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10 octobre 2016

Hôteliers des bois

Il y a un an et demi, Marie et Renaud ont osé troquer un métier confortable et rentable pour vivre une aventure en famille. Adieu la ville et la multinationale: ils se sont reconvertis en hôtes un peu particuliers au milieu de la nature…

Avec leurs cabanes, Marie et Renaud ont réalisé un rêve: ils travaillent et vivent en pleine nature, tout en voyant leurs enfants grandir.

Les Cabanes de Marie, c’est un peu un rêve d’enfant en grand dans la vraie vie. Quatre charmants cocons de bois suspendus entre ciel et terre au milieu du Gros-de-Vaud, à Ogens. En couple, en famille, entre ados, on vient de loin, et parfois de tout près, pour passer une ou deux nuits dans ces adorables maisonnettes accrochées au milieu des branches dans lesquelles leurs propriétaires ont soigné chaque détail et peaufiné chaque ambiance. Ambiance qui se prolonge entre elles à travers le chemin de copeaux et jusqu’au sauna écologique, bercé par le bruit doux de l’Augens, le ruisseau du cru.

Les grands enfants à l’origine de ce lieu unique ont la jeune quarantaine et s’appellent, Renaud mais aussi – l’auriez-vous deviné? – Marie de Goumoens. Avec leurs quatre enfants de 7 à 3 ans, ils ont totalement changé de vie pour lancer leur projet. Elle est une fille de ce coin de pays, a grandi dans une grande maison non loin de là. «Et comme c’est toujours le cas aujourd’hui sur Facebook, personne ne connaissait mon village.» Son père est médecin. Celui de Renaud aussi, c’est même un chirurgien ORL dont le nom reste fameux dans la région morgienne.

Résurgences de rêves d’enfant

C’est au travail que la rencontre se produit. Chez British American Tabacco où ils œuvrent tous deux au service marketing. «Marie s’est ensuite dirigée du côté de la communication institutionnelle, moi vers les ressources humaines où j’ai gravi les échelons jusqu’à devenir directeur pour la Suisse. Une période de nombreux voyages et de bons salaires aussi», sourit Renaud. En 2009 naît Mathis, leur premier enfant. Le début d’une remise en question. «Nous avions des postes enviables, des jobs plutôt intéressants et pas de problème particulier au travail. Mais en même temps on ne se voyait pas continuer à faire carrière dans cette voie. Et surtout on ne voulait pas du modèle classique des parents à fond dans le boulot qui croisent à peine leurs enfants.»

Le couple s’interroge, se surprend à caresser le désir d’une autre forme de réalisation. «Le déclic s’est produit en 2011, lors d’un tour à vélo avec nos trois enfants d’alors, raconte Marie. Nous nous sommes arrêtés dans un charmant B&B près d’Estavayer-le-Lac (FR). Et là, dans ce salon à la fois cosy et chaleureux, il y avait ce grand livre d’art sur les cabanes dans les arbres du monde entier.»

Au Québec, un peu partout en France, ailleurs encore, ces résurgences de rêves enfantins épatent Marie et Renaud. Qui, petit à petit, commencent à se dire que, chez eux à Ogens, en pleine nature entre forêt et campagne, ça pourrait le faire.

Les premières personnes à qui nous en avons parlé se sont montrées plutôt sceptiques, rigolent-ils en chœur. D’abord devant l’idée même d’abandonner ne serait-ce qu’en partie nos carrières. Et puis comment imaginer que nous allions attirer du monde au milieu du Gros-de-Vaud avec des cabanes?»

Mais au-delà des commentaires peu convaincus, il y a aussi à chaque fois les yeux qui s’illuminent même malgré soi. Qui, au fond, n’a jamais rêvé de dormir dans une cabane perchée? Et si c’était possible? De créer cette magie ici, à côté de la maison et que les gens viennent y rêver à leur tour? Marie et Renaud font leurs calculs, regardent du côté de la police des constructions locale, se mettent en chasse d’artisans capables d’écouter leurs désirs comme les différentes ambiances du lieu.

Le dossier était ficelé, la mise à l’enquête prête et un super artisan dans les starting-blocks quand tout à coup on m’a proposé un poste provisoire à Hong Kong»,

se souvient Renaud. C’était en avril 2013. Voilà un moment qu’ils aimeraient vivre quelque temps en Asie tous ensemble. En même temps, leur projet de cabanes est prêt à démarrer et il ne faut pas que tout s’arrête. Ils décident alors d’attendre que Marie, enceinte de Camille, leur dernier-né, accouche. Dans l’intervalle, les derniers détails sont réglés pour que la construction des quatre cabanes puisse démarrer en leur absence. «Les beaux-parents étaient à côté, j’ai effectué plusieurs allers-retours pendant l’année et demie de notre absence, du coup tout s’est bien passé. Et quand nous sommes revenus en Suisse, la construction était quasiment terminée.»

Offrir du bonheur à une clientèle variée

C’était compter sans un gros boulot d’aménagement extérieur – l’idée étant de créer des connexions entre chaque cabane – et surtout intérieur pour transformer chaque cocon haut perché en petit nid unique. Tous deux vont s’y consacrer de longs mois avant de pouvoir officiellement ouvrir en juin 2015. «Des copains étaient déjà venus tester à l’Ascension et à la Pentecôte et nous avions tenu compte de leurs remarques pour les derniers ajustements.»

Sans doute parce que les Cabanes de Marie ont été créées comme les propriétaires les ont eux-mêmes rêvées, le succès est tout de suite au rendez-vous.

Depuis des ados venus entre copains aux retraités, en passant par les familles plus ou moins nombreuses, parfois à pied de la région et parfois en voiture de luxe d’un autre canton, la clientèle est tellement variée que je ne sais jamais qui va débarquer»,

relève Marie qui ajoute: «La semaine prochaine, nous accueillons une dame en chaise roulante. C’est génial de pouvoir donner un peu de bonheur à plein de gens différents.» Monsieur renchérit: «C’est clair, nous travaillons deux fois plus pour deux fois moins. Et il a fallu qu’on reprenne une activité professionnelle extérieure à temps partiel pour être sûrs de tourner. Mais on travaille autour de la maison, les enfants sont avec nous, vivent dans la nature. C’est irremplaçable.»

Texte: © Migros Magazine / Pierre Léderrey

Auteur: Pierre Léderrey

Photographe: Mathieu Rod