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31 octobre 2016

Grenoble, discrète et séduisante

Porte sur les Alpes et la nature environnante, le chef-lieu de l’Isère vaut aussi le détour pour ses pierres et son patrimoine culturel. On s’y rend pour ses marchés, son joli centre historique et ses musées le temps d’un week-end.

Grenoble au crépuscule avec les Alpes en arrière-plan
Entourée de montagnes, Grenoble n’a pas volé son nom de «capitale des Alpes françaises».

Au bout de chaque rue, une montagne…», aimait à dire Stendhal en parlant de Grenoble, sa ville natale. Il est vrai qu’elles sont partout. Nichée au cœur des Alpes françaises, entourée des massifs du Vercors à l’ouest, de la Chartreuse au nord et de la chaîne de Belledonne, la ville n’a pas volé son nom de «capitale des Alpes françaises».

Le chef-lieu de l’Isère – 160 000 habitants intra-muros et 450 000 pour l’agglomération – en a d’ailleurs fait depuis longtemps sa carte de visite, multipliant les événements sportifs dont l’emblématique Ut4M, l’Ultratour des 4 massifs. Mais réduire Grenoble à une ville de transit vers la montagne serait une erreur tant la cité possède de nombreux autres atouts.

A commencer par son absence totale de pente (le point culminant et le point le plus bas diffèrent de 2 mètres) qui en fait une aire de jeu rêvée pour les cyclistes et les piétons. La cité du sud-est se découvre donc agréablement à pied, entre grandes artères et quartiers pittoresques. Notre guide Stéphanie Julien résume:

A Grenoble, rien ne saute aux yeux, mais lorsqu’on s’y attarde, on réalise l’étendue de son patrimoine culturel et historique.»

La fontaine avec le lion en train de terrasser le serpent.
Sur cette fontaine, le lion symbolise la ville qui a longtemps lutté contre les inondations de l'Isère, représentée par un serpent.

Il est vrai qu’avec ses avenues tracées au cordeau – dont le cours Jean- Jaurès, l’une des plus longues artères rectilignes d’Europe avec ses 8 kilomètres – la cité apparaît de prime abord peu amicale. Mais quelques pas suffisent à rompre le sortilège et réaliser qu’au-delà de cette apparente froideur règne ici une douceur mêlée de dynamisme.

Capitale du Dauphiné au Moyen Age, ville de parlementaires sous l’Ancien Régime, métropole bourgeoise au XVIIe siècle et industrielle à la fin du XIXe, hôte des Jeux olympiques d’hiver en 1968, pôle de recherche scientifique au XXIe siècle, Grenoble la discrète a plus d’un visage.

Il n’y a qu’à longer les façades colorées du charmant quartier Saint-Laurent le long de la rive droite de l’Isère pour s’en rendre compte.

C’est le Grenoble des Italiens qui sont venus par vagues travailler dans la construction puis l’industrie de la ganterie de luxe pour laquelle la ville était mondialement connue»,

explique notre guide. Laissé en ruine après le départ des familles, le Little Italy grenoblois a depuis repris vie. On vient désormais y savourer pâtes et pizzas dans l’un des nombreux restaurants qui jalonnent le quai ou prendre le soleil sur la jolie place de la Cimaise après être monté à la Bastille.

Des bulles futuristes

le téléphérique urbain de la Bastille avec vue sur la ville en contrebas.
Construit en 1934, le téléphérique urbain de la Bastille est l’un des plus anciens du monde.

La Bastille, justement. Forteresse réputée imprenable qui surplombe la ville au nord – «mais en même temps jamais attaquée», sourit Stéphanie Julien –, dont l’imposante silhouette prise d’assaut par les bulles futuristes de son téléphérique urbain se détache au loin, elle vaut le détour. Cet ancien fort militaire du XVIe siècle est d’ailleurs l’attraction touristique principale (600 000 visiteurs s’y pressent chaque année). On le gravit à pied, à la course ou en téléphérique avant d’y découvrir un panorama grandiose à 360 degrés sur la métropole et les massifs montagneux qui l’entourent.

Plongée au cœur de la cité

Mais voici déjà que l’on traverse l’Isère via la passerelle Saint-Laurent pour s’enfoncer dans le vieux Grenoble, où se côtoient architecture médiévale et du XVIIe siècle dans une surprenante harmonie. Les rues étroites de Lionne, puis Chenoise rappellent les anciens remparts de la cité médiévale, tandis que l’imposante place Saint-André accueille la sublime façade bleutée et ivoire de l’ancien palais du Parlement du Dauphiné où se mêlent styles gothique et Renaissance.

Ici, places et ruelles se répondent dans un dédale où l’on se perd à l’envi, passant des églises romanes – ne manquez pas la cathédrale Notre-Dame et la collégiale Saint-André – au pompeux style Renaissance, en passant par le gothique flamboyant. Les échoppes nord-africaines côtoient les pubs pris d’assaut par les étudiants le week-end, les bars à chats, les boutiques de fringues, les œnothèques et les étals des vendeurs de fruits et légumes.

Car on ne saurait venir à Grenoble sans passer par ses marchés. De la place aux Herbes qui abrite un petit marché couvert de produits frais en passant par les Halles Sainte-Claire, fief des Grenoblois le week-end, au foisonnant marché de l’Estacade qui se déploie sous le pont de la voie de chemin de fer, tout fleure bon la bonne chère et les spécialités locales.

Venir à Grenoble sans déguster un gratin dauphinois ou des ravioles serait un péché. On termine donc notre escapade sur la place Saint-­André assise à la terrasse de l la Table Ronde, l’un des plus anciens cafés de France, pour une dégustation en bonne et due forme. Là où le jeune Henri Beyle aimait à venir observer les Grenoblois. Et l’on se dit qu’on reviendra.

Texte: © Migros Magazine | Viviane Menétrey

Auteur: Viviane Menétrey

Photographe: Pierre Jayet