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2 juin 2014

Du bois à l’électricité

Hotelplan propose à ses clients de compenser les émissions de leurs voyages en avion en soutenant une centrale à biomasse au Brésil.

Centrale à biomasse, près d’Itacoatiara, Brésil
La centrale à plaquettes de bois 
produit du courant écologique pour les 100 000 habitants d’Itacoatiara, au Brésil, et permet ainsi d’économiser cinq millions de litres de diesel par an.

Grand, de belle stature, il porte le numéro 124. Lui que la nature a mis des décennies à faire pousser tombe avec fracas en l’espace de quelques secondes, abattu par une tronçonneuse. Le matricule 124 est un arbre orné d’une petite pancarte, quelque part dans la forêt amazonienne, à 250 kilomètres à l’est de Manaus. Les Brésiliens le connaissent sous le nom de «Tauari vermelho», les botanistes sous celui de «Couratari guianensis».

arbre coupé
L’arbre n° 124 provient d’une forêt certifiée FSC.

Precious Woods Amazon possède près de 507 000 hectares de terrain à une demi-heure en voiture de la petite ville brésilienne d’Itacoatiara. L’entreprise s’évertue à gérer leurs forêts de manière durable – en limitant strictement le nombre d’arbres coupés. Un cycle de culture ne dure pas moins de trente-cinq ans. L’abattage d’un arbre nécessite à lui seul deux ans de planification et doit être approuvé par les autorités brésiliennes chargées des questions environnementales.

Ce mode d’exploitation a reçu la certification du Forest Stewardship Council (FSC), dont il respecte les critères. Le FSC autorise en effet la coupe de vingt-deux arbres par hectare, et Precious Woods n’en abat pas plus de trois – un chiffre qui demeure cependant excessif aux yeux des écologistes. Katharina Lehmann, membre du conseil d’administration de Precious Woods, argumente:

Certes, nous empiétons sur la forêt. Mais y a-t-il une autre solution? En l’exploitant, nous en augmentons la valeur, à tel point qu’elle vaut désormais plus cher que le sol.»

De fait, dans trois ans à peine, il ne restera plus aucune trace de l’emplacement du 124.

Avec le «Tauari vermelho», Precious Woods fabrique du bois de sciage, divers produits finis et du matériel de placage, destinés à l’exportation. Seuls 30% du bois de sciage sont utilisés pour la construction de bâtiments et la fabrication de meubles. Les déchets générés par le processus de transformation sont quant à eux brûlés dans une centrale à biomasse, près d’Itacoatiara, qui récupère l’électricité ainsi produite.

un employé de la centrale à biomasse montre les plaquettes de bois qui seront converties en électricité
Les plaquettes de bois, les déchets produits par la scierie, sont brûlés dans la centrale à biomasse, qui récupère l'électricité produite.

Cette installation fait partie d’un projet mené par la fondation de protection de l’environnement Myclimate avec le soutien d’ Hotelplan Suisse . Depuis 2011, l’agence de voyages reverse à la centrale amazonienne le supplément payé par les clients Hotelplan désireux de compenser leurs émissions (lire entretien). Myclimate, un projet de l’EPF de Zurich initié en 2002, dépend de mesures de compensation volontaires. Eviter, réduire et compenser des émissions: voilà les trois piliers de l’institution.

De son côté, la centrale à biomasse remplace plusieurs générateurs diesel et approvisionne les quelque 100 000 habitants d’Itacoatiara en courant écologique. L’installation, qui produit chaque année jusqu’à 56 000 MWh d’électricité à partir de déchets de bois, permet d’économiser cinq millions de litres de diesel par an. Autre avantage: les déchets de bois n’ayant plus le temps de pourrir, les émissions de méthane, l’un des gaz à effet de serre les plus dangereux, diminuent elles aussi.

Au total, le dispositif permet une réduction d’environ 50 000 tonnes de dioxyde de carbone tous les ans. En comparaison, un aller-retour entre Chypre et la Suisse émet l’équivalent d’une tonne de CO2 par passager. Mais à quoi sert ce progrès si, par exemple, des pays comme la Chine et l’Inde continuent de rejeter toujours plus de gaz toxiques dans l’atmosphère? Eva Schaub, cheffe de projet chez Myclimate, remet les choses en perspective:

L’important, c’est la quantité de gaz à effet de serre que l’on parvient à économiser au total.»

Dans les pays en développement, ce genre d’économie revient beaucoup moins cher, raison pour laquelle la fondation a choisi de s’établir au Brésil.

Les recherches effectuées durant ce voyage ont été rendues possibles par Myclimate. Les vols aller-retour Zurich–São Paulo–Manaus ont rejeté près de cinq tonnes de CO2, compensées par les projets de protection climatique de la fondation.

Auteur: Reto E. Wild