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11 mars 2013

Histoire de lunettes

De Sénèque à nos jours, l'être humain n'a cessé de vouloir corriger ses problèmes de vue.

Un serpent à lunettes
Illustration: Konrad Beck

Avec les caisses maladie qui ne remboursent plus les lunettes, on devrait regarder de plus près l’invention de Josh Silver. Et pas seulement dans les pays en voie de développement, qui attendent plus d’un milliard de paires et moult spécialistes.

Voyez plutôt: ce professeur de l’Université d’Oxford a inventé des besicles à ajuster soi-même à sa vue. C’est sûr que sortir son monocle de la pochette de son gilet avait autrement plus d’allure que de dégainer sa burette pour remplir ces lunettes du futur d’un liquide qui fait office de correcteur de vision…

Mais on n’est pas loin de la première expérimentation optique qui date du Ier siècle: Sénèque s’émerveillait qu’un objet observé à travers un ballon de verre rempli d’eau apparaissait plus gros. Plus noble, l’empereur romain Néron regardait les combats de gladiateurs à travers une émeraude en guise de précieuse lentille optique.

Bon, la paire de branches de Josh Silver semble financièrement plus accessible, puisqu’elle ne coûte pas 20 francs. Quelque 30 000 exemplaires sont déjà utilisés dans une quinzaine de pays. Entre ces deux pratiques, pour mieux voir, mon enfant, le Moyen Age imaginait la pierre de lecture, une loupe grossissante à poser sur le texte. Idée lumineuse du Berbère andalou Abbas Ibn Firnas au IXe siècle. Mais c’est en Italie que le marché des lorgnons décolle.

A Florence, au XIIIe siècle, le physicien Salvino Degli Armati met au point la première paire de verres correcteurs. Les premières besicles clouantes – lunettes sans branches particulièrement peu pratiques – voient le jour. La presbytie bat en retraite. Les myopes attendront un siècle de plus l’apparition des verres concaves. Tandis que les premières lunettes à branches – que l’on doit à l’Anglais Edward Scarlett en 1728 – se posent non pas sur les oreilles, mais se pressent sur les tempes. Réservées aux nobles, chez qui elles ne dérangent pas le port de la perruque… mais donnent des maux de tête.

Les moins bien nés se contentent des binocles, monocles et autres pince-nez. Qui gênent la respiration… En 1752, les lunettes à oreilles de Scarlett règlent le problème. Elles ne reposeront délicatement sur le nez que cent ans plus tard, grâce à l’opticien parisien Poulot.

Auteur: Isabelle Kottelat

Photographe: Konrad Beck