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21 janvier 2013

Il était une fois dans l’Ouest lausannois

De Renens-gare à Lausanne-Flon via des chemins de traverse: une invitation à découvrir les beautés cachées de ce territoire urbain un brin désordonné en suivant la ligne du futur tram 1.

Sébeillon
Dans le quartier 
de Sébeillon 
à Lausanne, l’un 
des bâtiments de 
l’Ecole professionnelle et commerciale (à dr.).

Avertissement: cette balade ne s’effectue pas dans un décor de carte postale! Elle est réservée aux promeneurs qui ne rechignent pas à arpenter le bitume dans un environnement urbain a priori peu attirant. Benoît Biéler du bureau du Schéma directeur de l’Ouest lausannois:

Benoît Biéler du bureau du Schéma directeur de l’Ouest lausannois
Benoît Biéler du bureau du Schéma directeur de l’Ouest lausannois


L’Ouest lausannois, c’est un véritable patchwork. On insiste beaucoup sur l’hétérogénéité de ce territoire, car c’est cela qui fait sa richesse et son charme.


On ne demande qu’à le croire…

Armés de la carte qu’il nous a remise (lire encadré), nous allons suivre la ligne du futur tram 1 qui reliera, dès 2018 si rien ne l’arrête, la gare de Renens à la station «Lausanne-Flon». Avant de prendre congé, notre interlocuteur prévient:

Il s’agit d’un itinéraire alternatif empruntant les chemins de traverse et s’éloignant donc quelque peu du tracé.

Nous séchons nos express, puis enfilons gants, bonnet et manteau pour affronter le froid mordant de cette matinée d’hiver.

La balade démarre par une plongée dans le sous-voie de la gare de Renens. Des pendulaires solitaires se croisent sans se regarder ni voir l’accordéoniste qui interprète avec ses doigts gourds un Etoile des neiges pourtant des plus entraînants. Nous émergeons au nord des quais et cheminons le long d’une rue marchande baptisée Mèbre, en souvenir d’une rivière qui coulait ici jadis. Le paysage a changé depuis, à l’image de la place du Marché qui arbore désormais un visage résolument contemporain.

Au début de la balade à Renens, des constructions modernes et ultra- colorées côtoient des demeures anciennes.
Au début de la balade à Renens, des constructions modernes et ultra- colorées côtoient des demeures anciennes.

Plus loin, des maisonnettes aux façades ultra-colorées font un pied de nez aux immeubles blêmes qui les entourent. Des constructions modernes côtoient dans la plus parfaite anarchie des demeures anciennes. En quelques hectomètres, notre regard embrasse un échantillon représentatif de l’architecture de ces cent dernières années. Il y a même des bâtiments qui ont des airs de blocs de l’Est. Un comble à l’Ouest!

La cité semble endormie. Comme en état d’hibernation. Les espaces verts sont désertés. A l’exception d’un petit square où un enfant réchauffé fait de la balançoire sous la surveillance de son grand-père. Entre deux ruelles, l’Ecole cantonale d’art de Lausanne, la fameuse Ecal. Un fin voile de tôle perforée cache pudiquement cet édifice qui abritait à l’origine une fabrique de bas et collants, témoin parmi d’autres de l’ère industrielle qui a marqué durablement Renens.

Une commune autrefois rurale

Dans les hauts de cette ville, un cul-de-sac pris par erreur nous entraîne dans un vallon hors du temps, une sorte de no man’s land qui était autrefois une place de jeu comme l’indique le panneau de basket planté au milieu des herbes folles. Une volée d’escaliers nous remet sur le droit chemin. De magnifiques propriétés rappellent que cette commune était rurale avant l’arrivée des usines, des routes et du rail.

Traversée du parc Carl-Sauter à l’ombre de grands vieux arbres. Juste en dessous, des cottages donnent une «british touch» à cet espace préservé. Retour à l’urbanité par un passage tagué. Non loin du collège du Léman, un sentier file en parallèle de deux terrains de sport. Nous le prenons et entrons dans une forêt où des chênes aux troncs torturés attendent le retour des beaux jours. Leurs feuilles ocre tapissent le sol. Vision bucolique altérée par le bruit incessant du trafic.

Balade urbaine.
Balade urbaine.

A la sortie de ce bois, vue sur le Léman et la cité de la Bourdonnette, banlieue à la mauvaise réputation. Nous quittons ensuite Renens par une avenue pétaradante, faisons deux pas sur le territoire de Prilly et pénétrons sur celui de Lausanne. Des flocons de neige tombent au ralenti comme si le temps avait suspendu son vol.

Cap sur le parc de Valency qui était encore en vignes au milieu du XIXe siècle. Deux dames frigorifiées et quatre chiens sans pedigree se promènent sous la frondaison nue d’imposants feuillus. Puis descente, via un ancien quartier ouvrier, jusqu’à Sébeillon. Nous laissons derrière nous le beau jardin de l’Ecole romande d’art et de communication pour remonter de l’autre côté de la vallée. L’allée Ernest-Ansermet est quasi déserte à cette heure-ci.

La balade prend fin à Lausanne sur la place de l’Europe.
La balade prend fin à Lausanne sur la place de l’Europe.

Le plan indique qu’il faut prendre à gauche, direction le Flon. Nous obéissons et arrivons ainsi à destination avec le sentiment d’avoir découvert les beautés cachées d’un Ouest pas si terne… Au prix, c’est vrai, d’un «certain effort» comme nous l’avait précisé Benoît Biéler.

Auteur: Alain Portner

Photographe: Laurent de Senarclens