Archives
31 mars 2014

Heureux comme un caresseur de chat

Après le boulot, Pascal Roulet vient contempler le temps dans l’œil des chats, au refuge de La Croix-sur-Lutry (VD). En les câlinant pendant des heures. Une façon de socialiser les plus sauvages tout en oubliant les tracas de la vie.

Pascal Roulet, bénévole à La Maison des chats, entouré de plusieurs félins.
Bénévole, Pascal Roulet gratouille les minous deux à trois fois par semaine.
La Maison des chats accueille plus d’une centaine de chats abandonnés, perdus, errants.
La Maison des chats accueille plus d’une centaine de chats abandonnés, perdus, errants.

A l’entrée de la ferme, un gros matou roux roule des mécaniques et accueille les visiteurs. En se frottant aux pantalons, en ronronnant et en clignant de l’œil. C’est Marlon, allusion à la prestance musclée de Brando bien sûr, patte de velours avec les hommes, mais toutes griffes dehors avec ses congénères. Et des minous, il y en a d’autres, plein d’autres. Puisque la ferme est appelée La Maison des chats.

C’est sur un replat de La Croix-sur-Lutry, face au lac et à la dentelle des Dents-du-Midi, que se trouve ce refuge de la Ligue vaudoise pour la défense des animaux, qui recueille les perdus, les errants, les abandonnés. Plus d’une centaine de chats passablement cabossés par la vie. Ceux-ci ont établi leurs quartiers sur les trois étages de la maison, squattant éviers, tablards, fauteuils, balcons ainsi que les trois parcs aménagés pour eux à l’extérieur. Les plus hardis s’en donnent à cœur joie, bondissant sur les parasols et les chaises longues.

Caresser une boule de poils fait du bien autant à l’animal qu’à l’humain.
Caresser une boule de poils fait du bien autant à l’animal qu’à l’humain.

Pour s’occuper de cette miaulante communauté, il faut bien sûr plusieurs bonnes âmes. Comme celle de Claudine Wehrli, qui gère, nourrit, biberonne et soigne depuis une dizaine d’années. «Il s’agit d’assurer les stérilisations, le suivi vétérinaire et administratif de chaque animal. Financièrement, nous ne survivons que grâce à des dons et des legs privés», précise la responsable des lieux, qui connaît chaque chat par son nom. Un travail titanesque accompli par toute une équipe, dont quelques mains bénévoles, qui viennent nettoyer, remplir les écuelles et surtout caresser les félins.

Car les minous ont besoin de câlins pour garder leur entrain. Ainsi, une quinzaine de personnes viennent au refuge régulièrement pour gratouiller barbichettes et ventres poilus. «C’est important de jouer avec les sauvageons, de les familiariser avec l’homme. En les socialisant, on leur donne une chance d’être replacés dans une famille», explique Claudine Wehrli, un gros matou laiteux prénommé Module ronronnant sur ses genoux.

Le monde «intense de l’émotion»

Pascal Roulet, 51 ans, fait justement partie de ces bénévoles qui viennent caresser les chats. Deux à trois fois par semaine, après le boulot, cet ingénieur en télécommunications pose sa mallette et s’installe dans le jardin. «Quand je passe ici, c’est que j’ai du temps… Il faut laisser les chats venir vers vous, ce sont eux qui vous choisissent et vous capturent le cœur. La clé, c’est la patience.»

Un felin prend le soleil.
Un felin prend le soleil.
Les minets jouent-ils à chat perché?
Les minets jouent-ils à chat perché?

Heureux de quitter quelques heures le monde scientifique pour entrer dans celui «intense de l’émotion», cet habitué des lieux n’a pas peur de salir ses pantalons. Chaplin, un grand mâle noir et blanc, l’inspecte consciencieusement, tandis qu’Askia, une minette blanche et rose, ne le quitte plus. Pascal Roulet s’accroupit aussitôt, entouré par une ribambelle de petits tigrés, qui zèbrent la pelouse comme des éclairs. «Il ne faut pas les approcher par en haut, mais se mettre à leur portée et les laisser vous renifler.» Devenu expert en caresses, l’amoureux des félins sait leurs points sensibles: la tête, les babines, le bas du dos. Et le ventre pour autant que le chat soit en totale confiance.

Convaincu qu’«une maison sans chat est comme un aquarium sans poisson», il en prend d’ailleurs volontiers à domicile, le temps d’une convalescence ou de soins particuliers. Comme Garfield, un solide rouquin semblable à celui de la BD, qui s’était blessé à une patte et dont il fallait souvent changer les pansements. Mais après avoir partagé pendant quinze ans le quotidien d’un félin, il hésite à en adopter définitivement un chez lui. «Notre compagnon a été malade pendant cinq ans. On devait lui donner chaque jour des médicaments à heure fixe. Un vrai sacrifice.»

Deux chats sur un balcon au soleil.
Un chat derrière la fenêtre, un chat dehors sur le rebord de la fenêtre.

Alors, il préfère venir au refuge, aussi souvent que possible. Heureux d’apporter aux pensionnaires un rayon de soleil, d’esquisser une connivence avec les plus sauvages, de jouer avec les plus jeunes pour leur donner une chance d’être adoptés un jour. Une cinquantaine (vaccinés, vermifugés, stérilisés) trouvent un foyer chaque année. Mais des familles d’accueil, temporaires ou définitives, sont toujours recherchées pour des chats âgés ou de santé délicate...

Pascal Roulet en est convaincu:

La caresse est une médecine, qui assure le bien-être physique et psychique des chats. Et pour moi, c’est une forme de yoga. Ils donnent une telle énergie positive qu’il est impossible de repartir d’ici de mauvaise humeur.

Mais qu’on se le dise: avant d’adopter un minou, mieux vaut venir plusieurs fois. Et c’est là que le chat qui vous attend vous trouvera.

Infos sur www.miaou.ch. Tél. 021 791 20 36.

© Migros Magazine – Patricia Brambilla

Auteur: Patricia Brambilla

Photographe: Jeremy Bierer