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25 juin 2012

Grattez les murs et que ça saute!

Isabelle Kottleat ne s'empêtre pas dans ses explications et nous en apprend sur l'usage d'antan et actuel du salpêtre.

Dessin: un gentillhomme vole sur un saucisson
Vos murs sont une mine d'explosifs... comestibles!

L’explication m’a sauté à la figure juste après avoir frotté mes beaux habits noirs contre les murs d’une très vieille maison. Dans ses sombres caves. Mes vêtements en sont ressortis tout blancs. «C’est le salpêtre, a rigolé le maître des lieux. Un peu plus et vous explosiez!» Un gag? Presque. Cette substance blanchâtre, entre le sel et la farine, qui suinte des vieux murs par trop humides, n’est autre que du salpêtre. Et ce sel de pierre – scientifiquement nitrate de potassium – avait une belle utilité chimique au Moyen Age: il entrait dans l’étonnante composition de la poudre à canon. Autrement dit la poudre noire... parce que le mélange était aussi composé de soufre et de charbon de bois qui lui donnait sa couleur ébène. Et pour ceux d’entre vous qui se poseraient la question: la réponse est oui! Si l’Hôpital de la Salpêtrière, à Paris, porte si bien son nom, c’est précisément parce qu’il a été construit sur l’emplacement d’un ancien arsenal. Gratter les murs n’y suffisait pas: partout dans le monde, on a longtemps fabriqué du nitrate de potassium, et même de manière industrielle, pour nourrir les pétoires. Et qu’est-ce qu’on en fait aujourd’hui? On le mange!

Le sel de pierre entre depuis longtemps dans la composition de plats alimentaires. Agent conservateur répondant au doux nom de E252, il fait merveille dans la longévité des saucisses! Plutôt utilisé aujourd’hui sous forme de sel nitré – mélangé à du sel comestible pour faciliter son dosage – il donne leur jolie couleur rose au jambon et au salami. Voilà qui explique quelques digestions détonantes. Qu’on se rassure: la toxicité du salpêtre a probablement été surévaluée ces dernières décennies.

Les inquiétudes aujourd’hui à son sujet sont moindres, confirme le chimiste cantonal neuchâtelois Pierre Bonhôte. Ouf.

On trouve néanmoins encore quel­ques recettes explosives à base de salpêtre sur la Toile. Mais pas toutes: on y apprend aussi comment l’employer pour réduire en poudre des souches d’arbres ou nourrir ses plantes d’aquarium.

Et pour soulager les vessies paresseuses, léchez vos vieux murs: le salpêtre est connu en pharmacie pour ses propriétés diurétiques!

Auteur: Isabelle Kottelat

Photographe: Konrad Beck