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16 février 2015

Gutenberg et les Chinois

Comme si on en mangeait. Chaque seconde, 10 000 kilos de papier sont consommés dans le monde tandis que chaque heure, en France, on édite neuf nouveaux livres.

Dessin d'un pressoir dans lequel est coincé un livre
Un pressoir à raisin a inspiré à Gutenberg sa presse à bras et à grosse vis.

Sans Gutenberg et les Chinois, on n’en serait pas là. D’abord, il a fallu inventer le papier avec des fibres de cellulose. Donc végétal.Il ne date pas d’hier. Ni de l’imprimerie. C’est bien plus à l’est, dans l’Empire du Milieu, que les choses commencent, puisque le plus vieux papier porteur de message date de l’an 8 avant J.-C.! Au IIe siècle, les Chinois maîtrisent l’art d’imprimer des textes. Et gardent bien au chaud leur secret de fabrication du papier – qu’ils partagent juste avec leurs voisins japonais.

En Europe, il faut attendre le Xe siècle pour que le papier se répande, par les pays arabes et l’Islam. Pendant ce temps, les moines copistes continuent à multiplier les ouvrages religieux, à la main sur des parchemins en peaux d’animaux. Dix ans qu’il faut parfois pour un livre! Pendant ce temps, les Chinois mettent au point les premiers caractères mobiles à réutiliser plusieurs fois plutôt que de graver une planche à chaque page.

Et voilà qu’arrive Gutenberg, le père de la typographie moderne, celle qu’on a utilisée en partie jusqu’à l’aube des années 90: l’imprimerie au plomb. Parce que ce brave gentilhomme – son titre, c’est tout ce qu’il a retiré de ses idées de génie, puisque celui qui l’a financé lui a tout piqué – bref, Gutenberg a gravé des caractères d’impression mobiles dans un alliage hautement toxique mais très efficace. Il a aussi mitonné une encre plus épaisse que l’encre de Chine (à l’eau) utilisée jusque-là. Un pressoir à raisin lui a soufflé l’idée de sa presse à bras et à grosse vis. Aussitôt fait, aussitôt imprimée sa fameuse «Bible de 42 lignes».

Auteur: Isabelle Kottelat

Photographe: Konrad Beck