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31 août 2014

Ice Bucket Challenge: chacun cherche son seau!

Au rayon des nouveautés du Net, les défis à la chaîne. Après le feu et avant le riz, qui démarre ces jours, le seau d’eau glacée a déjà mouillé les têtes les plus connues du showbiz et du sport. Une folie planétaire ou une nouvelle façon de lever des fonds?

Grâce aux réseaux sociaux, l’Ice Bucket Challenge est rapidement devenu un phénomène planétaire.
Grâce aux réseaux sociaux, l’Ice Bucket Challenge est rapidement devenu un phénomène planétaire. Photo: Keystone

L’été sur le web est aux défis. Se mettre le feu, se jeter à l’eau, avaler un mélange d’alcool cul sec... tout ça sous l’œil de la caméra, avant d’être posté sur le net, et de désigner trois autres personnes à faire pareil. Cap’ ou pas cap’? Le genre de jeu, plus ou moins risqué, qui fait forcément écho aux crétineries filmées de Jackass, émission de MTV des années 2000.

La dernière variante, appelée «Ice Bucket Challenge», consiste à se verser un seau d’eau glacée sur la tête. Popularisé par Pete Frates, un ancien joueur de baseball, le défi a cette fois un but caritatif: réaliser l’exploit ou faire un don à l’association ALS, qui lutte contre la maladie de Charcot. Mais beaucoup font les deux.

Du coup, l’affaire est devenue un phénomène planétaire et a battu des records. L’association a empoché près de 70 millions de dollars contre 2,5 millions l’an dernier à la même époque. Et les défis se sont enchaînés comme une traînée de pixels. A part Obama, qui préfère verser un chèque plutôt que de se mouiller, tous les people ont piqué une tête: de Donatella Versace à Cristiano Ronaldo en passant par Mark Zuckerberg, Tom Cruise et Chris McQuarrie, Lady Gaga, Eva Longoria et autre George W. Bush ...

Chacun y allant de sa petite mise en scène plus ou moins humoristique. Echafaudage sophistiqué pour Bill Gates qui lui permet d’actionner lui-même le seau, mais aussi hélicoptère, cheval, tous les moyens sont bons pour se donner en spectacle. L’envie de se refaire une image bien frappée rattrape parfois le seul élan de générosité.

Mais l'Ice Bucket Challenge comporte aussi son lot de fails (source: Youtube)

Et l’épidémie a gagné la Suisse, puisque Roger Federer, Lara Gut et même Mgr Morerod ont relevé le défi. Parmi les derniers nominés: Darius Rochebin, qui a avoué «ne pas être fan de ces chaînes de défi sur le net», mais veut bien mouiller son brushing «hors antenne pour la bonne cause». Et risque bien d’exhorter Monsieur météo à faire pareil. Philippe Jeanneret peut déjà préparer son parapluie...

«Ces phénomènes viraux sont éphémères»

Olivier Glassey, sociologue et spécialiste des nouvelles technologies.
Olivier Glassey, sociologue et spécialiste des nouvelles technologies.

Olivier Glassey, sociologue et spécialiste des nouvelles technologies.

Comment expliquez-vous que l’«Ice Bucket Challenge» ait pris une telle ampleur et gagne la planète?

Le terrain a été bien préparé! C’est un mécanisme qui existe sous de multiples formes: il y a eu la «Neknomination», ces petites vidéos où les jeunes se filmaient en train de boire de l’alcool avant de mettre leurs pairs au défi. Mais aussi le «Fire Challenge», plus risqué, et le «A l’eau ou au resto»... Mais l’«Ice Bucket Challenge» a eu un succès que personne n’attendait.

Disons que c’est une variante noble puisque le mécanisme a été retourné à des fins positives.

Ce qui expliquerait que non seulement des stars du showbiz y participent, mais aussi des hommes d’Eglise...

On peut ne voir que le côté people, délirant, mais à un autre niveau, c’est peut-être une forme de générosité que de sacrifier son image, son amour-propre pour donner envie de faire une bonne action. Mgr Morerod est entré dans le jeu pour une bonne cause, au prix de quelques glaçons. Les commentaires sont variés: certains admirent cet élan de solidarité qui ne part de rien, d’autres regrettent qu’il faille faire le clown pour susciter l’empathie.

Est-ce une nouvelle façon de collecter des fonds qui risque de faire école?

Les pros du marketing essaient de créer des formes d’enthousiasme collectif, mais n’y arrivent pas toujours. Je crois qu’un phénomène comme celui-là reste une exception. C’est un Eldorado aléatoire, dont personne ne peut prévoir si ça va se déclencher ni quelle en sera l’ampleur. C’est la masse des internautes qui crée le buzz. Est-ce que ce phénomène, au-delà de l’«Ice Bucket», va permettre de développer durablement une autre manière de collecter des fonds et faire école? C’est trop tôt pour le dire.

Le soufflé est monté rapidement. Va-t-il retomber aussi vite?

Il est vrai que ces phénomènes viraux sont assez éphémères. Et souvent, à partir du moment où la mode est reprise par les médias, l’affaire s’évente rapidement. La différence, cette fois, est que ce ne sont pas des anonymes qui se prêtent au jeu, mais des personnes publiques avec une certaine aura, ce qui valorise la pratique. Malgré tout, il y a de fortes chances que le même geste, avec les mêmes intentions, soit perçu comme has been dans quelques semaines, voire quelques jours...

© Migros Magazine – Patricia Brambilla

Auteur: Patricia Brambilla