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24 septembre 2012

Habitat: quel choix pour les familles?

Une analyse typologique a permis de montrer que les familles se divisent en sept grands «modes de vie résidentiels», correspondant chacun à la valorisation d’éléments contextuels différents.

Vincent Kaufmann
Vincent Kaufmann, professeur à l’EPFL 
et secrétaire général de la Communauté d’études pour 
l’aménagement 
du territoire.

En Suisse comme dans de nombreux pays européens, on assiste depuis plusieurs décennies à un étalement urbain massif de l’habitat individuel peu dense hors du tissu des villes. De nombreux experts et professionnels du territoire préconisent de lutter contre l’étalement urbain, mais cela n’est-il pas contraire aux aspirations de la population, et plus particulièrement des familles?

Les recherches que nous avons menées sur le sujet* montrent qu’en Suisse les choix résidentiels des familles ne relèvent pas uniquement d’une comparaison des prix et de la taille des logements, mais aussi de facteurs relatifs à la qualité de vie. Une analyse typologique a permis de montrer que les familles se divisent en sept grands «modes de vie résidentiels» correspondant chacun à la valorisation d’éléments contextuels différents.

Certains privilégient le calme et la proximité de la nature, d’autres la vie sociale du quartier. Pour certaines familles, la qualité des transports publics est essentielle, alors qu’elle est secondaire pour d’autres. Vivre en ville fait rêver certains et d’autres aspirent à l’habitat individuel. Ainsi, les préférences résidentielles des familles ne vont pas de façon unilatérale vers la maison individuelle et se caractérisent par une grande diversité de désirs. Face à ces aspirations multiples, force est cependant de constater que l’offre est pauvre: dans bien des agglomérations de Suisse romande, ne faut-il pas choisir entre la maison individuelle proche de la nature et accessible que par l’automobile et l’habitat en appartement dans des tissus plus ou moins denses et riches en services et équipements?

La région bernoise donne un exemple qui est certainement à suivre en matière d’aménagement, car elle offre une bonne homogénéité des qualités fonctionnelles sur tout son territoire. Il en résulte que le potentiel d’accueil de modes de vie différents est assez ouvert et permet de combiner des qualités qu’il est difficile d’avoir ensemble dans un lieu, comme la grande qualité des transports publics en périphérie (grâce à un réseau de RER performant) ou le calme et la verdure dans des quartiers urbains centraux. Et ça rend la ville attrayante.

* Recherches menées en particulier par Luca Pattaroni et Marie-Paule Thomas.

Auteur: Vincent Kaufmann

Photographe: Cédric Widmer