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17 juin 2013

Une bonne mine

Isabelle Kottelat revient sur l'histoire du crayon.

Le bout des doigts noir, les pâtés qui embourbent les lettres: tapoter les touches d’un clavier fait oublier que gratter le papier ne laisse pas les mains propres depuis si longtemps.

Si la découverte des encres est presque aussi vieille que l’écriture, les premiers stylos ont longtemps été… les doigts. Puis, au Ier siècle, Pline parle d’un roseau effilé à la pointe fendue qu’on remplit d’une encre à base de charbon de bois mêlée de gomme.

Dès le XIIe siècle, c’est de l’écorce d’arbre ou des noix de galle qu’on mixe à la gomme (elle ralentit le séchage) et qu’on assaisonne de sulfate de fer (le sulfate de cuivre attaque le papier). «L’Instruction facile et méthodique pour l’école paroissiale» de 1702 offre une sympathique mais laborieuse recette d’encre au vin, bière ou eau de pluie et noix de galle destinée aux maîtres d’école. Cette encre tient l’eau et le temps. Elle vire juste au rouge au soleil.

Et après avoir déplumé bien des volatiles – de préférence oies, vautours et pélicans – les plumes en métal font leur apparition. Mais elles ne seront au point que le jour où l’assureur américain Lewis Edson Waterman perdra un juteux contrat parce que son instrument fuit au moment de la signature. Furieux, l’homme conçoit un système de minuscules canaux sous la plume qui régularise le débit de l’encre. Son stylographe s’appellera Régulier.

Pendant ce temps, le stylo-bille pointe son embout chez son compatriote John J. Loud. Mais c’est en Hongrie que le journaliste László Biró et son frère Georg le développent, médusés par les traces que les boules de pétanque laissent au sol après la pluie. Brevetée en 1938, leur idée de génie fait des petits avec le baron Marcel Bich – Bic pour les intimes – qui lance sa production de stylos jetables en 1953.

Vidéo: l'histoire du stylo Bic (source: Youtube)

En parallèle, le parchemin laisse sa peau sous les premiers crayons du Moyen Age, petits bâtonnets de plomb ou pointes d’argent, qui le grattent. Jusqu’à la découverte de gisements de graphite en Angleterre en 1564.

Une mine hélas vite épuisée. Il faut attendre 1794 pour qu’un Français fou d’expériences – Nicolas-Jacques Conté – invente en huit jours la mine de crayon moderne en cuisant à haute température un mélange d’argile et de poudre de graphite. La méthode s’utilise encore aujourd’hui.

Auteur: Isabelle Kottelat

Photographe: Konrad Beck