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12 janvier 2015

Il forge l’acier rouge avec ses mains d’or

Drômois et géographe à l’origine, Guillaume Laval travaille à l’ancienne, façonnant la matière armé d’une tenaille et d’un marteau.

Guillaume Laval
Plus qu’un métier, une passion: «Je fais ce que j’aime, et j’apprends tous les jours. Ça vaut tous les salaires du monde.»

Approcher le geste parfait. Maîtriser l’angle de frappe du marteau, abattu dans un subtil équilibre de force et de finesse. Savoir interpréter la couleur prise par l’acier tout juste sorti de la forge ou du revenu de trempe. Depuis bientôt deux ans, Guillaume Laval travaille selon les techniques ancestrales du forgeron. A 36 ans, ce Drômois d’origine désormais établi au cœur du Valais romand martèle l’acier, fabriquant couteaux droits et pliants, enseignes et autres objets en métal pour une clientèle grandissante. «Au départ, j’ai effectué des études de géographie, puis plein de petits boulots», sourit le colosse barbu.

L’un d’eux l’a amené dès 2003 et pendant dix ans à entretenir les canons à neige de Veysonnaz. Une rencontre avec Romaine, son épouse, et une installation à Beuson où il retape une ancienne grange du XVIIIe siècle plus tard, et le voilà prêt à vivre de sa passion. Il repart alors s’initier dans sa région natale auprès du très célèbre Jean-Luc Soubeyras, maître de l’acier de Damas , ces étonnantes lames formées d’une sorte de millefeuille de plusieurs couches d’aciers différents.

«J’ai une page Facebook sous le nom de Forge de l’Ours, mon surnom depuis toujours. Je reçois des commandes, je fais des démonstrations pour montrer ce qu’est ce métier. Pour l’instant, cela correspond à un gros mi-temps, mais je vais passer indépendant à plein temps rapidement», explique celui qui se considère encore comme un débutant.

Dans ce métier, on n’a jamais fini d’apprendre. Et comme je suis un perfectionniste, je ne cesse de me lancer des défis.»

Parmi ses projets, il y a sa participation au collectif Les Façonneurs, où il collabore avec une vingtaine d’artistes et artisans de tous horizons. «J’ai notamment déjà réalisé des pièces avec Laurent Gillot, un bijoutier valaisan. J’ai fait les lames, lui le manche. Le partage et la transmission, c’est tout ce que j’aime.»

8h: Choix de l'acier

8h: Choix de l'acier

«Les câbles des anciens téléphériques par exemple sont en XC70, l’acier de base de la coutellerie. Je récupère aussi des ressorts et des lames de suspension. Pour une belle lame de cuisine, je travaille de l’acier plus dur comme du C130, que j’achète en barres.»

8h20: Allumage de la forge

8h20: Allumage de la forge

«J’en ai une à charbon, que je dois pour l’instant utiliser à l’extérieur de mon petit atelier, faute de bouche d’évacuation. Elle permet de tout faire, mais met du temps à arriver à température (on peut forger à partir de 800 degrés, mais il en faut 1400 pour de l’acier de Damas), contrairement à celle au gaz, moins polyvalente mais aussi plus rapide et plus petite.»

8h30: Martelage

8h30: Martelage

«J’étire l’acier encore incandescent. Je lui donne l’épaisseur et la forme désirées. C’est un peu comme de la pâte à gâteau, en un peu plus compliqué quand même. Le but est de façonner la lame en un minimum de coups de marteau et en la remettant le moins souvent possible à chauffer. Et naturellement, chaque acier se comporte différemment. Plus il est dur, plus il est difficile à travailler.»

8h50: Formage

8h50: Formage

«Après l’étirement, il faut faire la pointe. Puis vient la troisième phase, la plus critique: l’émouture, la partie de la lame qui s’affine de plus en plus pour arriver au tranchant. Et elle peut s’affiner de plusieurs façons: plate, convexe, creuse, etc.»

9h30: Traitement thermique

9h30: Traitement thermique

«D’abord la trempe: on chauffe à des températures variables selon l’acier, avant de refroidir brusquement la lame par immersion. Ce qui la rend plus dure. Puis on rechauffe la pièce trempée à une température inférieure afin d’éliminer la fragilité de la lame et d’ajuster selon la dureté voulue pour tel ou tel usage.»

Travail du bois et du cuir

«Récemment, j’ai appris à forger à un artisan du cuir qui en retour m’a montré comment réaliser des étuis pour mes créations. Je m’y mets gentiment. Mais un couteau, c’est aussi un manche et cela m’amène à travailler différentes essences de bois. Je me suis donc équipé en conséquence.»

© Migros Magazine – Pierre Léderrey

Auteur: Pierre Léderrey

Photographe: Jeremy Bierer