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25 août 2016

Deutsch ist mega cool

Rendre la langue allemande plus attirante à l’école: tel est l’objectif sur lequel planchent actuellement de nombreux spécialistes. Différentes méthodes ont déjà été mises en place, adoucissant le quotidien des élèves romands.

Dessin humoristique sur la mission impossible de faire aimer l'allemand
Faire aimer l'allemand, une mission impossible?

Pas rigolo à apprendre, trop difficile, plein de «r»: l’allemand reste encore et toujours une langue mal-aimée. Et dans la bouche des écoliers, les qualificatifs ne manquent pas pour le stigmatiser.

Mais bonne nouvelle, de nombreux acteurs du monde de l’enseignement et de la recherche pédagogique planchent depuis plusieurs années déjà sur le moyen de rendre l’allemand plus «sexy». Et leurs réflexions commencent à adoucir lentement mais sûrement le quotidien scolaire des élèves romands.

Une méthode novatrice

Premier exemple, avec l’Education et l’ouverture aux langues à l’école (EOLE): éditée en 2003 par la Conférence intercantonale de l’instruction publique de la Suisse romande et du Tessin, cette méthode propose une toute nouvelle manière d’aborder les langues.

L’idée est de se baser sur ce que les élèves savent déjà, tout en mettant en lumière les ressemblances et différences entre les langues. Le tout de manière ludique, en offrant des outils didactiques concrets.

Ce projet permet non seulement de prendre ainsi en compte toutes les diversités linguistiques d’une classe, mais aussi de toucher à trois dimensions: l’attitude de l’élève, c’est-à-dire sa curiosité et son ouverture aux autres langues, ses aptitudes et ses savoirs.

EOLE ne permet pas un apprentissage de la langue en tant que tel, mais favorise l’éveil grâce à la mise en place du développement de l’écoute et d’une attitude positive face à la langue. Ce qui est la base essentielle d’un bon apprentissage»,

remarque Jean-François de Pietro, collaborateur scientifique à l’Institut de recherche et de documentation pédagogique (IRDP) à Neuchâtel et l’un des concepteurs d’EOLE. Afin de séduire encore davantage, la méthode a été mise en ligne: les élèves doivent y résoudre des énigmes et questions en utilisant divers matériaux sonores et écrits. Les difficultés diffèrent selon l’âge de chacun.

EOLE a été distribuée dans toute la Suisse romande. Le problème, c’est qu’elle est facultative et que beaucoup d’enseignants semblent peu intéressés… «On se trouve face à deux développements parallèles: l’enseignement traditionnel qui, s’il s’est bien développé, reste malgré tout assez scolaire, et les réflexions menées en amont pour trouver des moyens de rendre l’allemand plus séducteur. Mais il est difficile de trouver l’articulation entre les deux», regrette Jean-François de Pietro.

On voit quand même que les choses bougent: le nouveau plan d’études prend en compte les langues intégrées, et le français n’est plus considéré comme une branche à part, mais comme faisant partie des autres langues.

Des pistes concrètes et séductrices

Le spécialiste pense toutefois qu’il faudrait aller plus loin dans la réflexion. Quelques pistes, soulevées par lui et ses collègues, dans une étude intitulée «Une variable négligée: les attitudes» et parue en 1994: utiliser davantage les différents supports technologiques, et se baser sur l’actualité, des thématiques qui intéressent les élèves et des personnalités connues telles que Derrick, Stephan Eicher...

Autre idée: créer un climat d’apprentissage plus favorable, dans lequel l’allemand ne serait pas perçu comme une branche obligatoire et sélective. «Un élève qui a de mauvaises notes se sent nul et ne va pas aimer la langue.

Pourtant, ce n’est pas parce qu’on est mauvais en géographie qu’on déteste les montagnes!

Il y a ici un effet direct sur lequel il est important de se pencher», souligne Jean-François de Pietro.

Une autre possibilité encore serait de mettre en évidence les préjugés des élèves face à la langue et à l’Allemagne, de manière à pouvoir en discuter et mieux les dépasser. Enfin, les experts préconisent de favoriser les échanges et contacts réels avec l’Allemagne et la Suisse alémanique, de manière à humaniser la langue.

Un partage en musique

«Désinhiber» l’allemand, c’est justement là la mission de l’association romande Germanofolies, créée en 2006 par des enseignants passionnés. L’astuce de ces derniers: le faire en musique, en invitant chaque année des groupes, chansonniers et troupes de théâtre germanophones, et en les faisant se produire devant toutes les classes romandes intéressées, de la 5e à la 11e ainsi que les gymnasiens et apprentis.

«Tout enseignant peut inscrire sa classe à ces concerts, mais attention: il doit être prêt à s’investir, déclare Marc Ducret, directeur des écoles de La Tour-de-Peilz (VD) et vice-président des Germanofolies. Avec la Haute Ecole pédagogique (HEP), nous créons en effet systématiquement un dossier pédagogique pour chaque concert, en lien avec le plan d’études et le programme scolaire.

Avant de profiter des concerts, les classes doivent absolument avoir travaillé en amont avec leur professeur d’allemand et de musique.»

L’idée s’avère payante: chaque concert affiche complet. «Dire aux élèves que l’Allemagne est un partenaire économique important et qu’on trouve 70% des emplois en Suisse alémanique, c’est un discours de vieux qui ne les concernera pas. L’idée est de leur

montrer concrètement que l’allemand ne se limite pas à des livres et des règles grammaticales, mais que c’est aussi une possibilité de communiquer avec des jeunes comme eux, qui ont eux aussi des rêves et qui sont intéressés par les mêmes sujets»,

souligne Marc Ducret. Les prochains concerts auront lieu en octobre pour les «grands», avec le groupe allemand 21 Gramm, et en novembre pour les écoliers, avec
le chansonnier suisse allemand Andrew Bond (lien en allemand). Les classes se sont déjà inscrites en nombre.

Texte: © Migros Magazine | Véronique Kipfer

Auteur: Véronique Kipfer

Illustrations: François Maret