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6 octobre 2016

«Il n’existe pas de pathologie des retardataires»

Paul Jenny, psychologue et psychothérapeute FSP.

Paul Jenny, psychologue et psychothérapeute FSP.
Paul Jenny, psychologue et psychothérapeute FSP.

Y a-t-il un profil psychologique de la personne toujours en retard?

Je ne parlerais pas de profil, mais plutôt de mécanismes psychologiques, voire cognitifs, qui peuvent être impliqués. Comme celui de l’attention, qui peut être plus ou moins perturbé. Mais il n’existe pas une pathologie des gens qui arrivent toujours en retard. Il s’agit plus d’une conséquence. En outre, il y a des gens qui arrivent en retard sans qu’aucun trouble soit impliqué. On parle de pathologie quand il y a un impact important dans la vie de la personne, que cela crée de la souffrance, des problèmes sociaux.

Certains psychologues mettent en avant le côté narcissique de la personne en retard, qui parvient à faire parler d’elle avant même d’être arrivée. Une façon en quelque sorte de «briller par son absence». Qu’en pensez-vous?

C’est une interprétation qui pourrait être faite, mais qui ne me paraît pas très significative. Tout dépend du contexte, de la situation, du lien que la personne entretient avec ceux qui l’attendent. Un élément à ne pas oublier, c’est que le retard peut être aussi simplement une habitude culturelle. Il y a aussi des cultures d’entreprises qui sont plus souples que d’autres, où les gens arrivent plus facilement en retard sans que cela pose de problèmes.

Etre en retard, ce serait aussi une forme de pouvoir: celui de faire souffrir celui qui attend, et celui de le délivrer ensuite…

Cela pourrait être le cas dans certaines situations, mais on ne peut pas généraliser, dire que les retardataires exercent leur pouvoir. Il y a des gens qui ont vraiment de la difficulté à être à l’heure, sans volonté particulière d’arriver en retard, sans rien de machiavélique. Ce sont plutôt les mécanismes dont je parlais tout à l’heure qui sont à l’œuvre. Ça peut être une concentration amoindrie, la fatigue, un cumul d’activités, la rêverie, le stress…

Les gens en retard invoquent parfois leur perfectionnisme comme excuse…

Le perfectionnisme n’est pas un problème. Tout dépend de ce que va impliquer le fait d’avoir un comportement taxé de «perfectionniste». Certains perfectionnistes peuvent avoir tendance en effet parfois à passer plus de temps que d’autres sur une tâche donnée, et cela finit par empiéter sur l’activité d’après. Il s’agirait de voir avec ces personnes comment elles pourraient être plus flexibles, développer un peu de lâcher prise.

Que peut conseiller un psychologue à un patient qui voudrait se débarrasser de cette habi­tude d’être toujours en retard?

Il n’y a pas une façon type de travailler en psychothérapie, comme il n’existe pas non plus une façon type d’arriver en retard. La créativité, la connaissance du thérapeute et du patient sont des ressources pour trouver des solutions adaptées. Mais on peut évoquer quelques pistes…

Comment mieux évaluer le temps passé sur une tâche donnée? Comment cadrer un peu plus le temps, et organiser mieux l’agenda? Est-ce qu’une plage pour les déplacements ou d’éventuels imprévus tels que retards de la route peut être anticipée?

Texte © Migros Magazine – Laurent Nicolet

Auteur: Laurent Nicolet