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17 mai 2016

«Il n'y a pas d'enfant difficile!»

Désobéissance chronique, surexcitation constante, crises à répétition: nos rejetons nous en font parfois voir de toutes les couleurs! Attention toutefois à ne pas trop vite leur coller une étiquette.

Si certaines 
situations sont éprouvantes pour 
les parents, aucune n’est irréversible.
Si certaines situations sont éprouvantes pour les parents, aucune n’est irréversible. (Photo: Plainpicture)

Difficile, l’enfant qui nous défie constamment? Celui qui pleure pour un oui ou pour un non? Ce troisième qui nous épuise par son trop-plein d’énergie? Ou cet autre, enfin, qui ne sait pas encore lire, écrire, compter alors que ses camarades de classe obtiennent tous de bons résultats? Face aux comportements parfois éprouvants, désarmants, agaçants de nos rejetons (ou de ceux des autres…), nous sommes prompts à user de cet adjectif fourre-tout qui a le pouvoir apparent d’expliquer bon nombre de situations. Au grand dam des spécialistes de l’éducation.

«Il n’y a pas d’enfants difficiles, assène France Frascarolo-­Moutinot, codirectrice du Centre d’étude sur la famille au CHUV. Nous pouvons éventuellement parler de tempéraments difficiles, mais bien souvent, c’est la relation entre le parent et le petit qui l’est.»

Même son de cloche chez Katharina Schindler Bagnoud, directrice de l’Ecole des parents à Genève: jamais, au grand jamais, ne lui viendrait-il à l’idée de qualifier un enfant de difficile.

Je dirais plutôt que, pour de multiples facteurs, il n’est pas comme on se l’imaginait. Et dans cette société où l’on doit sans cesse viser la performance, l’excellence, un enfant qui n’est pas parfait devient automatiquement difficile.»

Toutes deux l’admettent toutefois, certaines situations peuvent s’avérer particulièrement éprouvantes pour les parents. «Lorsqu’un nouveau-né pleure à chaque fois qu’on le couche, cela devient rapidement un réel supplice, reconnaît Katharina Schindler-Bagnoud. Mais cela s’explique parfois simplement par le fait qu’il a des reflux gastriques: or, pour faire part de son mal-être, il n’a qu’un seul moyen de communication. Doit-on pour autant dire de lui qu’il est difficile?» Toujours dans cette logique, poursuit-elle, doit-on qualifier de même un enfant qui prend davantage de temps que ses camarades pour apprendre? Un autre qui a besoin de beaucoup se dépenser en plein air?

Chaque cas est différent

Attention également à ne pas perdre de vue que certains comportements sont tout à fait normaux. Avoir affaire à un petit bout de 2 ans opposant haut et fort un vibrant non à chaque demande ou proposition n’a rien d’étonnant. «Cela fait partie de son développement. Et la durée et l’intensité de cette phase peuvent varier d’un enfant à l’autre. Chaque cas est différent. De même, après une journée fatigante, un petit peut être plus enclin que d’autres à s’énerver et à se rouler par terre. Ce qui ne signifie pas pour autant que le parent a mal fait son travail.»

Car c’est bien là que le bât blesse. Sentant posé sur eux le regard souvent sévère de leurs pairs et de la société, pères et mères culpabilisent bien vite lorsque leur bambin pique une crise en public ou ramène de mauvais résultats scolaires.

D’où l’importance, selon Katharina Schindler-Bagnoud, de se tourner vers d’autres parents – «qui rencontrent peut-être les mêmes difficultés et les aideront à se sentir moins seuls et désemparés» – ou même vers des spécialistes.

Un avis que partage France Frascarolo-Moutinot: «Il s’agit de réagir rapidement aux comportements problématiques plutôt que les laisser se cristalliser. Bien souvent, un enfant au tempérament qualifié de difficile souffre d’un certain mal-être.»

Mon conseil? S’arrêter, réfléchir, essayer de mieux comprendre les réactions de son enfant, en discuter avec sa maîtresse ou son éducateur, bref, avec quelqu’un pouvant apporter un regard extérieur et bienveillant à la situation. »

«On devra parfois ajuster son propre comportement, sans bien sûr le laisser faire tout ce qu’il veut, mais respecter ses rythmes et ses besoins.» Et surtout, insiste-t-elle, ne pas se laisser aspirer dans une spirale de négativité. «Il faut également s’attacher à remarquer les bons côtés de l’enfant, à l’en féliciter, à l’encourager. Bref, à lui montrer qu’on ne le réduit pas aux complications que l’on rencontre avec lui.»

Selon elle, le principal danger, en cataloguant trop rapidement son bambin dans la catégorie «difficile», serait de se conforter dans l’impuissance et de se contenter de penser qu’on a tiré le mauvais numéro. «Or, une situation n’est jamais irréversible. Un nourrisson causant beaucoup de problèmes peut devenir un enfant très facile. Et un enfant difficile ne le restera pas forcément. La vapeur peut toujours se renverser.»

© Migros Magazine - Tania Araman

Auteur: Tania Araman