Archives
7 avril 2015

Il virevolte sur les clichés

Déjà auréolé en kick-boxing, Hélio Fernandes, père de famille valaisan, a été sacré champion suisse de pole dance en janvier. Il vise maintenant un titre mondial.

Hélio Fernandes en train de faire la planche horizontale contre un poteau de signalisation
Hélio Fernandes axe ses efforts sur une discipline insolite.

«Lorsque je veux quelque chose, je me donne à fond.» Pas de doute, Hélio Fernandes, 31 ans, est un battant. Un compétiteur dans l’âme. C’est d’ailleurs fort d’un tempérament tenace que le Valaisan a gagné, au début de l’année, les championnats suisses de pole dance à Genève. Et cela, seulement huit mois après avoir commencé ce sport. En juillet, il se rendra à Londres pour la finale mondiale.

Au début, je regardais des vidéos de pole danseurs sur internet et j’essayais de reproduire les mouvements. Je me suis pris au jeu,

détaille-t-il installé sur une chaise dans la salle où il s’entraîne à Martigny. Au milieu de la pièce tapissée de miroirs, l’athlète raconte son parcours singulier d’une voix douce et timide. Du haut de son mètre soixante-neuf et de ses soixante-trois kilos, ce peintre sableur se joue des stéréotypes associés à la pole dance. «C’est une véritable discipline. Cela demande beaucoup de technique et d’entraînement», dit-il avec un accent teinté de notes valaisannes et portugaises.

Une enfance au soleil

Cet habitant de Vernayaz (VS) a vécu les vingt premières années de sa vie au bord de l’Atlantique. Dans la station balnéaire d’Estoril, à une vingtaine de kilomètres de Lisbonne. Quatrième d’une fratrie de six enfants, il confie avoir toujours aimé le sport.

J’ai fait de la course à pied, de la natation, du karaté, du fitness et du kick-boxing. Quand je commençais quelque chose, j’avais toujours envie d’aller plus loin. De faire de la compétition. Mais j’ai souvent changé, car j’en avais vite marre.»

Il crochera cependant sur le kick-boxing – boxe avec pieds et poings - à l’âge de 16 ans. Une année plus tard, il se distinguera (encore!) en remportant le titre de champion du Portugal en amateur. En parallèle, il suit une formation d’éducateur pour les jeunes. «J’ai toujours aimé transmettre, coacher, expliquer», dit-il. Un état d’esprit qui l’anime toujours puisqu’il donne des cours de renforcement musculaire à Martigny.

C’est après son service militaire qu’il décide, en 2002, de venir rejoindre son père établi en Valais depuis trente ans. Il rencontre rapidement celle qui deviendra sa femme et la mère de leur fille de 3 ans. «Grâce aux kick-boxing, j’ai vite connu du monde. La journée je travaillais sur des chantiers et le soir je m’entraînais, se souvient-il. J’ai gagné les championnats du monde amateur en 2004. Après cela, j’ai décidé d’arrêter.»

Une passion assumée

Au vu de son récit, rien ne laissait vraiment présager qu’Hélio Fernandes deviendrait, une décennie plus tard, un ambassadeur de la pole dance en Suisse. C’était compter sans une soirée d’anniversaire arrosée. «Une voisine nous a fait une démonstration. Je pensais que la pole dance consistait à tourner autour d’une barre et c’est tout.

J’ai été surpris. Cela s’apparentait en fait beaucoup plus à des figures de gym. La force et la souplesse sont indispensables.»

Fort de ce constat et après quelques verres, il s’essaie à la barre et s’y sent bien. Il continue ensuite en autodidacte. Pour se motiver et par esprit de compétition, il s’inscrit au championnat suisse. Et prouve à son entourage, dans la foulée, que la pole dance est un sport comme un autre.

«Que cela soit ma famille, mes amis ou mes collègues, personne n’a compris au début. Ils me chambraient. Me disaient: t’es malade, tu fais de la danse de cabaret. Tu vas mettre un string et des talons aiguilles! Mais surtout, ils ne concevaient pas comment je pouvais passer de la boxe à la pole», sourit-il aujourd’hui.

Et il a de quoi. Les points décrochés lors de sa prestation durant les championnats suisses le placent dans les meilleurs de la planète. Depuis longtemps d’ailleurs, ses proches ne se moquent plus de lui. «Dès qu’ils ont vu ce que j’arrivais à faire, ils m’ont pris au sérieux.» Ses collègues l’ont même aidé à monter une barre d’exercice chez lui.

Le résultat de ses efforts est manifeste. Il tournoie avec grâce, force et dextérité. Il enchaîne les figures compliquées, pourtant son corps semble en apesanteur. Ses pieds doivent toucher le moins possible le sol. Il les a néanmoins bien sur terre. «J’espère arriver dans les cinq premiers à Londres», relève-t-il. Nul doute que ce battant ira au bout de ses ambitions.

Texte © Migros Magazine – Emily Lugon Moulin

Auteur: Emily Lugon Moulin

Photographe: Jeremy Bierer