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6 octobre 2016

Pourquoi certaines personnes sont-elles toujours en retard?

Chacun connaît dans son entourage des gens incapables d’être à l’heure. Que rien ni personne ne rendra jamais ponctuels. Un défaut qui agace au pays des coucous et à l’heure du tout connecté. Même s’il existe des péchés autrement plus graves.

Etre en retard? Un défaut qui agace au pays des coucous et à l’heure du tout connecté.
Etre en retard? Un défaut qui agace au pays des coucous et à l’heure du tout connecté.

Quand on veut partir sur Mars, autant arriver à l’heure. Elon Musk, cet homme d’affaires qui entend organiser dès 2023 des vols habités vers la planète rouge, s’est pointé très en retard l’autre semaine à la présentation de son projet. Un manque de ponctualité qui a permis aux journalistes de rappeler perfidement que ce type-là avait la réputation de ne pas tenir ses délais.

Mais sans doute ne pouvait-il pas faire autrement.

Qui ne connaît, dans son entourage, des retardataires impénitents, que rien ne semble pouvoir corriger. Comme Alphonse et Cunégonde, noms bien connus de la rédaction, selon l’expression consacrée, et tous deux quinquagénaires.

Cunégonde, comme le lapin d’Alice au pays des merveilles, a toujours eu des problèmes avec sa montre. A l’insu de son plein gré.

«Ça me rendait dingue, je déteste être en retard. Tu te sens coupable, tu stresses, tu roules comme une folle, tu fais tout trop vite, tu te mets en danger.»

Cette culpabilisation, Cunégonde l’attribue largement à son éducation: «J’ai vécu dans une grande famille. Quand on est huit à la maison, on ne peut pas se permettre que tout le monde ait dix minutes de retard, cela devient juste ingérable et c’est irrespectueux envers les autres. Quand on grandit dans ce contexte, on comprend l’importance de la ponctualité. Surtout le matin, quand il s’agit de se partager la salle de bain.»

Des efforts pas récompensés

Alphonse également, aussi loin qu’il se souvienne, a toujours été en retard. Lui non plus ne fait pas exprès. «C’est une espèce d’atavisme, mais pourtant je n’ai jamais aimé ça. J’ai souvent essayé de changer, notamment quand j’ai commencé à travailler. Déjà à l’université, quand j’arrivais dans un auditoire plein et que le cours avait déjà commencé, je détestais cette sensation.»

Homme suspendu à l'aiguille d'une horloge.

Pour Cunégonde, les choses ne se sont pas arrangées quand elle est devenue mère de deux jumeaux. «J’avais fini d’habiller le premier, je commençais à habiller le deuxième et le premier alors commençait à se déshabiller. Je passais mon temps à essayer de rassembler tout le monde. Quand j’arrivais à la voiture, il y en avait toujours un qui avait oublié quelque chose ou qui voulait faire pipi. Pour être à l’heure, il aurait fallu chaque fois partir une heure plus tôt. C’était un jonglage perpétuel.»

Alphonse, lui, dit avoir tout essayé pour devenir ponctuel.

Comme avancer ma montre, mettre mon réveil plus tôt, habiter à côté du travail. Ça n’a pas été très efficace. Mais je peux dire qu’aujourd’hui j’ai le sentiment de mieux gérer qu’autrefois, je réussis à arriver à l’heure quand même. Pas à chaque fois, disons deux fois sur trois.»

Le temps n’y change rien

Aujourd’hui, les enfants de Cunégonde sont grands, mais elle n’est pas tellement plus ponctuelle. «Quand j’ai un peu de temps devant moi, j’en profite pour commencer autre chose et du coup je me mets en retard.» Elle explique néanmoins que prendre souvent le train l’a forcée à pas mal de ponctualité.

Et dorénavant, pour les rendez-vous vraiment importants, j’arrive à être à l’heure. Ou alors je préviens de mon retard.»

Alphonse explique de son côté avoir essayé d’analyser les raisons de ses retards perpétuels. «J’ai lu des bouquins. Quelqu’un m’a dit que c’était une forme de mépris de l’autre. Je ne crois pas que cela soit ça chez moi, du moins j’espère.»

Homme suspendu à l'aiguille d'une horloge.

Le fait est que je déteste être en avance, j’ai l’impression de perdre mon temps, donc je recule toujours le moment de partir et du coup je suis en retard.»

Marié désormais et père de famille, Alphonse dit pouvoir compter sur «une épouse très compréhensive à ce niveau-là». Mais avec les enfants, c’est autre chose.

Quand je dois les amener à leur match de foot, je fais attention. Nous sommes arrivés une ou deux fois quand le match était fini. Quand tu vois alors la tête des mômes, t’as plus envie que ça se reproduise.»

Notre retardataire compulsif en arrive à la conclusion que son manque de ponctualité représente socialement une vraie difficulté. «Moi qui déteste attendre quelqu’un en retard, avec le sentiment qu’il se fout de moi, je sais l’effet que peuvent produire mes retards chez les autres. J’en suis d’autant plus contrit, c’est un cercle vicieux.»

Parfois, quelques embellies bienvenues se produisent. «Les seuls qui trouvent ça très bien, ce sont mes copains africains. Une fois, quand je suis arrivé chez eux avec quarante minutes de retard, ils m’ont dit:

«Ah, toi, tu es un vrai cœur noir.» 

Texte © Migros Magazine | Laurent Nicolet

Auteur: Laurent Nicolet

Photographe: François Wavre/Lundi13