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14 décembre 2015

Horaire CFF: l’annus horribilis?

Profondément bouleversé par le démarrage d’importants chantiers ferroviaires comme Léman 2030, le nouvel horaire 2016 ne contente pas tout le monde, notamment en Suisse romande. D’autant que certaines communes semblent avoir raté le train.

Une personne en train de consulter l'horaire CFF affiché en gare
Le changement d’horaire de cette année ne convient pas pareillement à toutes les régions de notre pays. (Photo: Keystone)

Inutile, sans doute, de vous le faire remarquer: les nouveaux horaires des CFF sont désormais entrés en vigueur. On l’a beaucoup entendu, il s’agit là du plus gros chambardement depuis les changements liés à Rail 2000, en 2004. En cause? Les travaux de la ligne diamétrale à Zurich et, surtout, pour ce qui concerne la Suisse romande, le chantier de Léman 2030.

«Grosso modo, 80% des horaires changent en Suisse romande,

comme le confirme Mario Werren, coordinateur régional des CFF. Evidemment, c’est en perspective à moyen terme d’importantes améliorations en Romandie. Mais d’ici là, l’effort d’adaptation demandé aux usagers n’est pas négligeable. D’autant qu’avec un tel volume de trafic, chaque petit problème aura des effets domino importants.

Est-ce la faute d’un manque d’information de la part des CFF ou d’un manque d’anticipation de certaines collectivités locales? En de nombreux endroits, c’est dans la précipitation que changent horaires scolaires et autres transports d’élèves. Sur la ligne du pied du Jura, dans le canton éponyme et dans plusieurs villes vaudoises comme Nyon ou Bex, le mécontentement est palpable.

Kurt Schreiber est président de Pro Rail Suisse (Pro Bahn).

Que représente Pro Rail Suisse exactement?

Cette association (qui porte le nom de Pro Bahn en Suisse alémanique) est un mouvement citoyen parmi d’autres défendant depuis 1992 les usagers des transports publics, et tout spécialement des trains. Notre importante couverture médiatique nous permet de fonctionner comme une sorte de lobby.

Quelle vous semble être la perception de ce nouvel horaire 2016?

Les CFF ne s’en sont pas cachés: il s’agit d’un gros bouleversement, le plus massif depuis Rail 2000. Vu l’importance des chantiers du rail qui démarrent, dont Léman 2030 en Suisse romande, les usagers ne doivent pas être surpris. D’autant qu’à terme, l’enjeu en vaut la chandelle pour la Suisse francophone, avec d’importantes améliorations attendues.

Beaucoup, tant les particuliers que les collectivités, semblent pourtant ne pas avoir anticipé l’ampleur de ces changements. Y a-t-il eu consultation?

Oui, et celle-ci est d’ailleurs inscrite dans la loi. L’élaboration des horaires est tellement complexe qu’elle se réalise très en avance. Ensuite, environ deux ans avant l’entrée en vigueur, les gens peuvent formuler des vœux. Ces derniers sont en principe rassemblés par les communes, qui les font remonter aux cantons. Chaque canton prend ensuite contact avec les CFF pour dialoguer.

Certaines communes ont donc manqué d’anticipation?

Lorsque j’entends que, dans certains endroits, il n’y a que quelques semaines que les écoles ont annoncé des modifications d’horaire, clairement oui. Chez moi, cette situation s’est présentée il y a deux ans, et nous avons été avertis plus de trois mois à l’avance.

Les autorités locales connaissent les implications des changements de trains longtemps à l’avance, c’est à elles de se montrer proactives.

Par ailleurs, on ne peut pas exiger des CFF qu’ils tiennent compte des heures de classe de telle ou telle école. L’économie privée devrait permettre des adaptations des horaires de travail, par exemple pour éviter, lorsque c’est possible, les heures de trop grosses affluences.

Voyageurs debout, prix très élevés, horaires qui compliquent la vie: peut-on toujours parler d’excellence pour nos chemins de fer?

C’est une question compliquée. Prenez la ponctualité:

la situation était clairement meilleure il y a dix ou vingt ans. Mais le trafic ferroviaire a énormément augmenté depuis.

Et si l’on compare avec d’autres pays européens, nos trains arrivent toujours à l’heure. En Allemagne, le retard moyen se situe entre 15 et 20 minutes. Nous recensons de 5 à 6 minutes.

Certains évoquent des dépenses en infrastructures qui ne sont plus à la hauteur d’un pays riche comme le nôtre.

C’était la vision renforcée par Rail 2000: au lieu de privilégier quelques grandes liaisons, il fallait un vaste réseau de bonnes correspondances, qui vous permette d’aller de Lausanne à Sonceboz sans attendre plus de dix minutes sur un quai. Voilà qui reste la très grande qualité de notre réseau.

Bref, tout va bien?

Non, il y a toujours des choses à améliorer et nous nous battons pour cela.

Nous pensons également que les prix sont trop élevés et que la Confédération ne subventionne pas assez le geste qui consiste à laisser sa voiture à la maison pour prendre le train.

Texte: © Migros Magazine | Pierre Léderrey

Auteur: Pierre Léderrey