Archives
13 janvier 2014

Impertinence valaisanne

Avec son ouvrage sur le Valais surprenant, le journaliste Joël Cerutti a voulu casser l’image d’un canton peuplé uniquement de «magouilleurs et de propriétaires de vaches». Succès de librairie.

Joel Cerutti assis contre un des pupitres en cercle dans la salle du Grand Conseil.
Joel Cerutti dans l'antre du Grand Conseil.

Que le Seigneur des Anneaux soit né dans la vallée de Conches ou que le moteur à explosion ait été inventé dans une cave à Conthey, chacun devrait le savoir. Joël Cerutti prend le pari que non. Ce journaliste sierrois et tout-terrain passé par Canal 9, «Le Nouvelliste» et «Le Matin» a publié cet automne aux Editions Slatkine un «guide impertinent», «Le Valais surprenant et (d)étonnant», déjà en réimpression.

Avec au départ la conviction que la façon traditionnelle dont le Valais parle de lui-même s’avère «ringarde et ne correspond plus à la réalité». Au point de continuer à faire passer les Valaisans pour des «promoteurs, des magouilleurs, des propriétaires de vaches».

L’impertinence pourtant a ses limites. La Bourgeoisie de Sion, raconte Joël Cerruti, a demandé et obtenu la suppression de la fiche sur la Maison du Diable. Parce qu’il y était dit que Georges Supersaxo, personnage considérable de l’histoire valaisanne et père de 23 enfants, l’utilisait à des fins de rencontres galantes. Le diable ayant plus d’un tour dans son sac, cette vieille bâtisse sédunoise abrite aujourd’hui la Fondation Fellini.

Une journée avec Joël Cerutti

8 h00: un café avec Alcazar

Joël Cerutti en train de lire son journal au café.
«Le café de la Grenette à Sion est un endroit avec du caractère.»

«Le café de la Grenette à Sion (lien en allemand) est un endroit avec du caractère. Les tickets indiquent «bistrot sans natel, sans accordéonistes roux, sans «Le Matin». La devise du lieu: «Vive le général Alcazar!» Un des rares endroits où on trouve «Charlie Hebdo» ou «Vigousse», auquel je collabore.»

9 h 00: dans l’antre du Grand Conseil

«J’ai un mandat du service parlementaire de fouiller dans les archives pour trouver des choses représentatives. Comment par exemple les autorités ont réagi devant une épidémie de choléra en 1867. On tombe parfois sur des choses insolites, comme cette motion récente s’inquiétant d’une éventuelle disparition des escargots.»

10 h 00: un arsenal d’érudition

Joël Cerutti en train de consulter des livres à la Médiathèque.
La Médiathèque Valais a été une source précieuse pour le journaliste.

«La Médiathèque Valais, installée dans les anciens arsenaux de Pratifori, c’est le lieu où je trouve le départ ou la confirmation de nombreuses pistes. Sans tous ces gens qui ont fait un sacré travail pour explorer le Valais, le guide impertinent n’existerait pas.»

11 h00: l’apéro chez Yasmina

Joël Cerutti en train de trinquer.
L’établissement porte la patte décontractée et professionnelle de sa gérante Yasmina Perrier.

«La Belle Hortense» à Conthey, c’est le genre d’endroit où l’on passe des heures sans décoller. L’établissement porte la patte décontractée et professionnelle de sa gérante Yasmina Perrier. Pas loin de la cure où Isaac de Rivaz effectue, en 1802, un essai de moteur à explosion.»

12 h 00: au Grand-Pont

Le journaliste attablé avec des amis.
Le Grand-Pont a nourri d'illustres personnages.

«Je viens ici depuis vingt ans mais je ne savais pas que des grands noms comme Rousseau, Goethe, Wagner, Musset ou Chateaubriand avaient fréquenté la brasserie.»

14 h 30: Courbet, Farinet, goitre et crétinisme

Entrée de la caverne, couverte de mousse et dont sort un filet d'eau.
Cette caverne a inspiré le peintre Gustave Courbet.

«Le peintre Gustave Courbet a logé en 1873 à l’auberge des Moulins, à cinq minutes à pied d’ici. Il a probablement peint d’après ce paysage la toile dite «La Caverne des Géants». Sept ans plus tard, c’est le faux-monnayeur Farinet qui s’est fait tuer par les forces de l’ordre dans ces mêmes gorges de la Salentse qui alimentent les bains de Saillon et d’Ovronnaz en eau chaude. Une eau iodée supposée protéger du goitre et du crétinisme.»

16 h 00: Le Che et les grosses légumes

Joël Cerutti en train de discuter avec le propriétaire au milieux des étalages de légumes.
La Potagère existe depuis près de quarante ans.

«Marie-Cécile et Jean-François ont fêté leur trente-septième Noël à l’enseigne de La Potagère, à Saint-Pierre-de-Clages. Il y a le portrait du Che un peu partout, la patronne a une grande sympathie pour lui. Mais elle dédie aussi ses confitures à d’autres idoles, comme Federer ou Léonard Gianadda.»

18 h 00: ressusciter les bébés

Joël Cerutti  assis sur un banc de l'église.
Il est rare de voir Joël Cerutti à l'église.

«Je ne fréquente pas les églises, mais j’aime bien venir ici dans celle de Saint-Pierre-de-Clages . Un haut lieu cosmo-tellurique, paraît-il. Au même titre que la chapelle Notre-Dame-des-Corbelins, au-dessus de Savièse, où l’on venait ressusciter brièvement les enfants morts-nés, histoire de les baptiser.»

© Migros Magazine | Laurent Nicolet

Auteur: Laurent Nicolet

Photographe: Christophe Chammartin