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9 novembre 2014

Grove Boats, les pionniers suisses de la navigation propre

Alors qu’une quarantaine de ses bateaux électrosolaires naviguent déjà aux quatre coins touristiques du globe, la PME vaudoise Grove Boats part maintenant à l’abordage des marins d’eau douce via la vente de petits moteurs électriques zéro émissions.

Guy Wolfensberger, patron de Grove Boats, dont les Aquabus naviguent un peu partout dans le monde. Photo: Matthieu Spohn
Guy Wolfensberger, patron de Grove Boats, dont les Aquabus naviguent un peu partout dans le monde. Photo: Matthieu Spohn

Zone industrielle d’Yvonand. Un hangar anonyme dans lequel repose le moule d’une coque de bateau ainsi que quelques prototypes d’embarcations électriques. Comme ce drone aquatique renifleur qui était destiné à repérer des gisements de gaz sous-marins. De cet atelier sont également sortis les navettes solaires qui cabotaient sur le lac de Morat durant l’Expo.02 ou encore le Sun21, premier esquif à propulsion photovoltaïque à avoir traversé l’Atlantique. C’était en 2007.

«Cette aventure a démarré dans les années 90 avec Marc Wüst. C’était un précurseur qui était sans doute trop en avance sur son temps», relève Guy Wolfensberger, le patron de Grove Boats. C’est ce dernier – un ancien du groupe Richemont – qui a remis à flot la société du premier nommé, laquelle avait coulé peu de temps après l’exploit de Sun21. «On l’a relancée en 2010 avec Andreas Kindlimann et Yvan Leuppi.» A l’époque, cet architecte naval et cet ingénieur en énergie électrique étaient les seconds de Marc Wüst. Aujourd’hui, les rôles sont inversés.

S’il y a de nouveaux capitaines à la barre, la philosophie, elle, n’a guère changé:

Tous nos projets tournent autour de la mobilité douce, de la navigation propre.

Cette PME tient ainsi à rester leader du marché des bateaux électrosolaires et hybrides dévolus au transport de passagers. «Une quarantaine de nos Aquabus naviguent déjà un peu partout dans le monde.» De la Suisse à la Guyane, en passant notamment par l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, l’Angleterre et la France. «Pour la petite histoire, François Hollande a embarqué sur l’un d’eux le 14 juillet dernier.»

Perspectives du côté d’Amsterdam

En revanche, ces unités, qui se déclinent en quatre modèles de tailles différentes pour une capacité allant de 12 à 100 personnes, ne sont plus fabriquées au chantier naval d’Yvonand. «Nos produits sont toujours conçus ici, mais ils sont construits à l’étranger, principalement en Croatie.» Une délocalisation visant à réduire de près de deux tiers les frais de production et à permettre ainsi à cette SA de rester concurrentielle dans le secteur du loisir nautique.

Guy Wolfensberger croit en sa flottille verte («Aucune nuisance à bord, pas d’odeurs, pas de bruit, on entend le clapotis de l’eau sur la coque.») et demeure optimiste même si la conjoncture actuelle ne facilite pas les affaires. «Redécouvrir la mobilité urbaine sur les voies d’eau, remettre en place des services fluviaux dans les centres engorgés, c’est ça le futur!»

Et puis, des perspectives se dessinent du côté d’Amsterdam, cité qui a décidé que l’ensemble des transports touristiques sur canaux, soit quelque 350 bateaux, devaient se convertir au solaire d’ici à 2020-2025. Autres régions dans la ligne de mire de la PME vaudoise: le Brésil et le Moyen-Orient.

La fin des moteurs deux temps dès 2017

La législation helvétique pourrait également donner des ailes à Grove Boats. «A partir de 2017, les moteurs deux temps qui équipent les embarcations seront interdits sur tous nos plans d’eau.» Une aubaine pour cette société qui commercialise depuis peu des moteurs électriques de marques allemande, autrichienne, suédoise et finlandaise. Forte de sa notoriété et de son savoir-faire acquis au fil des ans, elle ambitionne même «de devenir la référence en la matière en Suisse».

Public-cible: navigateurs du dimanche, plaisanciers expérimentés, pêcheurs… «Dans notre pays, on recense environ 90 000 unités immatriculées, dont deux tiers à moteur et un tiers à voile.» Or, une bonne partie de ces esquifs plus ou moins frêles naviguent avec des modes de propulsion qui pourraient être remplacés par de l’électrique.

En fait, tous ceux qui en usent pour les manœuvres au port, pour pallier un manque de vent ou qui vont tout simplement piano, donc lontano. «L’électrique n’est pas la meilleure formule pour le ski nautique», concède Guy Wolfensberger.

Le manager de Grove Boats espère que ce secteur décollera à l’instar de celui des vélos électriques. «Tous les feux sont au vert: les produits existent et ils sont fiables, les gens sont de plus en plus sensibles à l’écologie et une certaine pression politique commence à se manifester… Sur plusieurs lacs autrichiens, par exemple, on n’a déjà plus le droit d’utiliser un moteur thermique.»

En plus, opter pour une mécanique propre n’occasionne plus qu’un surcoût de l’ordre de 20%. «Comme cette technologie ne nécessite pratiquement pas d’entretien, c’est un choix rentable à moyen, long terme.»
«Pour l’instant, on rame un peu, conclut Guy Wolfensberger. Mais on sent qu’il y a un marché, on en perçoit les frémissements. Je suis convaincu qu’une mobilité respectueuse de l’environnement a de l’avenir sur l’eau également!»

© Migros Magazine – Alain Portner

Auteur: Alain Portner