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25 août 2014

Ils font chanter la poudre!

Reconvertis dans les feux d’artifice, les frères Guinand se distinguent au niveau mondial avec leurs spectacles comme celui du Bicentenaire du canton de Neuchâtel tiré simultanément sur deux sites le 13 septembre prochain.

Les frères Guinand posent avec leur attirail au bord de la Rade de Genève
Les frères Guinand sont co-propriétaires de la société SUGYP qui réallise notamment une partie du spectacle pyrotechnique des Fêtes de Genève.

Chrysanthème, pivoine, dahlia: respectivement bijoutier et économiste d’entreprise de métier, les frères Guinand ne se sont pas reconvertis dans l’art floral. Ces noms de fleurs ne sont que les appellations données à des effets spéciaux dans l’univers des feux d’artifice. Fils d’un ancien conseiller d’Etat, les Neuchâtelois ont tout plaqué, il y a dix ans, pour devenir artificiers.

A 40 et 45 ans, ils figurent parmi les meilleurs au monde puisqu’ils se distinguent régulièrement dans des concours à l’étranger. Petites histoires d’amour, un de leurs spectacles, a raflé une bonne partie des prix du Festival international de pyrotechnie de Brno, (lien en allemand, anglais et tschèque) en République tchèque, l’an dernier. D’ailleurs, le terme de feu d’artifice sonne un brin réducteur pour qualifier les œuvres son et lumière de Nicolas et Jean-Pascal Guinand.

On n’a pas changé de métier finalement. C’est un travail très artisanal, artistique: on invente, on fabrique,

rigole Nicolas, toujours dans la créativité, tandis que son frangin gère l’administratif et la technique.

C’est à Chantilly, près de Paris, que les deux compères ont vécu leur coup de foudre pour la pyrotechnie. C’était il y a dix ans et ce fut une véritable révélation. «Nous n’imaginions pas qu’on pouvait transmettre de l’émotion de manière si créative rien qu’avec des pétards!» En feux d’artifice, Nicolas et Jean-Pascal Guinand n’y connaissaient rien. Non, rien ne prédestinait ces deux-là à une carrière dans la poudre. Ou peut-être juste… le spectacle. Les deux Neuchâtelois sont tombés très jeunes dans l’événementiel. D’abord en organisant le Bal des gymnasiens, puis la Fête de l’Uni à Neuchâtel, qui atteint les 12 000 entrées payantes dans les années 90. «Avec cet événement, on a appris un deuxième métier, pendant plus de dix ans.»

Du Château de Chantilly à Neuchâtel

C’est par ce biais que Nicolas Guinand s’est retrouvé, au sein de l’Association des sociétés de la ville de Neuchâtel, à s’occuper du 1er Août et à devoir acheter un feu d’artifice sans rien connaître au domaine. «Mais je suis un garçon curieux: je n’allais pas acheter ce que je ne connaissais pas», glisse-t-il un sourire en coin. C’est ainsi qu’invité parmi les prescripteurs de feux, il s’est retrouvé dans les jardins du Château de Chantilly, avec son frère.

Tombés en amour, les deux intrépides et leur troisième allié, Xavier Gentil, qui vient du monde du théâtre, meurent d’envie de transmettre aux autres ce qu’ils ont vécu. Et pensent à organiser un concours international à Neuchâtel. Ils créent leur association pour réaliser leur propre spectacle, dont le feu d’artifice de la ville de Neuchâtel. On est en 2006. L’an d’après, ils reprennent l’entreprise Sugyp, à Grandson, qui importe de Chine des feux d’artifice, notamment.

Spectacle pyrotechnique du 1er Août dernier à Neuchâtel.
Spectacle pyrotechnique du 1er Août dernier à Neuchâtel.

De douze employés à l’année, la boîte double ses effectifs à la période des fêtes nationales. De Delémont à Sion en passant par leur fief de Neuchâtel, c’est dans 140 communes qu’on peut admirer les spectacles des deux frères et de leur équipe – 120 artificiers pour le 1er Août. Hors des frontières, ils montrent leurs créations lors de concours à Montréal – le plus réputé au monde – , Ottawa, Macao ou Hanovre qui ont vite reconnu leur travail.

En 2009, 2010, 2012 et cette année, ils ont aussi participé au spectacle pyrotechnique des Fêtes de Genève. Chandelles romaines, bombes, compacts multicolores siffleurs, chapelets de bombes: huit palettes d’engins pyrotechniques ont fait le voyage ainsi qu’une trentaine de palettes de matériel pour 41 systèmes de tir qui représentaient quelque 2500 ordres de tir. Chacun peut être réglé au centième de seconde pour coller à la musique; le spectacle durait vingt-trois minutes cette année à Genève. On reconnaît l’art du bijoutier: les tableaux sont délicatement ciselés comme de l’orfèvrerie, les bouquets s’entremêlent, se répondent dans un ballet de couleurs et de textures.

Au départ, c’est Nicolas qui crée la musique et les enchaînements, sur un logiciel informatique. Comme pour Le Pays fabuleux de Neuchâtel, le spectacle pyromélodique avec projections sur écrans d’eau à l’affiche des festivités du Bicentenaire du canton de Neuchâtel (lire l’encadré).

Nicolas Guinand (à dr.) supervise les tirs du spectacle pyrotechnique de la fête nationale à Neuchâtel.
Nicolas Guinand (à dr.) supervise les tirs du spectacle pyrotechnique de la fête nationale à Neuchâtel.

Ensuite, tout se monte à la main. Leurs bombes sont rondes, pleines de poudre, comme dans les dessins animés. Les «jouets» des frères Guinand tiennent dans des mallettes noires: des systèmes de tir électriques. Ils s’alignent en rangées d’étagères dans leurs locaux de Grandson. Des boîtiers émetteurs électriques dans lesquels les feux sont enregistrés. Sur le terrain, ils placent des récepteurs auxquels chaque bombe ou chapelet de bombes enfilé dans un tube en fibre de verre est relié par un fil électrique. Pour la mise à feu, un courant électrique remplace l’allumette.

A partir de cette année, les frères Guinand sont aussi devenus experts et formateurs dans leur domaine: depuis 2014, la loi fédérale impose un permis d’artificier pour tirer des feux. «On est sur le pont!»

Auteur: Isabelle Kottelat

Photographe: Niels Ackermann / Rezo