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12 décembre 2011

Ils ouvrent leur maison aux touristes

Qu’on ait une villa, une ferme rénovée ou un manoir, la tendance du moment c’est de faire chambre d’hôtes. L’activité met financièrement du beurre 
dans les épinards, mais vaut surtout pour les contacts humains. Reportage.

Marie-Laure Köstinger, Catia Aeschlimann et Marie-Claire Sottaz
Mannens, 300 âmes, abrite trois maisons d'hôtes tenues par Marie-Laure Köstinger, Catia Aeschlimann et Marie-Claire Sottaz

Au cœur de la campagne fribourgeoise, Mannens étend ses maisons de village en retrait de la grande route qui mène de Payerne à Fribourg. Mannens et ses quelque 300 âmes n’a plus ni épicerie, ni poste, ni bureau communal, mais n’abrite pas moins de trois maisons d’hôtes! Avec autant de possibilités de loger chez l’habitant, ce tranquille petit village cacherait-il des attraits secrets? Il illustre en tout cas une tendance qui s’affirme: celle d’ouvrir sa maison aux touristes de passage.

Pour preuve, le nombre de chambres d’hôtes inscrites chez l’organisation Bed and Breakfast Switzerland grimpe chaque année de 20 à 25% pour atteindre aujourd’hui plus de 1000 établissements! «La demande augmente plus vite que l’offre. Donc il ne faut pas hésiter à se lancer, c’est une expérience de vie intéressante», invite Laurent Tabin, membre de la direction de BnB Switzerland.

La maison d'hôtes des Köstinger.
Ambiance boisée et chaleureuse dans la maison d'hôtes des Köstinger.

A Mannens, qu’il y ait déjà deux concurrentes n’a en tout cas pas retenu Marie-Laure Köstinger: depuis ce printemps, cette Fribourgeoise au sourire chaleureux a déjà accueilli une trentaine de personnes dans les deux chambres d’hôtes aménagées à l’étage de la ferme familiale. «On a cinq enfants qui maintenant sont grands et au fur et à mesure que la maison se vide, on aménage des pièces.» Une manière d’utiliser l’espace et de développer quelque chose chez soi. Petit à petit, l’agencement d’une cuisine est venu s’ajouter aux deux chambres et une troisième est en gestation.

Aussi rentable que de travailler à mi-temps.

Une chose en amène une autre, chez les Köstinger qui avaient commencé par faire table d’hôtes dans l’ancien petit magasin du rez-de-chaussée reconverti en salle à manger. Désormais les pizzas au four à bois attirent des groupes une à deux fois par mois pour des anniversaires ou des réunions de famille. «On a plus d’idées qu’on ne pourra en mettre en pratique. On aime tout ce qui permet aux gens de se rencontrer», sourit l’hôtesse, par ailleurs conteuse pour des classes, des homes ou des soirées.

Ils ne viennent pas dans la région par hasard

«Faire chambre d’hôtes ouvre l’esprit: on rencontre des gens qui ne sont pas forcément de notre style ni de notre milieu, qu’on ne rencontrerait jamais autrement», se réjouit-elle. Touristes de passage, personnes ou groupes qui viennent à des foires ou des expositions, ouvriers en attente de trouver un logement ou qui veulent faire découvrir leur nouvelle région à leur famille: tous viennent dans la région pour une raison particulière et pas tellement par hasard, selon Marie-Laure Köstinger. «Et ceux qui préfèrent la chambre d’hôtes à l’hôtel sont attirés par l’accueil «comme à la maison», relève l’hôtesse qui fait en sorte que ses visiteurs se sentent attendus, par un petit bouquet de fleurs dans la chambre, une disponibilité pour parler. Bien sûr, les prix plus bas qu’en établissement hôtelier sont aussi séduisants.

Evidemment, on ne devient pas millionnaire en faisant chambre d’hôtes. «Ce n’est pas le but, mais les rentrées financières couvrent un peu les frais de la maison et apportent un petit plus.»

La même réflexion partagée

Plus loin à Mannens, dans une ferme rénovée où les chambres ont été aménagées dès le départ pour accueillir des touristes, Catia Aeschlimann partage la même réflexion. Les chambres d’hôtes se marient bien avec son boulot de maman. « C’est en tout cas aussi rentable que d’aller travailler à mi-temps et de faire garder mes trois enfants», répond la jeune femme sans hésiter.

Ses trois chambres, ouvertes depuis bientôt deux ans et gratifiées de deux étoiles au label BnB, marchent bien. Elles accueillent beaucoup de Suisses alémaniques, mais aussi des Italiens et des Espagnols, explique Catia Aeschlimann. Qui a toutefois senti l’effet du franc fort cet été…

Première du village à se lancer dans la chambre d’hôtes, à l’occasion d’Expo.02, Marie-Claire Sottaz ne souffre pas de la concurrence de ses deux voisines. Les trois hôtesses se refilent d’ailleurs des clients quand elles affichent complet. Et puis, elle a ses habitués qui viennent loger chez elle lors de foires dans la région, comme ces Genevois qui reviennent deux fois par année. La fréquentation de sa maison lui convient très bien sans qu’elle cherche, pour l’instant, à faire davantage de prospection.

C’est que pour faire chambre d’hôtes, il faut s’habituer à voir déambuler des étrangers chez soi et savoir qu’on se lèvera tôt même le week-end pour préparer le petit-déjeuner de ses clients. Etre disponible, en deux mots. Une activité incompatible avec un travail à plein temps, prévient Marie-Claire Sottaz. Sauf si on travaille directement sur place…

Une exploitation agricole dans un cadre idyllique

La Ferme du sommet de Pouillerel, sur les hauteurs de La Chauxde-Fonds.
La Ferme du sommet de Pouillerel, sur les hauteurs de La Chauxde-Fonds.

Sur les hauteurs de La Chaux-de-Fonds, la Ferme du sommet de Pouillerel est avant tout une exploitation agricole de montagne destinée à la production laitière. Mais dans leur idyllique pâturage à deux pas du centre-ville, Isabelle et Patric Santschi proposent depuis trois ans un appartement de vacances et des chambres d’hôtes. Cette année, leur belle ferme neuchâteloise commence à être connue grâce à leur site internet, à Tourisme neuchâtelois et à l’organisation BnB où elle est inscrite avec trois étoiles. «Notre priorité est de ne pas entraver les travaux de l’exploitation, de prévenir les risques d’accidents et d’exercer cette activité avec la main-d’œuvre familiale», explique Patric Santschi.

Isabelle et Patric Santschi proposent un appartement et des chambres d’hôtes dans leur ferme.
Isabelle et Patric Santschi, ici avec leurs enfants Clara et Loïc, proposent depuis trois ans un appartement et des chambres d’hôtes dans leur ferme.

Si le monde paysan a joué les pionniers dans ce type d’hébergement chez l’habitant, ce n’est pas seulement par envie, mais aussi par nécessité de compléter les revenus d’une agriculture «en manque de reconnaissance financière et de gratification», selon le Chaux-de-Fonnier. «Ce travail rentre dans nos activités, mais ne va pas sauver l’agriculture», lance-t-il. Pour autant, au sommet du Pouillerel, toute la famille s’y met, y compris les deux enfants âgés de 6 et 8 ans qui aiment accueillir les touristes. «Les contacts sont enrichissants. Les gens nous posent beaucoup de questions sur l’agriculture. Bien sûr, ça veut aussi dire qu’on doit être disponible et ne pas partir durant les hautes saisons!»

Aimer les gens: des maîtres mots pour se lancer dans l’aventure de la chambre d’hôtes. Qu’importe finalement le genre de maison que l’on a. Sur le site de BnB, les fermes rénovées côtoient d’ailleurs les maisons villageoises et quelques châteaux. Mais la majorité des mille logements proposés sont des villas avec une partie indépendante. «Nous voyons maintenant des gens qui construisent leur maison avec un studio à part. Faire chambre d’hôtes permet de payer une partie des charges hypothécaires», précise Laurent Tabin.

Des lieux destinés aux entreprises

My Lady’s Manor à Estavayer-Le-Lac
A Estavayer-Le-Lac, My Lady’s Manor est situé dans un parc avec de magnifiques arbres.

A Pampigny (VD), on peut ainsi dormir dans une galerie d’art, à Saint-Blaise (NE) dans une maison vigneronne qui abrite un atelier d’artiste. Certaines chambres sont décorées de sols en galets, d’autres prévues pour des voyages d’affaires avec tout le matériel nécessaire à la tenue de séances. C’est d’ailleurs la nouvelle tendance avec un label ad hoc lancé par BnB. Les entreprises sont de plus en plus nombreuses à rechercher des alternatives, moins coûteuses, à l’hôtellerie. Pour loger chez l’habitant, il faut compter de 35 à 50 francs par nuit et par personne pour les plus bas prix, jusqu’à 90 à 100 francs sur La Côte par exemple. Quant à savoir s’il faut forcément arborer un label BnB pour se lancer dans l’aventure, les avis divergent, mais il n’y a aucune obligation. Parmi les avantages, on citera une grande visibilité et un nombre d’étoiles qui garantissent un certain confort selon des critères bien précis.

La pétillante Phyllis Pritchett accueille les hôtes dans son manoir
La pétillante Phyllis Pritchett accueille des hôtes dans son manoir depuis 1992.

Véritable dinosaure dans le domaine des chambres d’hôtes, comme elle aime à se nommer elle-même, Phyllis Pritchett en est toutefois revenue. A Estavayer-le-Lac, le manoir de cette pétillante lady américaine est ouvert en bed and breakfast depuis 1992 déjà: la formule d’hébergement était alors très courante dans les pays anglo-saxons et encore presque inconnue chez nous.

Depuis, elle s’est toutefois retirée de l’organisation BnB Switzerland tout en continuant à héberger les touristes. Le système de classification des chambres ne correspond pas à la philosophie de la septuagénaire, basée avant tout sur la convivialité et le contact. «On ne peut pas classer les maisons d’hôtes comme les hôtels. Ce qui les distingue, c’est justement l’accueil et la chaleur humaine. Et ça n’est pas classifiable!»

Auteur: Isabelle Kottelat