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13 octobre 2016

«Il ne faut pas banaliser les complexes de son enfant»

Anne Jeger, psychologue clinicienne à Lausanne.

Anne Jeger
Anne Jeger

Est-ce que les complexes apparaissent plus précocement qu’autrefois?

Oui, je le pense. Avant, ils étaient principalement liés à la période de l’adolescence. Aujourd’hui, on voit déjà des enfants de 7 ans qui sont mal dans leur peau.

Comment expliquez-vous cette précocité du mal-être: la société serait-elle devenue plus normative?

Elle est devenue plus matérialiste, plus axée sur l’apparence, le physique, le superficiel, «je suis beau donc j’existe». C’est dû aussi à tout ce qui est véhiculé par la télévision, la publicité, internet, les émissions pour les enfants, qui mettent une pression énorme sur l’apparence.

Du coup, les enfants se modélisent sur les stars.

Filles-garçons: les mêmes soucis?

Oui, ça se recoupe vraiment. Les complexes touchent souvent au physique, «je suis moche, je suis trop gros/se», mais aussi aux capacités intellectuelles, «je suis nul/le, je suis bête». La différence est que les filles en parlent peut-être plus facilement.

Avez-vous vu apparaître de nouveaux complexes? Avant, c’était les oreilles décollées, et aujourd’hui?

La préoccupation autour de l’apparence reste le problème principal. Les questions de poids et de taille constituent un motif de consultation, alors que les autres aspects surviennent en cours de discussion. Certains enfants ont par exemple la hantise de passer pour des «intellos», parce qu’ils sont de plus en plus chahutés et mis de côté.

Mais on se moque d’eux parce que, dans le fond, on les envie.

Les complexes, c’est pour la vie?

Parfois, oui. Les oreilles, la taille, le poids, la forme du nez peuvent rester un souci toute la vie, en s’atténuant quand même avec le temps.

Quels conseils donneriez-vous aux parents?

D’écouter son enfant sur son complexe et ne pas le banaliser. Le prendre au sérieux, mais faire en sorte de l’aider à l’accepter, à prendre de la distance. Comparer avec d’autres enfants en essayant de minimiser ne sert à rien. Il a besoin tout d’abord d’être compris dans sa souffrance, puis d’être aidé.

Mais comment amener son enfant à avoir une juste image de lui?

En tant que parent, on peut parler de ses propres complexes et dire à son enfant comment on a appris à vivre avec. On peut aussi prendre exemple sur des personnes connues qui ont réussi leur vie malgré une petite taille ou un poids important – je pense à David Douillet. Au sein d’une même famille, on peut s’y mettre à plusieurs pour aider son enfant à perdre du poids. Inscrire son enfant à un cours de théâtre, de dessin ou de sport pourra aussi l’aider à se valoriser et à améliorer son estime de soi.

Texte © Migros Magazine – Véronique Kipfer

Auteur: Patricia Brambilla, Véronique Kipfer