Archives
15 juin 2015

Il vibre aux sons des violons et des balalaïkas

Passionné de musique, le Sierrois Jean-Paul Forclaz possède quelque 600 instruments à cordes du monde entier. Sa collection invite au voyage à travers les siècles et les continents.

Jean-Paul Forclaz photo
Jean-Paul Forclaz a accumulé dans sa caverne d’Ali Baba quelque 600 instruments à cordes.

Que l’on collectionne des opercules de crème à café ou des instruments à cordes, le moteur est le même: la passion!» Le cœur de Jean-Paul Forclaz, lui, vibre depuis toujours pour les violons, les banjos et les balalaïkas. «Ma maman jouait de la mandoline, j’ai grandi avec la musique.» Et de désigner du doigt le luth maternel qui a bien entendu trouvé sa place parmi les quelque 600 pièces patiemment accumulées au fil des années par le sexagénaire valaisan. Dans son antre situé au sous-sol d’un immeuble sierrois, guitares électriques et violes d’amour côtoient harpe birmane en forme de crocodile ou lyre ougandaise en carapace de tortue. Invitation au voyage à travers les siècles et les continents...

«Chaque instrument a son histoire. Je les connais toutes, même si ma mémoire me fait parfois défaut.» Cette oblongue caisse de résonance munie d’une unique corde? «Il s’agit d’une trompette marine. Un nom qui prête à confusion et a dû se déformer avec le temps, puisqu’elle n’a aucun rapport avec la mer, mais avec Marie: elle était utilisée dans les couvents pour annoncer les matines.» Quant à cette harpe éolienne, nous explique-t-il encore, elle date du XVe siècle.

On la posait entre une porte et une fenêtre et le courant d’air était suffisant pour en tirer des sons.

Sous l’Inquisition, elle était considérée comme un instrument satanique: tous les exemplaires, ou presque, ont été brûlés.»

Mettant ainsi en lumière certains trésors de sa collection, Jean-Paul Forclaz nous guide à travers sa caverne – bien fournie! – d’Ali Baba. Et nous raconte comment tout a commencé. «Quand je me suis marié, à l’âge de 17 ans, je faisais partie d’un groupe de rock, comme tous les yéyés de l’époque. Pour décorer notre appartement, nous n’avions pas beaucoup de moyens. J’ai donc posé une vieille guitare contre le mur, puis un copain m’a donné un banjo, et ainsi de suite. Au final, je me suis retrouvé avec sept ou huit instruments.» Piqué par le virus, il ne s’est plus arrêté.

Des boutiques d’antiquaires du monde entier aux galeries en ligne d’Ebay, il écume le marché. Et son entourage étant bien évidemment au courant
de son penchant, il reçoit de nombreuses pièces en cadeau, qui occupent une place spéciale dans son cœur. «Je ne les aurais pas forcément achetées moi-même,
mais leur valeur vient du geste de mes amis.»

A la recherche de pièces rares


Très précieux également à ses yeux, les instruments sur lesquels il tombe un peu par hasard. Comme cette guitare malienne achetée à l’occasion d’un Paris–Dakar, en attendant le départ. «J’avais entendu les gars d’une autre équipe en jouer. J’ai réussi à les convaincre de me la vendre.» Car la musique n’est pas la seule passion du Valaisan. Auto-électricien de formation, il a participé à de nombreuses courses automobiles, se rendant ainsi en Asie, en Afrique, aux Etats-Unis... «Je suis un privilégié de la vie», sourit cet éternel optimiste. Autant dire qu’à chacun de ses voyages, il consacre un moment à la traque d’un nouvel instrument à cordes.
Et quand il ne trouve pas la pièce qu’il recherche, il n’hésite jamais... à la fabriquer lui-même! Comme ces quatre violons pochettes, prisés des maîtres à danser du XVIIe siècle, qui pouvaient aisément les transporter de village en village dans leur redingote... «Attention, je ne suis pas luthier, précise Jean-Paul Forclaz. Je n’utilise pas leurs procédés. Je m’amuse, quand je fabrique un violon.» Reste que le résultat est bluffant...

Est-ce qu’il fantasme aujourd’hui encore sur certains instruments? «Oui! Cela fait vingt ans que j’essaie de mettre la main sur une canne-violon datant du XVIIIe siècle. C’était l’époque des cannes-fusils, des cannes-sifflets, des cannes-baïonnettes.

C’est une pièce extrêmement rare. Je serais capable de me rendre à l’autre bout du monde pour me la procurer.»

Au fait, pas trop coûteuse, sa collection? «Ça dépend des instruments. J’ai dû renoncer à certains parce qu’ils étaient trop chers, mais j’ai aussi fait quelques sacrifices.» Sa femme – la même depuis ses 17 ans, précise-t-il - qui l’a accompagné lors de ses nombreuses courses et avec qui il se plaît à naviguer sur les canaux européens a fini par comprendre la valeur de sa collection. Jusqu’à accepter de «recueillir» une centaine de pièces dans leur appartement. Quant à ses enfants et petits-enfants, il ne leur a pas transmis le virus. «Même s’ils ne partagent pas ma passion, je crois qu’ils sont fiers de moi.

Texte © Migros Magazine – Tania Araman

Auteur: Tania Araman

Photographe: Yannic Bartolozzi