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16 avril 2012

Il tient bon la vague et le flot

Face au voilier 470 de Romuald Hausser et de son coéquipier suisse alémanique, la concurrence prend l’eau.

Romuald Hausser dans son bain, entouré de bateaux en plastique
Romuald Hausser: «Celui qui gagne n’est pas celui qui a le mieux navigué mais celui qui a réalisé le moins d’erreurs.»

Ses mains toutes gercées et son teint hâlé trahissent son quotidien de navigateur. «D’ailleurs, c’est le plus grand risque de blessures. Une fois j’ai pris un tel coup de soleil que j’ai dû porter un chapeau spécial durant trois jours», raconte le Genevois de 24 ans. Il a passé l’hiver au chaud, en Australie, où il s’est entraîné durant un mois avec des rafales de près de 60 km / h. Et la semaine prochaine, il concourra à Palma. «Depuis 2010, j’ai navigué cinq jours en Suisse.» La faute aux vents trop cléments sur le Léman.

Les vents, il a appris à les connaître à force de les affronter, d’abord sur un petit Optimist, un 420 (petit voilier de 4,20 mètres) et même à bord d’un Surprise (7,45 mètres), avant d’exceller sur un 470, avec son coéquipier zurichois Yannick Brauchli. «Avant de partir, on regarde les prévisions météorologiques, on analyse les vents. Puis, sur le bateau, on s’adapte en fonction des conditions.»

Un sujet qui le passionne à tel point que dès qu’il aura obtenu son bachelor de physique (normalement en juin), il entamera un master de climatologie.

«De nombreux paramètres à prendre en compte»

Mais si l’art de la navigation se limitait à la connaissance des vents, il n’aurait pas fasciné des millions de personnes, devant leur écran, pour suivre la Coupe de l’America, que le Suisse Ernesto Bertarelli a remportée deux fois avec son équipe. «Celui qui gagne n’est pas celui qui a le mieux navigué, mais plutôt celui qui a réalisé le moins d’erreurs. En course, il y a énormément de paramètres dont on doit tenir compte, et de réglages à faire, on joue sur la forme des voiles, les déplacements sur le bateau... Je suis responsable du foc et du spi (n.d.l.r.: les deux grandes voiles situées à l’avant) et de l’équilibre de l’embarcation.»

Romuald Hausser et son coéquipier Yannick Brauchli sont toujours à la limite du possible, sur le fil.
Romuald Hausser et son coéquipier Yannick Brauchli sont toujours à la limite du possible, sur le fil.

La maîtrise est bonne: aucun chavirage durant près d’un an et demi, puis, plouf, récemment, ils se sont retrouvés deux fois à l’eau la même journée. Ça arrive... Car ils sont toujours à la limite du possible, sur le fil. C’est tout un métier: en arrivant le matin, les coéquipiers préparent le matériel, partent naviguer entre trois et cinq heures. De retour à quai, il s’agit de vérifier le matériel, réparer les éventuelles casses, participer à un débriefing avec leur entraîneur. Et les résultats suivent. En décembre, ils ont qualifié le bateau pour la Suisse. Reste à savoir qui sera dedans. «Swiss Olympic a relevé les critères. Il faut qu’on s’améliore encore. Pour l’instant, je suis lobotomisé par cet objectif, je ne pense à rien d’autre qu’aux JO.»

Un clin d’œil à un plat typiquement britannique

Depuis un mois, ils ont un nouveau bateau, qui devrait les emmener à Londres. «On allait partir en mer avec, mais on s’est fait engueuler, car on avait oublié de le baptiser avant, ce qui, selon la tradition, porte malheur. Je ne suis pas du tout superstitieux. On l’a nommé Fish’n’chicks (n.d.l.r.: littéralement poisson et nana), un clin d’œil au fish’n’chips, le plat typique de l’Angleterre, où on compte bien aller.»

A propos de filles, loin de l’adage qui dit que les marins en ont une dans chaque port, la sienne, Eléonore, attend le retour de son homme dans la rade depuis cinq ans. «Elle s’y connaît en voile à peu près autant que moi en suisse allemand», rit Romuald Hausser.

Point d’effet Alinghi qui expliquerait son coup de foudre pour la voile. «Si on me proposait une place sur le bateau, bien sûr que j’y réfléchirais. Mais ce qui me plairait vraiment, ce serait de participer à une de ces courses autour du monde en solitaire.» Pour autant, il n’appartient pas à la race de ces marins solitaires et taiseux. Au contraire, son humour et son bagout le classent parmi les types tout à fait fréquentables.

Auteur: Mélanie Haab

Photographe: Nicolas Righetti / Rezo