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4 septembre 2015

Grosse Pomme pourrie

New York est la ville de tous les brassages. Mais l’homme n’y est pas roi. Selon une légende urbaine que vous connaissez probablement, il y a un rat par habitant dans la mégapole. Ca fait 8,5 millions, c'est ça?

Devanture de restaurant chinois avec une enseigne "Paris Sandwich"
Le Département de la santé publique (DOH) de New York attribue des grades (A,B,C) aux restaurants selon des normes d'hygiène.

Contre-pied scientifique à cette dégoûtante rumeur, l’étude de Jonathan Auerbach, (lien en anglais) doctorant à l’Université de Columbia, estime en fait la population d’ignobles (appréciation de votre serviteur) rongeurs à «seulement» 2,5 millions, avec 150 000 unités de marge d’erreur.

Dans la presse locale, on lit parfois aussi ces histoires de mutants. Un lecteur-reporter «attaqué» par un rat qu’il filmait dans le métro. Ou ce géant des catacombes long de trois feets (90 cm) retrouvé dans un Foot Locker du Bronx. Bref, Grosse Pomme pourrie.

En réalité, savoir cohabiter avec les petites bêtes apparaît comme un prérequis pour vivre à New York. Chacun ici connaît des gens qui ont été victimes d’une infestation de bedbugs (punaises de lit). «Victime» n’est pas peu dire: on ne se débarrasse de cette vermine qu’en convoquant un squad de lutte anti-parasitaire: vider ses meubles, paqueter ses affaires, mettre ses habits au four, et faire quelques chapelets.

Ah oui, les cafards encore, dont j’ai trouvé, en un an, deux ou trois exemplaires chez moi. Chez moi, c’est propre. Plus propre que dans cet immeuble de Brooklyn mis à disposition de centaines de familles sans-abri par la ville et où les journalistes du New York Times ont récemment trouvé des cafards par dizaines et des souris dans les berceaux.

Affichettes posées sur la vitrine du restaurant.
Yelp, Zagat, Urban Spoon vont-ils bientôt permettre de compter les rats dans les restaurants?

Ville de gratte-ciel oblige, montons d’un étage dans l’horreur. Il y a des petites bêtes dans la bouffe, à New York!!! C’est, un peu pour ça (et pour des raisons d’hygiène plus globalement), que, suivant l’exemple californien et à l’initiative de l’ex-maire Michael Bloomberg il y a pile cinq ans, le Département de la santé publique a mis en place un système de notation des restaurants, que l’ont peut lire en vitrine avant de faire son choix.

A pour bien. B pour moins bien. C pour moins que moins bien. En passant par le fameux «Grade pending» qui ne veut pas tout à fait dire ce qu’il veut dire. Les restaurants s’étant vu attribuer un B ou un C ont le choix d’afficher ladite lettre. Ou «Grade pending» pendant qu’ils contestent la décision.

Si le système fonctionne bien? 95% des 24 000 restaurants de New York obtiennent un A, c’est-à-dire qu’ils ont obtenu moins de 13 points de pénalités sur des critères peu alarmants en termes de santé publique comme par exemple des ustensiles pas propres. Mais ça, c’est sur le papier.

Devanture du Prosperity Dumpling.
Le roi des raviolis, Prosperity Dumpling, à Chinatown, avait reçu le grade A de l'inspection de l'hygiène en mai. C'était avant qu'on découvre des cafards dans les cuisines

Dans la vraie vie? La semaine dernière, Prosperity Dumpling («Les raviolis les plus connus de New York» sur Yelp), réputé pour son authenticité chinoise (le restaurant est en plein Chinatown, sur Eldridge Street, pas loin de l’effervescente Canal Street) a fait le buzz contre son gré sur le site Gothamist (lien en anglais). Une photo volée et virale mettait en scène des cuisiniers faisant les raviolis dans une sinistre arrière-cour où, entre autres saletés on pouvait voir un rat se balader.

Une plainte aux services de l’hygiène a révélé que ce cliché était en fait un amuse-bouche: les agents de l’inspection sanitaire ont trouvé des cafards dans les zones de stockage et de préparation de la nourriture. Au total: 64 violations des règles d’hygiène. Prosperity Dumpling avait obtenu la lettre A lors d’un récent contrôle en mai 2015.

Un jour, je vous parlerai du «Gluten-free», des «Grass-fed beef», de l’obsession de l’hyperlocal et des produits sans OMG, de la mode végane qui s’empare de New York. Un jour, quand vous aurez digéré.

Texte © Migros Magazine – Xavier Filliez

Auteur: Xavier Filliez

Photographe: Xavier Filliez