de la force des liens que cela créait en voyant nos propres enfants avec leurs grands-parents. Pour nous, il s’agit aussi de la transmission d’une certaine culture et des valeurs d’une génération à l’autre.» Toutefois, poursuit Jean-Michel, «il faut savoir être un peu égoïste pour pouvoir équilibrer son temps de manière à bien vivre. Car si nous avons pris notre retraite jeunes, c’est aussi pour profiter de la vie. Et puis avant de prendre notre retraite, nous avons souvent entendu des amis qui gardent leurs petits-enfants se plaindre d’être fatigués. Cela nous a sûrement servi d’avertissement.»

Auteur: Viviane Menétrey