Archives
29 mai 2012

Il n’y a pas d’âge pour courir

Les seniors ont la pêche. La tête chenue, mais le pied souple, ils sont de plus en plus nombreux à participer aux grands rassem­blements de course à pied. La preuve par Jean-Pierre Imhoos, 84 ans et toujours marathonien!

Jean-Pierre Imhoos et ses chaussures de sport en l'air
Jean-Pierre Imhoos: «C’est un virus! On souffre à chaque fois et on recommence quand même.»

Il nous reste ces images de corps sculptés par l’effort, mollet fuselé, foulée précise, des champions de la course à pied. Comme celui de Patrick Makau, athlète kenyan, détenteur du record du monde du marathon en 2h03. Ou celui d’Usain Bolt, sprinter jamaïcain, quand il pulvérise le record du 100 m en moins de dix secondes. Autant de performances qui donnent envie d’enfiler aussi les baskets. Non pas pour les égaler, bien sûr, mais juste pour toucher à cette sorte de légèreté, cette victoire sur la pesanteur.

C’est peut-être ce désir-là qui pousse un nombre toujours croissant d’hommes et de femmes à participer aux courses urbaines. Enfants, ados, adultes et même seniors, lesquels seraient toujours plus nombreux à s’essayer aux marathons. Une étude de l’Inserm a même montré que les participants de plus de 65 ans ne cessent d’améliorer leurs performances depuis trente ans. Oui, les vieux se portent bien, quand ils ne frisent pas la forme olympique!

Jean-Pierre Imhoos est de ceux-là. A 84 ans, il continue de garder ses baskets à portée de main et les enfile au premier marathon venu. «C’est un virus! On souffre à chaque fois et pourtant on recommence quand même», rigole-t-il, l’œil pétillant et le tour de taille d’un jeune homme.

Il m’est arrivé de faire mon jogging le soir à 21 h!

Il faut dire que cet avocat genevois a une passion pour le mouvement sous toutes ses formes. Que ce soit l’aviation, comme le prouve une aile de Morane dressée dans son bureau, souvenir de ses années de pilote de chasse, ou le sport. Du foot à l’aviron, en passant par le ski, le vélo et le parachute ascensionnel, il a tout essayé. «J’ai besoin de faire du sport chaque jour, parce que j’ai l’envie de me sentir bien.»

La course à pied, il y vient dans les années 80, parce que «c’est une activité facile que l’on peut faire tous les jours». Avant de partir au travail, entre midi et deux heures, voire en fin de journée. «On peut courir n’importe où et par n’importe quel temps. Il m’est arrivé de faire mon jogging le soir à 21h!» Il faut dire qu’à l’époque, Jean-Pierre Imhoos frôle le surentraînement, avale des kilomètres de bitume chaque jour, talonné par son fidèle cocker, et franchit allègrement les 100 km par semaine.

Le premier marathon il y a près de trente ans

Son premier marathon, en 1983, il s’en souvient avec émotion: «C’était à Londres. A l’arrivée, il y avait des haies de personnes de chaque côté qui nous acclamaient. J’ai levé les bras en l’air et j’ai failli m’évanouir!» Il termine en 3h16, avec «des douleurs dans les cuisses épouvantables», bien décidé à ne plus recommencer. Mais l’année suivante, rebelotte. Il parcourt à nouveau les légendaires 42,195 km à Paris, puis à New York, à Rome et même à Marathon. Aujourd’hui, Jean-Pierre Imhoos a douze épreuves de fond à son actif. Sans compter toutes les autres courses, comme Sierre-Zinal, les 20 km de Paris, Zermatt-Lac Noir et quelques triathlons!

Quand il voyage, Jean-Pierre Imhoos prend toujours ses baskets avec lui.
Quand il voyage, Jean-Pierre Imhoos prend toujours ses baskets avec lui.

On le sait, un marathon, c’est 50% d’entraînement et 50% de force mentale. Celle qu’il faut pour franchir le fameux «mur» du trentième kilomètre, le coup de pompe magistral qui survient quand les réserves de glycogène sont épuisées. «On le surmonte en mettant sa volonté à l’épreuve», dit-il simplement. Et par un entraînement intelligent aussi. «Il faut, pour souffrir le moins possible, combiner l’endurance et la résistance. Courir en faisant des pointes d’accélération, pour casser le rythme. Et poser le pied sans se crisper, en effleurant le sol», dit-il en imitant le geste du patineur.

Mais pas de gadget, ni de montre GPS, ni baladeur dans les oreilles pour Jean-Pierre Imhoos, qui préfère s’entraîner dans le silence lumineux du vignoble genevois. «Je sais à quelle vitesse je cours et quand m’arrêter.» Côté alimentation, il dit manger de tout raisonnablement, sauf les aliments gras, «ennemis du sport et de la course».

Mais pourquoi cet acharnement à allonger la foulée, au cours de toutes ces années? Pour suivre Socrate et son Connais-toi toi-même! «Quand on court, on apprend ses limites, à exercer sa volonté. Le corps et l’esprit sont en communion. Et puis, après cinq minutes de course, le bonheur s’installe. Je ne pense à rien, le cerveau, mieux irrigué, se vide et les soucis s’envolent. Il m’est même arrivé de trouver des solutions à des problèmes».

«Le plus longtemps possible en bonne santé»

Jean-Pierre Imhoos sait qu’il a de la chance d’avoir une bonne constitution et des «articulations qui ne sont pas entamées». Mais c’est sans doute à ses activités sportives continues qu’il doit son incroyable forme physique.«J’essaie de vivre le plus longtemps possible en bonne santé. Mais je n’ai pas peur de la mort.» Ni des marathons, puisqu’il pédale déjà sur son vélo d’intérieur en rêvant du prochain départ sur le pont de Verrazano à New York, cet automne. «Le dernier, je l’ai fini en 6h42, parce que je m’arrêtais pour discuter et danser avec les orchestres du Bronx. A mon âge, on ne fait plus les marathons pour la performance, mais pour le plaisir.»

Auteur: Patricia Brambilla

Photographe: François Schaer